LIVRE II
première concession de chemin de fer obtenue de la Chine le fut par nous. C'est nous qui ouvrîmes la brèche. La Russie ne présenta son projet relatif au passage du Transsibérien par la Mandchourie c^u'après que nous eûmes nous-mêmes triomphé des obstacles que la Chine nous avait opposés pour la courte ligne de Dong-dang à Long-tcheou.
J'avais, à cette même date de Tété 1895, obtenu du gouvernement chinois, et surtout par la volonté du prince Kong, à qui j'avais spécialement fait appel, le règlement d'un certain nombre des litiges dont nos Missions catholiques réclamaient vainement depuis plusieurs années la solution. Le prince Kong m'avait tout d'abord accordé la remise en vigueur et la correcte application de la convention dite Berthemy, agréée par le Prince luimême en i865, et en vertu de laquelle les Missions catholiques avaient la faculté d'acquérir, dans l'intérieur même de la Chine, des terrains et des maisons pour l'édification de leurs églises, de leurs écoles, de tous bâtiments nécessaires à l'accomplissement de leurs œuvres. En fait, cette convention était demeurée à peu près vaine ou plutôt elle avait été trop souvent éludée par la prétention qu'avaient eue les autorités chinoises d'exiger, avant tout achat par les missionnaires, la formalité d'une autorisation préalable, que la convention n'avait nullement prescrite, et qui était, d'ordinaire, refusée. Je dus, pour mettre fin à cet abus, et pour assurer le respect de la convention intervenue trente ans auparavant entre le prince Kong et M. Berthemy, faire accepter du ïsong-li ya-men une convention, sinon nouvelle, du moins complétée, et dans laquelle un paragraphe spécial marquait nettement que la vente des terrains et maisons
devait, selon la loi chinoise, être accompagnée de la formalité de Tenregistrement, a,vee acquittement de la taxe due, mais sans que les acheteurs ou les vendeurs eussent à demander une autorisation préalable. Cette convention, ainsi corrigée et amendée, fut portée, par le gouvernement impérial^ à la connaissance des autorités de toutes les provinces et recommandée à leur particulière attention. Des édits, dont le texte me fut communiqué, en prescrivirent la rigoureuse application. Le retour aux affaires du prince Kong eut pour nous, entre autres, ce bienfaisant résultat de placer sous la spéciale autorité et protection du prince l'obédience due à une conventioif et à un règlement qui jusque-là n'avaient guère rencontré que l'infraction.
Le Tsong-li ya-men fit également droit à la demande que je lui adressai pour qu'en stricte et rigoureuse application de l'article XIII de notre traité du 27 juin 1858, fussent expurgés des codes et publications similaires tous passages des anciens codes ou édit» précédemment publiés et proclamés contre le culte chrétien. La nouvelle compilation des codes faite en 1870 par ordre du ministère impérial de la Justice avait, en effet, tenu compte de cette prescription et correctement supprimé et abrogé tous les passages condamnés. Mais il continuait à circuler dans le public et les librairies continuaient à vendre des éditions non officielles des codes, antérieures à 4870, et dans lesquelles figuraient encore les anciennes lois prohibitives et les édits impériaux proscrivant la religion catholique. Sur ma réclamation, le Tsong-li ya-men expédia aussitôt dans toutes les provinces, comme à Pékin même, des instructions dont le texte me fut soumis, et enjoignant de la façon la plus catégorique la destruction