LIVRE II
nication de même genre. C'est ce que me confirma le prince K'ing qui, tout en me remerciant chaleureusement de cette nouvelle marque de la bienveillante sollicitude du gouvernement français, me dit que le gouvernement impérial aurait, selon toute vraisemblance, à répartir l'emprunt entre les trois puissances qui déjà l'avaient assisté après la conclusion de la paix deShimonoseki. Sir Robert Hart, d'autre part, chargé de sonder les financiers en Europe, n'avait pas manqué^ selon son habitude, de s'adresser d'abord au marché de Londres. Mais, et par la prompte action du gouvernement russe, qui n'entendait pas se laisser prévenir, la question de l'emprunt prit tout de suite un tel tour qu'il devint clair que c'était au cabinet de Saint-Pétersbourg et à celui de Paris que le gouvernement chinois s'en remettait du soin de conduire et de résoudre une affaire dont le caractère était assurément plus politique encore que financier.
Le gouvernement russe, en efîet, n'avait perdu ni un jour ni une heure. Après s'être assuré par une mission à Paris de M. Rothstein, directeur de la Banque Internationale de Saint-Pétersbourg et agent de confiance de M. Witte, ministre des Finances, qu'un syndicat français, composé de MM. Hottinguer frères, de la Banque de Paris et des Pays-Bas, du Crédit Lyonnais, du Comptoir National d'Escompte, de la Société Générale et de la Société générale de Crédit industriel et commercial, était prêt à faire l'opération, il avait indiqué au ministre de Chine à Saint-Péterbourg, Hiu K'ing-tch'eng, les conditions particulièrement avantageuses auxquelles la Russie se faisait fort de conclure un emprunt de 400 millions de francs, au taux d'intérêt de 4 pour 100, remboursable en trente-six ans, et revêtu de l'aval
de sa propre garantie. Le comte Cassini était, dès le 10 juin, invite à faire connaître ces conditions au gouvernement chinois et à hâter l'envoi au ministre de Chine à Saint-Pëtershourg des instructions lui permettant de conclure, tant avec le gouvernement russe qu'avec le syndicat franco-russe qui serait chargé de rémission. Le lendemain ii, le prince K'ing, en me confirmant les indications que lui avait données la veille le comte Cassini, ajoutait confidentiellement que le baron Schenck, ministre d'Allemagne, était venu se plaindre à lui de la façon c incorrecte et inusitée • dont cette affaire était menée et dont l'Allemagne se trouvait évincée, au bénéfice exclusif de la Russie et la France. Sir Robert Hart, de son côté, tenait la Légation d'Angleterre au courant de ce qui se passait, et cherchait à gagner du temps pour réserver encore, s'il était possible, la part de l'Angleterre et, subsidiairement, de l'Allemagne. Il était, d'ailleurs (ce qui était pour lui un assez fâcheux symptôme), tenu en dehors du comité que le gouvernement chinois venait de former pour la négociation et préparation de l'emprunt, et qui comprenait, sous la présidence des princes Kong et K'ing^ Wong T'ong-ho, membre du grand Conseil et président au ministère des Finances, et quatre membres du Tsong-li ya-men, Jong-lou, Souen Yu-wen, Siu Yong-yi et Tchang Yin-houan.
Une opposition toutefois se préparait. Les ministres d'Angleterre et d'Allemagne, soutenus par sir Robert Hart^ combattaient, dans le projet d'emprunt, d'abord et avant tout le projet lui-même, auquel ils espéraient faire échec, mais aussi deux des dispositions en vertu desquelles l'emprunt devait être garanti par la Russie, étant entendu en outre que, pendant six mois après cette pre-