LIVRE PREMIER
Formose, parmi les populations et l'armée, Texécution du traité. Mais ni le palais ni le gouvernement n'avaient ^levé d'objections ni de blâme contre l'œuvre des négociateurs. Les censeurs eux-mêmes s'étaient tus. Un grand ^t fiévreux espoir, d'ailleurs, animait les membres du gouvernement chinois, depuis qu'ils avaient appris que certaines puissances d'Occident s'étaient émues du sort de la Chine. Le lendemain même de la signature du traité de Shimonoseki, le 18 avril au soir, mon collègue de Russie, le comte Gassini, sur l'ordre de son gouvernement, avait invité le prince K'ing et les ministres du Tsong-li ya-men à ne pas hâter la ratification du traité et à attendre. En même temps que nous recevions, mes collègues de Russie et d'Allemagne et moi, les informations et instructions identiques sur l'attitude de nos gouvernements, les membres du gouvernement chinois apprenaient, par leurs légations de Saint-Pétersbourg, de Paris et de Berlin, la démarche que les ministres de France, de Russie et d'Allemagne avaient été chargés de faire à Tokio auprès du gouvernement japonais. Nos instructions étaient des 21 et 22 avril. Les 23 et 241e prince K'ing, accompagné des ministres Souen Yu-wen et Jong-lou^ s'était rendu auprès comte Gassini^ auprès de moi et auprès du baron Schenck, ministre d'Allemagne, pour nous remercier avec effusion de l'attitude de nos gouvernements, pour savoir exactement la nature de la démarche qui avait été faite à Tokio et pour nous demander ce que présentement le gouvernement chinois avait à faire.
Les deux ministres de l'alliance franco-russe, M. Gabriel Hanotaux, à Paris, le prince LobanofT, à Saint-Pétersbourg, avaient, depuis quelques mois, et surtout depuis l'ouverture des négociations de Shimonoseki dont le comte
Cassini et moi nous les tenions minutieusement informes, senti le danger qui menaçait, non seulement la Chine, mais aussi les puissances de l'Ouest ayant une situation acquise, des établissements, des intérêts de tout genre dans l'Empire du Milieu. Ils n'avaient cessé de se consulter et de se concerter sur le parti et les résolutions qu'ils auraient à prendre. Le gouvernement allemand, de même, et bien qu'il eût, pendant la plus grande partie de la guerre, paru peu disposé à en interrompre le cours, bien qu'il eût, au contraire, à maintes reprises, félicité le gouvernement japonais du succès de ses armes, commençait à se préoccuper des conséquences qu'aurait la victoire du Japon. Un ancien ministre d'Allemagne à Tokio et à Pékin, M. de Brandt, rentré depuis quelque temps à Berlin, et resté en correspondance avec quelques-uns de ses amis de Chine, notamment avec M. Detring, familier et confident du vice-roi Li, avait, dans la presse quotidienne ou périodique, et en particulier dans là Deutsche Rundschau, soutenu que l'intérêt de l'Europe était de ne point laisser écraser la Chine. L'empereur Guillaume II, dont l'imagination hâtive avait déjà conçu et évoqué le spectre du péril jaune, voyait la Chine subjuguée, puis instruite et dressée par le Japon et les deux puissances asiatiques se retournant contre l'Europe. Il entra aussitôt en communication avec l'empereur Nicolas II qui venait, depuis quelques mois seulement, de succéder à Alexandre 111, et n'hésita pas à lui proposer une action commune. Le gouvernement allemand se trouvait ainsi rapproché du gouvernement russe et, par voie de conséquence, du gouvernement français. M. llanotaux, qui avait depuis quelque temps déjà compris que la France et l'Europe ne pouvaient se désintéresser des événements d'Extrême-Orient et de