LIVRE II
entre les deux gouvernements pour le transfert à Ho- K'eou de notre vice-consulat de Man-hao, pour l'ouverture du consulat français et de la douane chinoise de Sseumao, pour le raccordement des deux réseaux télégra^ phiques par Sseu-map (Chine) et Muong-ha-hin (Indo-^ Chine),, enfin pour l'abornement définitif de la frontière depuis les confins du Kouang-si et du Yun-nan jusqu'à la rive gauche du Mékong. Il suffira de remarquer, à ce dernier sujets et pour apprécier la bonne volonté témoignée par le gouvernement chinois, que les opérations d'abornement qui, dans la région comprise entre la mer et le Kouang-si, avaient exigé neuf années, furent achevées en moins de dix-huit mois sur la section infiniment plus étendue comprise entre le Kouang-si et le Mékong.
Il y avait, dans l'article V de la convention commerciale du 20 juin, une disposition dont le gouvernement de la République sentait tout le prix, et qu'il désirait mettre aussitôt à profit pour hâter l'établissement des relations économiques les plus fructueuses' entre la Chine et l'Annam. C'était la disposition concernant la faculté de prolonger en Chine les lignes ferrées déjà existantes ou qui seraient ultérieurement projetées en Annam. Dès le 5 juillet, par une dépêche qui me parvint le 20 août à Pékin, M. Hanotaux m'adressait tout un dossier préparé par la Cgmpagnie française de Fives-Lille et relatif à un projet de chemin de fer entre Long-tcheou (Kouang-si) et notre frontière de Lang-son Dong-dang. C'était là, malgré les stipulations déjà inscrites dans notre traité de Tien-tsin (1885, article 7) et dans notre récente convention du 20 juin, un grave sujet et une expérience particulièrement difficile à tenter. La Chine n'avait alors qu'une seule ligne de chemin de fer, la ligne entre Tien-tsin et
Chan-hai-Kouan, qu'elle avait construite elle-même, avec ses propres ressources, sous la surintendance du vice-roi Li Hong-tchang, assiste d'un ingénieur anglais, M. Kinder^ qui avait construit au Japon des lignes à voie étroite. Le gouvernement chinois sentait évidemment, depuis la dernière guerre, la nécessité de relier par des voies rapides certaines des parties de l'Empire, celles surtout qu'il y avait lieu de protéger et de défendre contre de nouveaux dangers. Mais il paraissait peu disposé à laisser l'étranger prendre part à ces travaux. Il semblait, au contraire, vouloir se soustraire à toute tentative qui serait faite en ce sens, notamment par les grandes puissances dont les intentions l'inquiétaient. L'un des vice-rois les plus hostiles à toute influence étrangère, Tchang Tche-tong, avait été appelé successivement à Han-K'eou et à Nankin pour y ■étudier, entre autres projets; la construction de lignes destinées à relier Pékin au Yang-tseu, mais à la condition expresse que la construction de ces lignes ne fût confiée qu'à des Chinois. M. Hanotaux m'ayant, après l'envoi du dossier ci-dessus mentionné, renouvelé l'instruction .pressante de faire auprès du Tsong-li ya-men les démarches nécessaires, en me fondant sur l'article V de la con- Tcntion du 20 juin, c'est au gouvernement français et à «moi qu'allait être réservé le redoutable honneur d'aborder ;avec le gouvernement chinois la négociation la plus difficile peut-être qu'il y eût en ce moment, celle en tout cas qui m'a coûté le plus d'efforts, et que je ne pus mener à bien qu'après des résistances inouïes, et parce que le ministre à Paris ne cessa de me prêter le plus énergique appui. Le récit de cette négociation qui dura plus de six mois appartient à un autre chapitre de la présente histoire. Ce que je puis dire dès maintenant, c'est que la