‹ Ma mission en ChineChapitre 47 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

gements en résultant, n'hésita pas, dans les lettres adressées à son journal et recueillies plus tard en volume, à signaler les caractères de la situation nouvelle, dont le principal était à ses yeux l'incontestable ascendant de l'influence franco-russe. Sir Valentine Chirol, tout en notant les causes essentielles de ce déplacement d'influences, se plut aussi à rechercher quelle pouvait être, dans la lutte dont Pékin était le théâtre, la part de chacun des acteurs. Il a fait, à ce sujet, des différents ministres étrangers accrédités à Pékin et notamment des ministres de France et de Russie une peinture dont ni le comte Cassini ni moi n'eûmes à nous plaindre. Il a été non seulement équitable, mais particulièrement courtois pour nous, et je crois que son jugement peut être accepté comme celui d'un témoin exact et impartial. Il se demande assez curieusement dans une de ses lettres comment, dans la coopération intime et eflicace des deux Légations de France et de Russie, s'est répartie la tâche, se sont distribués les rôles entre le comte Cassini et moi. Sir Valentine Chirol nous connaissait assez l'un et l'autre, il nous avait assez vus et pratiqués pour s'être fait à ce sujet une idée qu'il a, d'ailleurs, discrètement exprimée. Il n'y eut entre le comte Cassini et moi aucune autre émulation que celle du dévouement à notre commune mission. Je m'appuyais sur son expérience plus ancienne, sur son autorité depuis plus longtemps reconnue et acceptée par le Tsong-li ya-men, sur l'initiative qu'avait prise et qu'avait dû prendre son gouvernement. Il comptait, de son côté, sur mon activité plus jeune, sur les relations plus fréquentes que j'avais avec le Tsong-li ya-men, sur la parfaite déférence que j'avais, dans l'égalité de notre tâche et l'étroite union de nos efforts, pour son

âge, pour sa remarquable maturité, pour la finesse et le charme iir son commerce et de sa manière.

Le reste de Télé de 4895 fut employé par moi à assurer et hâter Tentière exécution des clauses des deux conventions du 20 juin. L'agence consulaire de Tong-hing- Moncay, prévue par l'article I" de la convention commerciale et destinée à assurer la police de la frontière, fut aussitôt créée et provisoirement confiée à notre viceconsul à PakhoV. Quant au règlement de police mixte, prévu par le même article, un projet préparé par le gouvernement général de l'Indo-chine me fut soumis par M. Rousseau dès le 24 juillet. Présenté par moi au Tsong-li yamen avec quelques amendements que M. Rousseau avait sans peine agréés, ledit projet ne souleva aucune objection de la part du gouvernement chinois, qui me pria seulement de lui laisser le temps nécessaire pour préparer l'exécution matérielle des diverses mesures que les deux gouvernements et les autorités de la frontière avaient à prendre. Le règlement (1), ces préparatifs une fois terminés, reçut le 7 mai 1896 l'adhésion définitive du Tsong-li ya-men et entra sans retard en vigueur. Il devait inaugurer sur toute la frontière sino-annamite, jusqu'alors ravagée par la piraterie et les Pavillons-Noirs, un régime de sécurité et de paix dont les populations limitrophes reconnurent tout le prix et qui peu à peu permit l'établissement dans toute cette région d'un trafic et d'un commerce également fructueux pour les riverains des deux pays.

Les mesures appropriées étaient de même concertées

1) Le texte de ce règlement a été publié par M. H. Cordier au orne III de son Hiitoire des relatiom de la Chine avec les puissances occidentales (p. 169-174). Ce même texte est reproduit en annexe à a fin du présent volume.

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