‹ Ma mission en ChineChapitre 31 sur 180 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

semblablement, selon la loi constante de l'histoire de Chine, il eût, comme l'avaient fait avant lui les Mongols, puis les Mandchoux, c'est-à-dire les conquérants venus de l'Est, imposé, à son tour, sa domination à la Chine. C'était donc de la réponse du Japon aux trois puissances de rOuest que dépendait le sort de l'Empire du Milieu. Le 1" mai, le gouvernement japonais, par l'intervention de ses légations en Europe, faisait connaître aux gouvernements français, russe et allemand que, déférant au conseil amical des trois puissances, il renonçait à la possession permanente des territoires qui lui avaient été cédés dans la Mandchourie méridionale et la presqu'île du Leaotong, exception faite toutefois de la presqu'île de Kintchéou et de Port-Arthur, qu'il entendait conserver. La possession de Port-Arthur étant précisément celle qui constituait la plus grave menace pour l'indépendance de la Corée et de la Chine et pour le maintien durable de la paix, les puissances firent à Tokio une nouvelle et pressante démarche. Le gouvernement anglais, de son côté^ soit qu'il ait été consulté par le Japon, soit spontanément, conseilla, semble-t-ii, l'acceptation complète de l'avis amical qui lui était donné. Le 5 mai, par une nouvelle réponse communiquée aux trois puissances, le gouvernement japonais donnait son assentiment complet et définitif, renonçant aux territoires de la Mandchourie méridionale et de la presqu'île du Leao-tong, dont la possession lui avait été reconnue. Il demandait toutefois que le traité de Shimonoseki fût, au préalable, et à la date convenue, ratifié tel qu'il avait été signé, la rétrocession des territoires devant faire ultérieurement l'objet d'un acte additionnel; que lesdits territoires continuassent à être occupés par lui jusqu'à l'entière exécution des clauses à déterminer;

qu'une indemnité supplémentaire lui fût accordée en com* pensation des territoires rétrocédés. Ces diverses conditions devaient être réglées entre le Japon et les troi& puissances, ainsi qu'entre le Japon et la Chine.

Les ministres chinois avaient, dans l'intervalle de ces pourparlers, passé par toutes les phases de l'espoir, du doute et de l'anxiété. Ils étaient venus nous voir cinq foisen six jours, nous exposant Tétat de leur esprit et de leur âme^ nous consultant, demandant la prorogation de la date fixée pour l'échange des ratifications, préparant en même temps l'instrument des ratifications et faisant choix des deux délégués, Wou T'ing-fang et Lien-fang, qui devaient le porter à Tche-Fou. Le 8 mai, à 10 heures du matin, ayant reçu la veille au soir les télégrammes de nos gouvernements qui nous faisaient connaître la renonciation définitive du Japon, nous avions, le comte Cassini, le baron Schenck et moi, prié le prince K'ing et les ministres du Tsong-li ya-men de vouloir bien se rencontrer avec nous à la Légation de Russie pour y être informés du résultat qu'avait obtenu l'intervention des trois puissances. La joie du Prince et des ministres, lorsqu'ils eurent confirmation de ce dénouement, fut profonde et se traduisit par la touchante expression d'une infinie gratitude. Puis, et comme dominés encore par les préoccupations qui depuis quelques semaines les tourmentaient, ils nous demandèrent si la réponse du Japon et la promesse d'un acte additionnel destiné à consacrer la rétrocession des territoires mandchouriens pouvaient être considérés comme offrant toute garantie. Sur notre affirmation péremptoire qu'il en était bien ainsi, ils se décidèrent à expédier à Tche-fou aux deux délégués chinois porteurs de l'instrument des ratifi-

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