‹ Ma mission en ChineChapitre 43 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mière émission, le gouvernement chinois ne pourrait faire aucun emprunt nouveau. Le baron Schenck se plaignait que TAllemagne ne fût pas admise, au même titre que la France et la Russie, à participer à cet emprunt destiné à la libération du territoire dont son gouvernement avait, autant que les gouvernements français et russe, assuré la restitution à la Chine. M. N. O'Connor mettait la Chine en garde contre les intentions et arrière-pensées que cachait l'aval de garantie donné à l'emprunt par la Russie. Sir Robert Hart, oubliant son caractère de fonctionnaire chinois, s'étonnait et se plaignait que la France et la Russie pussent, dans les circonstances présentes, consentir a la Chine un emprunt à si faible intérêt. Le gouvernement chinois fut un instant troublé par ces critiques. Il essaya d'écarter la clause relative au délai de six mois qui lui était imposé avant de pouvoir conclure un nouvel emprunt. Il tenta, en outre, d'éluder la garantie russe et de distinguer entre la convention avec le gouvernement russe où cette garantie était mentionnée et le contrat avec les banques françaises et russes où elle ne figurait pas. Le comte Cassini, excédé et blessé des discussions interminables qu'il avait à ce sujet avec le ministre Siu Yong-yi, perdit un jour patience. Je dus intervenir, à la prière du ministre Siu, pour ramener l'accord entre les négociateurs et je reçus de Paris l'ordre de soutenir de tout mon pouvoir les efforts de mon collègue, que j'accompagnai au Tsong-li ya-men. Il fut entendu que la garantie russe figurerait sur les deux textes, à savoir le contrat entre le gouvernement russe et les banques et la convention entre le gouvernement russe et le ministre de Chine, toutes les clauses déjà arrêtées étant, d'ailleurs, maintenues. Le 6 juillet l'empereur de Chine apposait sa virgule de ver-

millon au décret autorisant la signature de la convention et du contrat. Le Tsong-li ya-men, pour apaiser et consoler les ministres d'Angleterre et d'Allemagne, leur laissait entendre que le prochain emprunt, après le délai prévu de six mois, pourrait être partagé entre leurs deux pays.

L'émission eut lieu le 19 juillet 1895 à Paris, Saint- Pétersbourg, Genève, Bruxelles et Amsterdam : elle fut couverte plus de douze fois. Ce fut un nouveau et considérable succès pour les gouvernements français et russe et pour leurs légations à Pékin, d'autant que nous avions eu, le comtcî Cassini et moi, à triompher de l'opposition coalisée des deux légations d'Angleterre et d'Allemagne et de sir Robert Hart, si étrangement associé à leur cam-

pagne. Ce fut aussi un symptôme significatif que, moins •de deux mois après s'être associée à la Russie et à la France dans l'intervention qui suivit la signature du traité de Shimonoseki, l'Allemagne eût été amenée, par fausse tactique et par dépit, à se séparer sitôt des deux autres gouvernements et à les combattre dans une négociation qui n'était au fond que la conséquence et le complément de l'intervention précitée. Le gouvernement chinois ne manqua pas de remarquer et de noter l'incident et d'en faire son proût. Il comprit dès ce moment que c'était sur les gouvernements français et russe seuls, et non pas sur le gouvernement allemand, qu'il pouvait faire fond. La coupure dès alors fut faite, et ce n'est point le gouvernement allemand qui eut à s'en louer.

Le succès de l'emprunt de 1895 eut pour premiers résultats, à l'actif de Talliance franco-russe, d'abord la création en Chine d'un établissement financier permanent fondé avec les capitaux français et russes, et qui reçut aussi un dépôt assez itnportant du gouvernement chinois.

Page 1