LIVRE II
s'achevait ainsi dix ans plus tard dans les conditions les plus propres, non seulement à préserver contre de nouveaux hasards la sécurité de nos possessions indochinoises, mais à faire de Tlndo-Chine la voie la plus directe et la plus courte de pénétration vers le sud et l'ouest du grand Empire. Le rêve des premiers explorateurs, Garnier, Doudart de Lagrée, Dupuis, était devenu une réalité. Le Fleuve Rouge allait être la grande voie de communication entre Tlndo-Chine et les provinces jusqu'ici à peu près inaccessibles de la Chine méridionale et occidentale.
A peine ce premier et considérable résultat était-il obtenu que la France, amenée avec la Russie à envisager les conditions et moyens selon Jesquels la Chine réuni-^ rait les sommes nécessaires au paiement de l'indemnité de guerre fixée par l'article IV du traité de Shimonoseki et à la libération aussi prompte que possible de son territoire, s'acquérait, par les facilités de l'emprunt que, d'accord avec la Russie, elle assurait à l'Empire chinois, un nouveau titre à la gratitude du gouvernement de Pékin, et aussi un nouveau gage de l'influence franco-russe tant au Palais qu'au Tsong-li ya-men. La Chine avait à payer pour sa rançon 200 millions de taëls, plus l'indemnité supplémentaire qu'elle aurait à verser, pour la récupération de la presqu'île de Leao-tong, et dont le chiffre fut ultérieurement fixé à 30 millions de taëls. Au cas où Tindemnité serait entièrement payée dans les trois ans suivant la ratification du traité, remise lui serait faite, aux termes du dernier paragraphe de l'article IV, du montant total des intérêts intercalaires. L'économie résultant de cette remise valait la peine d'être tenue en compte à côté de l'avantage essentiel qu'il y avait pour la Chine, et
aussi pour les puissances amies ayant des établissements et des intérêts dans l'Empire, à ce que le territoire fût libéré dans les délais les plus courts. La dette extérieure de la Chine était, il est vrai, presque insignifiante à cette date (moins de 40 millions de taêls), et les dispositions prises par l'administration des douanes maritimes en rendaient le service relativement aisé. Mais, faute d'un budget régulier et de revenus intérieurs répondant à ses besoins nouveaux, elle ne pouvait trouver qu'au dehors les ressources nécessaires pour s'acquitter des lourdes charges qu'elle venait de contracter. Il était, à tous égards, naturel que les mêmes puissances, qui étaient intervenues pour lui adoucir les conditions de la paix, intervinssent également pour lui faciliter, dans toute la mesure désirable, l'exonération de sa dette. Déjà, au mois de février précédent, deux ministres du Tsong-li ya-men étaient venus me sonder sur la disposition qu'aurait le grand établissement français de Shanghai, le Comptoir National d'Escompte, à prêter à la Chine une somme d'environ i25 millions de francs, remboursable en vingt ans, et garantie sur les revenus généraux de l'Empire. Mon gouvernement, à qui j'avais aussitôt fait connaître cette démarche, ne m'avait pas répondu, le Comptoir National d'Escompte sans doute n'étant pas très disposé à accueillir la requête. Le 9 mai, au contraire, c'est-à-dire au lendemain même de la ratification définitive du traité de Shimonoseki, M. Hanotaux me priait, par télégramme, de faire savoir au gouvernement chinois que des établissements français de premier ordre étaient prêts à prendre une part importante à l'emprunt que la Chine songeait sans doute à faire en Europe. M. Hanotaux ajoutait que les gouvernements russe et allemand faisaient à Pékin une commu-