LIVRE II
de tout ouvrage contenant encore les passages incriminés. Ainsi disparaissait Tune des sources où s'était jusque-là alimenté et conservé le vieil esprit de défiance et de haine contre la religion chrétienne, contre les Missions et leurs œuvres.
Quant aux différentes affaires de missions, dont j'avais, dès le mois de juin 1894, remis la liste au Tsong-li ya-men, un certain nombre, grâce aux bonnes dispositions du gouvernement chinois, et à la faveur des circonstances, avaient déjà reçu leur solution.. C'est ainsi que, dans le Ho-nan méridional, la Mission italienne, dirigée par Mgr Volonteri, et qui depuis vingt-cinq ans réclamait vainement la construction d'une enceinte autour de la résidence épiscopale de Kin-kia-kang, avait obtenu enfin, malgré la résistance obstinée des mandarins et des lettrés, l'édification du mur nécessaire à sa sécurité. C'est ainsi encore que, dans le vicariat apostolique du Kouei-tcheou, des chrétiens injustement détenus depuis 1887 avaient été délivrés, et que des négociations étaient en cours pour la réintégration de la Mission dans les villes d'où elle avait été chassée et pour la réparation des dommages qu'elle avait subis. Dans le Kouang-tong, l'attaque et le pillage de l'église de Ho-yuan avaient été expiés par le paiement à l'évêque, Mgr Chausse, d'une indemnité de 4500 taëls. Dans le Kan-sou, une injure faite à l'évêque avait été punie par le déplacement, avec blâme, du mandarin coupable. Dans le Chan-si, la Mission franciscaine italienne avait obtenu un commencement de satisfaction. En Mandchourie, tous les dommages éprouvés pendant la guerre sino-japonaise par la Mission de Mgr Guillon avaient été scrupuleusement réparés. Au Hou-nan, les Augustiniens espagnols avaient pu, grâce aux mesures énergiques
prises par le consul général de la République à Shanghai et notre vice-consul à Han-keou, de concert avec Tun des bâtiments de notre escadre, être rétablis dans leur Mission de Lin-siang et obtenir des mandarins locaux le redressement de leurs griefs. Pour le règlement des affaires religieuses de cette province du Hou-nan, ainsi que des quatre provinces du Kiang-nan, du Tche-kiang, du Kiang-si et du Hou-pei, il avait été convenu, à ma demande, que le soin en serait commis au consul général de la République à Shanghai et à un ou plusieurs délégués désignés par le commissaire impérial des ports du Sud qui, après d'assez longues négociations, conclurent un accord équitable. Le règlement des affaires religieuses du Kouang-si, dans le sud de la Chine, était remis de même, sur ma suggestion, à un délégué désigné par le gouverneur de la province et chargé de s'entendre à ce sujet avec le vicaire apostolique de la Mission, Mgr Chouzy, et notre consul à Long-tcheou.
Des troubles graves ayant éclaté dans les derniers jours de mai 1895 à Tch'eng-tou, capitale du Sseu-tch'ouan, puis, de là, dans toute la province où les églises, les écoles, les divers bâtiments des Missions, soit protestantes, soit catholiques, avaient été pillés, incendiés, détruits, où les missionnaires eux-mêmes et leurs chrétiens avaient été l'objet de persécutions et de sévices, j'avais aussitôt, en désignant pour mon délégué le vicaire apostolique du Sseu-tch'ouan occidental, MgrDunand, obtenu une prompte et éclatante réparation. Non seulement, en effet, une convention intervenue entre l'autorité chinoise et Mgr Dunand, assisté de son confrère du Sseu-tch'ouan méridional, Mgr Ghatagnon, assurait, moyennant le paiement d'une indemnité de 4 millions de francs, le rétablissement des très nombreux bâtiments détruits et des Missions