‹ Ma mission en ChineChapitre 52 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

à l'exercice de ce droit était en effet dans Tinterdiction que les ordres de Rome et le bref de Benoît XIV imposaient aux chrétiens indigènes de se prêter aux cérémonies et marques de respect que les fonctionnaires chinois ont à observer à Tégard de Gonfucius. C'est cette antinomie entre le ritualîsme confucéen et le bref de Benoît XIV qui exclut en fait les chrétiens indigènes de la carrière littéraire et administrative de TEmpire. Il eût fallu, pour ouvrir réellement la Chine à la religion chrétienne et pour faire pénétrer la propagande parmi les hautes classes, ou bien que le culte de Confucius perdît le caractère d'une religion d'État (ce qui eût été une révolution), ou bien, comme l'avaient jadis admis les Jésuites, que les chrétiens consentissent, en passant leurs examens littéraires, et pour avoir accès aux fonctions publiques, à rendre à Confucius ce que les rites, statuts et canons anCestraux reconnaissaient lui être dû. L'antinomie ne pouvant, selon toute vraisemblance, être résolue, le christianisme restait confiné dans les classes inférieures et avait contre lui la classe toute-puissante des mandarins et des lettrés. Mais Léon XIII lui-même, malgré la largeur et la hardiesse de son esprit politique, n'eût pas osé prendre sur lui de rapporter le bref si péremptoire du 11 juillet 1742. A cette période décisive de l'été de 1895 se rattache encore le dernier résultat que je veux ici mentionner, et qui atteste, en même temps que l'influence regagnée par la France à Pékin, le désir du gouvernement chinois de nous manifester sa gratitude et sa confiance. Cet autre gage obtenu de sa bonne volonté, et auquel le gouvernement de la République attachait un grand prix, c'est la résolution prise par le prince Kong de créer une légation spéciale à Paris, où la Chine n'était jusqu'alors repré-

sentée que par le même ministre simultanément accrédité à Londres, à Rome et à Bruxelles, et qui, en fait, avait fixé sa résidence à Londres. J'avais, à plusieurs reprises, et notamment pendant la négociation des deux conventions du 20 juin^ démontré aux ministres chinois les inconvénients graves qu'offrait, en certaines circonstances, la réunion dans les mêmes mains d'affaires si différentes auprès de gouvernements dont les intérêts étaient parfois tout à fait divergents. C'est le prince Kong qui, dès son retour aux affaires, et quand je lui eus fait toucher du doigt le vice du système adopté, n'hésita pas à nous donner la satisfaction que nous estimions être due à la dignité du gouvernement français comme à Tintérêt du gouvernement chinois. Il ne craignit même pas, pour ne point retarder l'exécution de sa décision, d'élever au grade et au rang de ministre à Paris le premier secrétaire, Tching-tchang, qui y remplissait les fonctions de chargé d'affaires et qui, aux yeux du Tsong-li ya-men, était assez suspect par sa qualité de catholique. Le prince Kong passa outre à ces scrupules. Tching-tchang fut nommé, et les affaires de Chine furent enfin traitées entre les deux gouvernements comme elles devaient l'être, par l'entremise du ministre de France à Pékin et du ministre de Chine spécialement et uniquement accrédité à Paris. Le rapport adressé au trône pour proposer la création de la Légation avait été agréé le 29 juillet par l'Empereur. Le 6 octobre, un décret impérial élevait Tching-tchang au rang d'envoyé extraordinaire et lui confiait la direction de la Légation. Tching-tchang était en même temps promu, dans la hiérarchie chinoise, du quatrième au deuxième rang et nommé, à ce titre, sous-directeur en expectative d'une des quatre Cours mineures.

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