‹ Ma mission en ChineChapitre 51 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

saccagées, mais tous les fonctionnaires dont j'avais, avec preuves à l'appui, dénoncé la complicité, furent sévèrement frappés, à commencer par le vice-roi même de la province, Lieou Ping-tchang, qu'un décret impérial révoqua avec mention expresse qu'il ne pourrait être jamais pourvu d'une autre fonction. J'avais, au contraire, signalé à Tattention des ministres chinois la belle conduite de fonctionnaires plus humbles, notamment d'un agent de police de Tch'eng-tou au dévouement duquel Mgr Dunand avait dû d'échapper au danger qui le menaçait. Ce petit fonctionnaire, récompensé par le gouvernement impérial, reçut en outre du gouvernement de la République une médaille d'or, frappée à son nom, et mentionnant sa belle action. L'été précédent, lors du meurtre commis dans le Sseutch'ouan thibétain, à Tan-Bouddha, sur la personne de M. Dutreuil de Rhins, qui venait d'accomplir au Thibet une mission scientifique, j'avais, parmi les réparations que le gouvernement de la République réclamait pour ce criminel attentat, fait admettre la réintégration dans leurs établissements du Sseu-tch'ouan et du Yun-nan, à Batang, Yaregong, Yerkalo, Tse-kou, Aten-tse, de nos missionnaires du Thibet, qui en avaient été expulsés depuis plusieurs années. Satisfaction m'avait été accordée en principe par le Tsong-liya-men, mais les mesures d'exécution n'avaient pas été définitivement prises. J'obtins que Mgr Dunand ajoutât au règlement dont il était déjà chargé celui de la Mission du Thibet. Un accord se fit entre lui et les délégués chinois sur l'indemnité de 20000 taëls qui devait être allouée à Mgr Biet, vicaire apostolique de la Mission. Quant à la réintégration des missionnaires dans leurs établissements, elle ne fut effectuée qu'assez longtemps plus tard, et après que, pour

vaincre la résistance des autorités locales, j'avais dû charger notre consul à Tch'ong-K'ing, M. Haas, d'accompagner lui-même jusqu'à destination nos religieux dépossédés.

Je m'étais appliqué de tout mon effort à ce que le protectorat des Missions catholiques, qui était une des parties importantes de ma tâche, bénéficiât, pendant cette période, de l'accroissement d'influence acquis à la France et à son représentant et de la confiance que le gouvernement chinois nous témoignait. Les résultats ainsi obtenus devaient concourir à démontrer combien était à la fois nécessaire et efficace notre protectorat et combien il importait de le maintenir tel qu'il était. Devant cette évidence serait sans doute abandonnée, comme j'en avais eu l'espoir et le pressentiment dès mon arrivée à Pékin, la pensée qui avait été conçue à Rome d'apporter à l'orga- «lisation des Missions et au régime de l'Église en Chine des amendements qui leur eussent été funestes. Le Saint-Siège avait, à la fin de la guerre sino-japonaise, et par l'entremise du Nonce à Vienne, exprimé le vœu de voir, à la faveur de la paix, proclamer en Chine le principe de la liberté de conscience et de croyance et reconnaître le droit des chrétiens indigènes d'exercer toutes les fonctions publiques sans exception. J'avais, à ce sujet, répondu au ministre des Aff'aires étrangères qui «n'avait transmis et recommandé l'expression de ce vœu que, si la liberté de conscience et des cultes était déjà nettement garantie et consacrée par nos traités antérieurs (traités de 1858), il dépendait, non pas de nous ni même de la Chine, mais bien plutôt de Rome et du Saint-Siège, que le droit des chrétiens à exercer les fonctions publiques ne rencontrât ni obstacle ni exception. Le seul obstacle

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