‹ Ma mission en ChineChapitre 54 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

naire intérêt. L'ambassade de Li Hong-tchang en Russie^ le rôle qu'il joua à son retour en Chine, l'influence directrice qu'il exerça sur la politique de la dynastie mandchoue de 1895 à 1898 ont été, d'accord avec la politique russe et française, les données déterminantes qui ont commandé et dominé les événements de cette période.

L'Allemagne était singulièrement plus pressée, plus impatiente que la Russie de toucher le salaire de son intervention et du service rendu à la Chine. C'est qu'elle n'avait, à vrai dire, d'autre base en Chine môme que son commerce, qui, certes, prenait une extension considérable, mais sans que son action ou son prestige politique en reçussent l'accroissement qu'elle espérait. Tard venue en Extrême- Orient, comme ailleurs, et alors que les bonnes positions étaient déjà prises, l'Allemagne, malgré ses victoires de 1866 et de 1870, n'avait pas à Pékin figure de grande puissance. La Chine se rappelait que le premier traité conclu avec elle par la Prusse en 1861 avait été négocié en quelque sorte sous les auspices et avec l'assistance de la Légation de France, où le comte d'Ëulenbourg, ministre de Prusse, avait reçu l'hospitalité. L^Allemagne ne pouvait être comparée, pour l'importance de ses intérêts en Asie, à l'Angleterre, à la France, à la Russie, aux États- Unis, qui, pour les hommes d'État chinois, et surtout pour le prince Kong resté fidèle aux souvenirs de 1858- 1860, étaient les grandes puissances de TOuest. Elle n'en éprouvait donc que davantage l'ardent désir de remédier à cette infériorité et de s'assurer en Chine la possession d'une base politique et territoriale d'où elle agirait et rayonnerait comme l'Angleterre, la France, la Russie, , les États-Unis pouvaient le faire de leurs possessions de l'Inde, du Tonkin, de Sibérie, de l'Océan Pacifique. Aussi

la première préoccupation de rAllemagne, au lendemain de son intervention, fut-elle la recherche du territoire qu'elle pourrait obtenir de la bonne volonté et de la gratitude de la Chine. Ses vues se portaient, soit sur la région d'Amoy où les intérêts qu'elle avait pris dans l'exploitation du camphre de Formose lui avaient déjà conseillé de préparer quelque établissement, soit sur celle du Chan-tong oriental exploré par un savant géologue et géographe, le baron de Richthofen, qui avait signalé la richesse du bassin houiller de la province. Il était tout de même un peu tôt, quelques mois à peine après avoir contribué à faire rétrocéder à la Chine une partie de son territoire continental, pour la dépouiller en pleine paix, et bénévolement, sinon d'une province, du moins d'un district et d'un port destiné à favoriser les ambitions et les desseins de la politique allemande. Il fallut se contenir, patienter, attendre une occasion, et se rabattre, dans l'intervalle, sur des avantages moindres qui seraient considérés comme des acomptes.

L'Allemagne dut ainsi se contenter au début de l'octroi qui lui fut fait de quartiers séparés ou concessions (settlements) dans les deux ports où son commerce s'était le plus développé, Tien-tsin et Hankeou. N'ayant pu participer au premier emprunt chinois, qui avait été réservé à la Russie et à la France, elle demanda et obtint que sa part lui fût faite dans le prochain. Elle essaya enfin, par les influences dont elle disposait à Tien-tsin et à Han-keou, par les larges avances d'argent que la maison Krupp d'Ëssen avait faites, dans cette dernière ville, au vice-roi Tchang Tche-tong, pour son exploitation des mines de Han-yang, de se faire attribuer la concession de grands travaux ou d'entreprises de ports, d'arsenaux, de chemins

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