LIVRE II
une vive résistance aux dispositions concernant le transit (surtout le transit de l'opium), l'importation du sel de l'Annam et l'exploitation des mines.
Après la signature du traité de Shimonoseki, et surtout après l'intervention des gouvernements français et russe en faveur de la Chine, M. Hanotaux, conscient du service rendu à l'Empire du Milieu et désireux de justifier sa politique par les résultats que la France était appelée à en recueillir, me pressait de conclure sans plus de délai la négociation de nos deux conventions et de procéder aussitôt que possible à la signature des deux instruments. J'avais reçu de lui les pleins pouvoirs à cet effet, avec l'invitation catégorique de hâter le dénouement. Le prince K'ing, de son côté, qui, à cause de l'état maladif du prince Kong, avait peu à peu repris la direction effective du Tsong-li ya-men, m'objectait qu'il ne pouvait conclure avec moi avant d'avoir reçu les cartes et rapports qu'il attendait du vice-roi du Yun-kouei et avant que l'entente fût intervenue sur les points des deux conventions demeurés encore en suspens. Au lendemain toutefois de la date du 8 mai à laquelle avait eu lieu à Tche-fou l'échange des ratifications du traité de Shimonoseki, il considéra que le devoir de gratitude de la Chine envers la France l'obligeait à ne plus différer davantage une conclusion si désirable. Il avait pris rendez-vous avec moi pour le 9 mai au Tsong-li ya-men où s'étaient réunis six ministres, parmi lesquels les deux qui avaient été le plus activement mêlés à la négociation, Souen Yu-wen et Siu Yong-yi. Le Prince, en me faisant connaître dès l'abord la ferme résolution du gouvernement chinois de conclure et de signer avec la France les conventions dont la négociation avait été depuis si longtemps entamée, ajouta
qu'il me ferait parvenir dans les quatre jours le texte écrit des observations que le Tsong-li ya-men avait à présenter sur le projet de convention commerciale. Il me pria en même temps de lui faire remettre dans le même délai le texte du projet de convention de frontière avec la carte du tracé.
A la date convenue, j'avais fait parvenir au Prince le texte de la convention et les cartes annexes que j'avais moi-même dressées d'après les cartes et procès-verbaux directement reçus de M. le conmiandant Tournier, chef de la commission de Long-po, et de M. Auguste Pavie, président de la commission de Mong-le. Le texte, rédigé par mes soins, était, en complément de la convention de 1887, la reproduction rigoureusement condensée des conclusions auxquelles les deux commissions s'étaient arrêtées. J'eus d'ailleurs la haute satisfaction de constater que texte et cartes étaient, sauf quelques détails secondaires, entièrement conformes à la carte et au tracé que, dès le 8 octobre précédent, j'avais remis au Tsong-li ya-men, et qui, transmis aux commissaires, avaient inspiré et dirigé leurs travaux. A la même date, je recevais du prince K'ing le mémoire contenant les observations qu'il m'avait annoncées sur le projet de convention commerciale. Le Prince, acceptant quatre des articles que je lui avais soumis sur la création de nouveaux consulats français et sur le raccordement des deux réseaux télégraphiques, regrettait de ne pouvoir accueillir les articles relatifs à l'importation du sel de l'Annam, au nouveau règlement du transit (surtout du transit de l'opium) et à l'exploitation des mines.
L'envoi et la remise de ces documents furent suivis de conférences que j'eus avec le Prince et les ministres, sans