LIVRE II
n'y eut plus dès lors d'autre incident. Il fallait seulement aux fonctionnaires chinois le temps matériel de se rendre à Muong-hou et à Wou-to pour y retrouver les délégués français qui les attendaient. La cérémonie de la remise eut lieu les 6 et 7 septembre avec quelque solennité, en présence non seulement des délégués des deux pays, mais de notre protégé Deovantri qu'accompagnait une centaine de ses partisans, et des miliciens qui avaient escorté nos délégués.
La négociation qui venait d'avoir pour nous cet heureux dénouement eut sa victime expiatoire. Ce fut le ministre Siu Yong-yi dont l'attitude, le jour de la signature des conventions du 20 juin et dans les discussions survenues du 19 juillet au i^'août, ainsi que dans la négociation de l'emprunt de 400 millions, avait donné aux deux Légations de France et de Russie de graves et légitimes sujets de plainte. Le même ministre avait, d'autre part, encouru l'inimitié d'un des ministres du grand Conseil, Wong T'ong-ho, et la défaveur du prince Kong lui-même. Par un décret impérial en date du 6 août, et conçu dans les termes de la plus sévère sécheresse, il fut exclu du grand Conseil tout ensemble et du Tsong-li yamen. Déjà, le 26 juillet précédent, l'un des membres les plus importants du grand Conseil et du Tsong-li ya-men, le ministre Souen Yu-wen, qui avait été pendant près de dix années le premier lieutenant du prince K'ing et l'âme du Tsong-li ya-men comme du Ministère de la Guerre, avait pris sa retraite définitive après une série de congés successifs, qui lui avaient été accordés depuis la fin de la guerre. Cette retraite, suivie à quelques jours d'intervalle de la révocation du ministre Siu Yong-yi, marquait la fin d^ne ère, celle où l'Impératrice douairière avait régné et
gouverné avec Tassistance du prince K'ing, trop faible et trop docile pour manifester une volonté propre. Le prince Kong, pour mieux souligner le changement des temps et pour ne laisser subsister aucun doute sur l'influence qui allait désormais prévaloir dans les conseils du gouvernement, fit entrer au grand Conseil^ au Tsong-li ya-men et au grand secrétariat d'État des hommes connus pour être ses fidèles partisans et collaborateurs. Au grand Conseil entrèrent Ts'ien Ying-pou, au grand secrétariat d'État K'ouen-kang, comme assistant, Lia-chou comme grand secrétaire. Au Tsong-li ya-men enfin fut nommé, en même temps que Wong T'ong-ho, qui se ralliait peu à peu au prince Kong, Li Hong-tsao, un ami de vieille date, toujours associé à la carrière du Prince. Le ministre Siu Yong-yi, ainsi sacrifié à ses fautes, à ses maladroites manœuvres, et, d'autre part, aux exigences de la nouvelle ère, ne devait rentrer que quelques années plus tard au Tsong-li ya-men, après la mort du prince Kong. Il eut une fin tragique pendant l'insurrection des « Boxeurs >. Dénoncé alors, avec le ministre Tchang Yin-houan et le ministre Hiu K'ing-tch'eng, l'ancien ministre à Saint- Pétersbourg, comme trop ami de l'étranger, il fut, par Tordre du prince Touan, exécuté à Pékin quelques jours avant l'arrivée des troupes étrangères venues au secours des Légations assiégées.
A la date d'août 1895, après la conclusion des conventions franco-chinoises du 20 juin, après le succès de l'emprunt émis à Paris et à Saint-Pétersbourg, l'influence franco-russe était solidement établie à Pékin. Un journaliste anglais de grand talent, sir Valentine Chirol, correspondant du Times de Londres, qui était venu se rendre compte sur place de la suite des événements et des chan-