‹ Ma mission en ChineChapitre 39 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

désemparer, les 15, 20, 25 et 29 mai et le 5 juin. Dès la séance du 20 mai, le Prince me déclara que, sans attendre ies cartes et documents transmis par le vice-roi du Yunkouei, il désirait donner tout de suite à la France, par un sentiment de gratitude, la satisfaction qu'elle souhaitait à l'égard de la frontière à déterminer entre les deux pays. Il ajouta que le gouvernement chinois acceptait le texte et la carte que je lui avais remis, sans insister sur les objections précédemment élevées au sujet des territoires de Muong-hou et Wou-to, et sans même réclamer le territoire des Huit sources salées (Pa-fat-sai), dans la région du Mékong, que j'avais été autorisé à proposer à titre de compensation. La discussion fut singulièrement plus longue et laborieuse sur les derniers articles de la convention commerciale. Il fallut quatre séances pour en venir à bout. Encore dus-je renoncer à rien obtenir sur le sel et l'opium, le sel étant régi en Chine par une loi de monopole qui ne souffre aucune immixtion, et la législation de l'opium ayant été définitivement fixée par la convention sinoanglaise de Tche-fou. J'eus, au contraire, satisfaction partielle sur l'exploitation des mines et satisfaction entière sur la réglementation du transit en vertu de laquelle le territoire de l'Indo-Chine fut considéré comme assimilé, pour les marchandises chinoises, au territoire chinois lui-même. Enfin, comme compensation aux articles sur le sel et l'opium qui avaient dû être abandonnés, le Tsong-li ya-men me concéda une clause appelée à exercer une bienfaisante influence sur les rapports entre la Chine et nos possessions indo-chinoises : je veux dire la faculté de raccordement et de prolongation en Chine des chemins de fer existants ou projetés en Indo-Chine. J'avais eu soin, sur cette dernière phase des négociations

de la convention commerciale, et conformément aux instructions de M. Hanotaux, de me mettre d'accord, par une correspondance télégraphique particulièrement active, avec M. Rousseau qui venait de succéder à M. de Lanessan comme gouverneur général de l' Indo-Chine.

J'eus encore, lorsque je touchais au port, de derniers combats d'arrière-garde à livrer avec le Tsong-li ya-men qui essayait in extremis de revenir sur les concessions déjà faites et qui notamment^ à cause des difficultés suscitées par le ministre d'Angleterre, tentait de ranimer la question des Muong-hou et d'obtenir, en échange, le territoire des Pa-fat-sai qu'il avait refusé. J'opposai naturellement à ces tardives prétentions une résistance inébranlable. Les textes déjà arrêtés furent maintenus. Le travail de copie et de calligraphie exigea dix jours. Enfin un décret impérial, en date du 19' juin, fixa au lendemain 20 la signature des conventions, le prince K'ing et le ministre Siu Yong-yi étant nommés plénipotentiaires pour procéder avec moi à la signature des instruments préalablement agréés par l'Empereur.

Une dernière épreuve m'était réservée : la démarche imprévue que tenta à la dernière heure mon collègue d'Angleterre, M. Nicholas O'Connor, qui vint au Tsong-li ya-men un peu avant mon arrivée et s'efforça, par l'intimidation et la menace, d'empôcher ou de retarder la signature des conventions, qu'il considérait comme contraires à l'article 5 de la convention sino-birmane du !•' mars 1894. Le prince K'ing et le ministre Siu Yong-yi eurent la faiblesse de se prêter, en venant l'un après l'autre conférer avec mon collègue, à cette insoutenable prétention. Pendant plus de deux heures se prolongea cette scène étrange dont le souvenir m'est d'autant plus pénible aujourd'hui

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