LIVRE PREMIER
d'Angleterre, aux empereurs de Russie et d'Allemagne. Li Hong-tehang avait fait préparer, d'autre part, sur le modèle des documents européens de ce genre, un projet d'armistice qu'il comptait, dès sa première conférence, proposer aux plénipotentiaires japonais. Soucieux enfin de sa dignité, de son prestige et de sa sécurité, il s'était assuré le traitement, l'étiquette et les honneurs réservés aux ambassadeurs, ainsi qu'une résidence confortable et sûre pendant son séjour au Japon. Il aurait, pour lui et sa suite, deux bâtiments de la flotte chinoise marchande, sur lesquels il resterait installé pour toute la durée de sa mission. Au grand mât du Kung-y, le navire sur lequel il prenait lui-même passage, devait être arboré le pavillon jaune impérial avec le t tchou », c'est-à-dire la perle, traversée de la foudre, que poursuit le dragon symbolique. Au Vice-Roi était adjoint, comme assistant, son fils adoptif Li King-fang, surnommé lord Li, ex-ministre de Chine à la cour du Mikado. Le Vice-Roi devait-être, en outre, accompagné de M. George Foster, ex-secrétaire d'État des États-Unis, conseiller légal et financier de son ambassade, d'un secrétaire interprète, Lo Fong-lou, qui fut plus tard ministre à Londres, d'un secrétaire privé, M. N. Pethick, Américain, sinologue distingué, et qui, depuis plusieurs années^ était attaché à la personne et à la famille de Li Hong-tchang, enfin d'un médecin, le docteur Lin-luen-fai, directeur de l'École de médecine de Tien-tsin. Au dernier moment, Li Hong-tchang me pria de lui prêter Tassistance supplémentaire d'un médecin français, le docteur Dépasse, médecin des colonies, qui, après avoir été médecin de notre Légation, était resté attaché à l'École de médecine de Tien-tsin. Le gouvernement français donna son assentiment à cette requête qui.
en même temps qu'elle assurait au Vice-Roi les services d'un docteur de capacité éprouvée, nous permettait d'avoir auprès de l'ambassadeur un de nos compatriotes pouvant, à l'occasion, servir d'intermédiaire officieux et sûr.
Li Hong-tchang quitta Tien-tsin le 14 mars et s'embarqua le 15 à Ta-kou, à bord du Kwng-y, se rendant directement à Shimonoseki, où il devait arriver le 18. De Ta-kou encore, il m'adressa, par l'entremise du Tsong-li ya-men, un télégramme dans lequel il faisait un nouvel appel à l'assistance de la France et des puissances amies de la Chine.
Dans les deux semaines qui avaient précédé le départ de l'ambassadeur, le gouvernement japonais, pressé par le temps, avait mis une singulière vigueur à hâter les dernières mesures militaires et navales qu'il lui importait de prendre avant que s'ouvrissent les conférences de la paix. En Mandchourie, la principale division du corps d'armée japonais qui avait pris et occupé Haïtch'eng, quittait cette ville le 28 février, se dirigeant sur Leao-Yang qui fut pris le 4 mars, et, de là, sur Nieoutchouang. La ville chinoise de Nieou-tchouang fut attaquée et prise dès le 5 mars, le port ouvert du même nom, investi parles deux corps japonais, celui du Nord et celui du Sud, qui venaient de se rejoindre, était occupé le 8. Les troupes chinoises, décimées par l'artillerie ennemie, et le général Song-K'ing, qui les commandait, blessé dans le combat, s'étaient retirés au delà de Leao, à Tsang-taïtse. Le 11 mars, les premiers éclaireurs japonais étaient signalés à 7 milles au nord-est de Kin-tchéou-fou, sur la route de la Grande Muraille. Le 13, l'armée chinoise dite du Hou-nan, commandée par Wou Ta-tch'eng, était bat-