LIVRE PREMIER
cations Tordre télégraphique de procéder avec le plénipotentiaire japonais, déjà arrivé dans cette ville, à la cérémonie de réchange. Mais, jusqu'au dernier moment, leurs^ inquiétudes et leurs doutes subsistèrent. Nous sûmes en efTet, après coup, qu'à leur instigation sans doute les deux délégués chinois, Wou T'ing-fang et Lien-fang, essayèrent in extremis d'introduire dans le protocole d'échange des ratifications une disposition relative à la rétrocession des territoires de Mandchourie et aussi une soi-disant protestation de la population de Formose contre l'annexion de l'île au Japon. Ce n'est que sur le refus catégorique du plénipotentiaire japonais d'accueillir ces vaines tentatives, sur sa menace de quitter immédiatement Tche-fou et de dénoncer l'armistice, sur l'ordre venu enfin de Pékin de ne pas insister davantage, que Wou T'ing-fang et Lien-fang, à la dernière heure, et lorsque le délai de l'armistice allait expirer, se résignèrent à signer sans modification le protocole de l'échange des ratifications. Lorsque Tinstrument des ratifications fut parvenu à Tokio, l'empereur du Japon, par une proclamation en date du 13 mai, notifia à la nation japonaise, dans les termes les plus élevés, la résolution qu'avait prise le gouvernement impérial d'accepter le conseil amical des puissances de l'Ouest. < Nous ne croyons pas, disait l'Empereur, qu'une décision magnanime, prise en considération de la situation générale des choses, puisse nuire à la gloire et à la dignité de FEmpire. Nous avons donc admis les conseils loyaux des puissances amies et avons ordonné à notre gouvernement d'en aviser les gouvernements des trois puissances. Quant à toutes les mesures à prendre relativement à la rétrocession de la péninsule à la Chine, nous avons ordonné à notre
gouvernement de les fixer avec le gouvernement chinois. > Ces mesures et les conditions mêmes de la rétrocession furent, en fait, concertées et négociées d'abord entre le gouvernement japonais et les représentants des trois puissances à Tokio dans des conférences qui se prolongèrent du 25 mai au 19 octobre. Elles furent ensuite consignées et consacrées dans une convention formelle entre la Chine et le Japon qui, négociée à Pékin entre Li Hong-tchang, nommé plénipotentiaire spécial à cet effet, et le baron llayashi, ministre du Japon, fut signée par eux le 8 novembre, et portéç ofHciellement par le Tsong-li ya-men à la connaissance des trois légations de France, de Russie et d'Allemagne. Je me réserve, d'ailleurs, de revenir avec plus de détails sur ce sujet, au livre II de cet ouvrage, et dans le chapitre consacré aux négociations que le baron Hayashi eut à poursuivre avec le gouvernement chinois. C'est également au livre II que je me propose de relater le résultat des négociations ou pourparlers auxquels donnèrent lieu, entre le gouvernement de la République et la Chine, de môme qu'entre le Japon et l'Espagne, les questions relatives, d'une part à l'annexion de Formose, d'autre part à la navigation dans le canal de Formose et à la ligne de partage entre les nouvelles possessions japonaises et les possessions espagnoles au sud et au sud-est de l'île de Formose.
La Chine, grâce aux trois puissances, dont le Japon avait eu la magnanimité et la sagesse d'accepter l'amical conseil, sortait de la guerre dans des conditions qui, au moment où s'ouvrirent les conférences de Shimonoseki, eussent pu à bon droit paraître inespérées. Le service qui lui était ainsi rendu était considérable. Les trois puissances qui l'avaient rendu avaient pu obéir chacune à des motifs