‹ Ma mission en ChineChapitre 27 sur 180 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Li Hong-tchang, dans la dernière conférence du 15 avril qui dura plus de cinq heures, encouragé sans doute par les avis reçus d'Europe, s'efforça désespérément d'obtenir quelques atténuations et réductions nouvelles, il ne réussit à faire fléchir son redoutable t partner » que sur quelques détails, dont deux, l'un relatif au paiement des intérêts de l'indemnité, l'autre concernant le délai de livraison et de transfert de l'île de Formose, avaient, certes, leur importance, mais qui pourtant n'étaient qu'accessoires et laissaient intactes les conditions fondamentales. Li Hong-tchang, malgré son attachement à certaines formules, à certains modes de raisonnement un peu trop chinois, malgré l'insistance qui nous paraît disproportionnée sur quelques points secondaires, fut vraiment admirable dans cette longue conférence du 15 avril, relatée d'une façon path éthique par le Pelcing and Tsien-tsin Times, dans son histoire des négociations de paix. Le vieux Vice-Roi, fatigué et ému par un long mois d'angoisses et d'épreuves, souffrant encore de sa blessure et de la balle restée dans la plaie, les regards tournés vers le palais de Pékin où il avait reçu ses pouvoirs et instructions, et aussi vers l'Europe d'où commençait à luire l'espérance de quelque assistance et réconfort, restait sur la brèche et luttait encore jusqu'au bout pour arracher à son implacable adversaire un dernier lambeau de concession. Le comte Ito lui avait intimé, par deux lettres en date des 11 et 13 avril, que la présentation du dernier projet japonais était en réalité un ultimatum, qu'il devait y être fait répoiise dans quatre jours, le 15 avril au plus tard, et que d'ailleurs les demandes, exigences ou conditions se produisant après une guerre, comme conséquence de la victoire, ne sont pas des propositions dans le sens ordi-

naire de ce mot, et ne sauraient être Tobjet de discussions ou négociations proprement dites. Le Vice-Roi n'en ut pas moins un nouvel et vigoureux effort, essayant d'obtenir encore soit une diminution de l'indemnité (50 ou 20 millions de taëls de moins), soit une réduction dans les cessions de territoire. Mais le comte Ito se montra intraitable et tout ce que Li Hong-tchang put, non sans peine, et de haute lutte, emporter, ce fut d'une part que dans le paiement de l'indemnité (si ce paiement était fait en moins de trois ans) , ne seraient pas compris les intérêts intercalaires ; d'autre part, qu'en ce qui concerne la cession et le transfert de l'Ile de Formose, ce transfert devrait être fait dans l'espace des deux mois suivant l'échange des ratifications du traité de paix, par Tintermédiaire de commissaires que désigneraient les deux gouvernements. 11 était entendu enfin que réchange des ratifications du traité aurait lieu à Tche-fou dans trois semaines, le 8 mai, l'armistice étant, à cette fm, prolongé jusqu'à la même date du 8 mai.

Le traité fut signé le 17 avril; le même soir, Li Hongtchang^ son fils, ses secrétaires et interprètes, ses médecins et sa suite quittaient Shimonoseki, à bord des deux bâtiments chinois qui leur avaient servi de résidence, pour rentrer à Tien-tsin, où ils étaient de retour le 20, à il heures du matin.

Le Vice-Roi s'était aussitôt renfermé silencieusement dans son ya-men. A Pékin, le prince Kong, malade, et qui avait déjà demandé et obtenu vingt-cinq jours de congé, en demandait dix autres. Le prince K'ing, redevenu, dans ces graves circonstances, avec les membres du grand Conseil, le chef et le directeur de la politique impériale, avait émis quelques appréhensions sur la résistance que rencontrerait soit en Mandchourie, soit à

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