‹ Ma mission en ChineChapitre 18 sur 180 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de rindépendance complète de la Corée et le paiement d'une indemnité de guerre, les plénipotentiaires chinois ne fussent munis de pleins pouvoirs pour négocier sur la base d'une cession de territoire comme conséquence de la guerre et d'un arrangement relatif à la conduite des rapports futurs entre les deux pays. Le gouvernement japonais se réservait, d'ailleurs, toutes autres additions qui pourraient, dans son jugement, être nécessaires ou désirables.

Le Vice-Roi avait quitté Tien-tsin le 19 février pour sfr rendre à Pékin où l'appelaient les ordres de l'Empereur. Il m'avait, par le consul de France à Tien-tsin, annoncé sa venue, en m'exprimant son désir de me voir. Il s'é tait fait^ en même temps, précéder d'une lettre adressée au ministre des États-Unis, et par laquelle il priait le colonel Denby d'intercéder auprès du gouvernement japonais pour qu'au moment où il allait s'acquitter de sa mission de paix, un armistice fût consenti à la Chine, et pour qu'en particulier, pendant son absence, la province du Tche-li dont il avait la charge, ainsi que les villes de Pékin, Tien-tsin, Chan-hai-Kouan, fussent à l'abri des entreprises ennemies.

Le séjour que Li Hong-tcbang fit à Pékin du 20 février au 5 mars, les instructions et pouvoirs qu'il y reçut de l'Empereur, ses audiences chez le souverain et l'Impératrice douairière, ses entretiens avec le prince Kong et les membres du grand Conseil, les visites qu'il rendit aux ministres des grandes puissances, et ses efforts auprès de quelques-uns d'entre eux, surtout auprès de moi et de mes collègues de Russie, d'Angleterre et d'Allemagne pour intéresser nos gouvernements au succès de sa mission et à la cause de la Chine, toute cette préface de

Fambassade du Vice-Roi est restée dans mon souvenir comme l'un des épisodes le plus mémorables, et le plus gros de conséquences parmi les événements de cette période si décisive.

Le vice-roi Li, en acceptant la mission dont il ne pouvait décliner le fardeau, avait d'abord à se faire investir de tous les pouvoirs qui lui seraient nécessaires et à obtenir sur ce point du souverain et du grand Conseil les précisions les plus catégoriques. Il désirait, d'autre part, s'assurer dans quelle mesure les puissances de l'Ouest, dont quelques-unes avaient des établissements et des intérêts si considérables en Chine, voudraient assister l'Empire du Milieu, limiter les conséquences de sa défaite et préserver, avec son indépendance et son intégrité, leur propre situation acquise et consacrée par tant de traités. Li Hong-tchang« en plaidant avec autant d'habileté que de force la cause de son pays, sut, pendant ces quelques jours, éveiller ou confirmer chez les représentants des puissances le sentiment de la solidarité qui, à certains égards, liait au sort même de la Chine la sauvegarde de nos droits acquis et de nos intérêts, le maintien d'une influence et d'un prestige auxquels l'Europe et .les États-Unis ne pouvaient renoncer. Quelques-uns de mes collègues et moi-même n'avions pas manqué, pendant ce rude hiver de 4894-95, en présence des événements dont nous étions témoins, de songer aux conséquences qu'amèneraient la défaite de la Chine, la croissance dans l'Asie orientale d'un pouvoir nouveau, l'ouverture d'une autre ère. Nos gouvernements, de même, n'avaient pas attendu le dénouement final pour se préoccuper des mesures et résolutions que ce dénouement pourrait leur conseiller ou imposer. Mais il n'est pas douteux que le langage de

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