‹ Ma mission en ChineChapitre 17 sur 180 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Li flong-tchang nommé ambassadeur extraordinaire pour les négociations de paix avec le Japon. — Son séjour à Pékin avant son départ. — Ses conversations avec les représentants des puissances occidentales.

Le prince Kong et le gouvernement chinois, sentant à quel adversaire précis et tenace ils avaient affaire, et ne voyant pas d'autre issue que celle qui leur était nettement signifiée, n'avaient plus à hésiter. Il fallait, pour négocier la paix, non plus des plénipotentiaires de second rang et des comparses, mais un personnage considérable, un homme d'État capable de se mesurer avec le plénipotentiaire que, de son côté, le gouvernement japonais avait déjà désigné, l'illustre comte Ito. Ce dernier avait déjà eu pour c partner », en 1885, lors de la conclusion du traité relatif à la Corée, le vice-roi du Tche-li, Li Hongtchang, qui, depuis lors, avait été comme le surintendant général de la politique chinoise dans le royaume hermite. Le choix de Li Hong-tchang s'imposait, soit pour répondre à l'attente du gouvernement japonais lui-même et à la gravité des circonstances, soit même dans les idées de Téthique et de la justice chinoises, parce que Li Hongtchang étant, en fait, le plus directement responsable des revers subis, avait à les expier et, autant que possible, à en chercher, à en procurer l'atténuation et la réparation.

L'Impératrice douairière n'avait cessé de couvrir et de protéger Li Hong-tchang. Le prince Kong, malgré la rudesse des attaques dirigées par les censeurs contre le vice-roi, malgré les sanctions et châtiments déjà édictés contre lui, avait personnellement des égards et de la sympathie pour l'homme d'État qui avait, depuis de longues années, rendu tant de services à la Chine et qui était, aux yeux de Tétranger, le représentant le plus qualifié de la diplomatie impériale. Dès que le gouvernement japonais eut fait connaître, après le départ de Hiroshima des deux premiers envoyés, Tchang Yin-houan et Ghao Yeou lien, la nécessité de faire choix d'autres plénipotentiaires, et lorsque la chute de Wei-hai-wei et les nouveaux progrès des armées japonaises eurent achevé de démontrer l'impossibilité pour la Chine de poursuivre la lutte, la résolution du prince Kong et de l'Impératrice douairière fut prise. Par un décret impérial en date du 13 février, Li Hongtchang était nommé ambassadeur et plénipotentiaire chargé de négocier la paix avec le Japon. Un autre décret de même date le rétablissait au rang et dans les titres ou honneurs dont il avait été récemment dépouillé. Un dernier décret enfin confiait, durant son absence, la viceroyauté du Tche-li à l'ex- vice-roi du Yun-kouei, Wang Wen-chao, l'un des amis et protégés du prince Kong qui, depuis quelques temps déjà^ avait été placé auprès de Li comme adjoint au commissaire impérial des ports du Nord.

Le gouvernement japonais, avant de connaître la désignation de la nouvelle mission de paix, avait, par un télégramme en date du 17, fait spécifier au gouvernement chinois que l'envoi au Japon d'une autre mission serait entièrement inutile, à moins que, outre la reconnaissance

Page 1