LIVRE II
quelle ils devaient se reDContrer avec les nôtres, le ministre Siu Yong-yi, hésitant et perplexe, objecta quïl était bien difficile de procéder à l'exécution des conventions et à la remise des territoires avant que les conventions ellesmêmes n'eussent été définitivement ratifiées par les deux gouvernements. A cette allégation nouvelle, qui n'avait jamais été invoquée, et ne pouvait Têtre, puisque^ d'après la règle chinoise, toute convention, du jour où elle avait été approuvée par l'Empereur et avait reçu son apostille au vermillon, avait force de loi, je compris que mon collègue d'Angleterre était revenu à la charge et s'était, une fois de plus, appliqué à intimider les ministres chinois. C'est ce dont je me convainquis deux jours plus tard lorsque, reçu par le prince Kong que j'avais exprimé le désir de voir lui-même, j'appris de lui, en effet, que le gouvernement britannique se plaignait que la Chine eût enfreint l'article Y de la convention sino-birmane du 1*' mars 1894 et protestait contre la convention franco-chinoise du 20 juin. Je protestai, à mon tour^ auprès du Prince, m' élevant hautement contre la prétention de subordonner au consentement d'un gouvernement étranger l'exécution d'une convention, déjà revêtue du sceau de l'empereur et signée par le représentant du gouvernement français. Je renouvelai, d'ailleurs, au Prince et aux ministres l'exposé de tous les arguments et motifs par lesquels je leur avais démontré la solidité de nos droits et la vanité des objections britanniques. Le Prince, secondé par le ministre Tchang Yin-houan, se déclara parfaitement convaincu et édifié, ajoutant que le gouvernement impérial était prêt à exécuter toutes les clauses des conventions du 20 juin, y compris la remise des territoires cédés. De nouvelles hésitations toutefois s'étant encore produites dans les der-
Diers jours du mois de juillet, le gouvernement de la République avait dû adopter un langage plus catégorique. Je m'en fis l'interprète dans une entrevue nouvelle que j'eus le !«' août avec le prince Kong et les ministres, et où je leur fis comprendre nettement que Theure de s'exécuter était venue. Je leur signifiai en particulier que, si les engagements pris envers nous par le gouvernement chinois n'étaient pas tenus dès à présent et sans délai, le gouvernement français ne pourrait, de son côté, laisser s'exécuter les clauses de l'emprunt de 400 millions de francs consenti à la Chine pour la libération de son territoire. Mon collègue de Russie avait reçu du prince Lobanoff l'ordre d'appuyer ma déclaration. Le prince Kong parut d'abord atterré. Il s'était assis^ suffoqué par la chaleur de la journée et épuisé par la fatigue, sur un canapé au fond de la salle où nous avions notre conférence. Il fit, à ce moment, le geste familier accompagnant chez lui les grandes décisions, et consistant à rejeter la tête en arrière. Il avait compris, et j'eus l'impression très sûre que sa résolution était prise. Aussi, lorsque le 5 août je me présentai de nouveau au Tsong-li ya-men où le chargé d'affaires de Russie, M. Pawlow, venait, par ordre du comte Cassini, de confirmer aux ministres chinois la déclaration que je leur avais faite le 1~, m'attendais-je à ce qui en effet se réalisa. Dès mon arrivée, le ministre Tchang Yin-houan m'assura que satisfaction entière nous était donnée et que les ordres les plus pressants avaient été transmis par télégramme au vice-roi du Yun-Kouei pour que les fonctionnaires chinois chargés de procéder à la revision des territoires fussent, à la date convenue, au rendez-vous déjà fixé. Pour plus de clarté, il me remit lui-même la copie du télégramme expédié au Vice-Roi. Il