LIVRE II
de fer, ou des commandes d'ordre industriel. Elle obtint, à cet égard, des commandes d'armes, d'artillerie et de bâtiments de guerre, mais sans atteindre ce qui était son principal objectif, la direction d'un des grands arsenaux ou la construction d'un des chemins de fer dont la Chine étudiait les projets.
Son ministre à Pékin, le baron Schenck, n'avait pas montré, lors de l'intervention qui suivit la paix de Shimonoseki, grande dextérité ni souplesse. Il avait joué un rôle assez effacé qui l'avait vite relégué dans l'ombre. Dès l'affaire de l'emprunt chinois, il avait si mal manœuvré et si naïvement étalé sa déconvenue et son dépit que, deux mois à peine après avoir agi d'accord avec le comte Cassini et avec moi, il se séparait de nous, cherchait à nous faire opposition et interrompait par sori attitude une action commune et un concert qu'il était, au contraire, dans les intentions et l'intérêt de son gouvernement de continuer et de poursuivre quelque temps encore. Le* baron Schenck ne tarda pas, dans ces conditions, à être condamné par les directeurs de la politique extérieure de Berlin. Pendant quelque temps encore, avant son rappel définitif, son prédécesseur, M. de Brandt, qui avait quitté Pékin à la fin de 1892, y revint, non plus, il est vrai, en qualité officielle, mais comme représentant et délégué des financiers et industriels allemands, pour essayer de réparer les erreurs et omissions d'une gestion mal inspirée. Mais le baron Schenck, qui se savait condamné, ne fit rien pour seconder la tâche réparatrice de M. de Brandt. Ce dernier, d'ailleurs, fut loin de recevoir de la part des autorités chinoises l'accueil sur lequel il avait compté. Les princes et ministres du Tsong-li ya-men ne montrèrent pas grande considération pour l'ancien
diplomate devenu l'instrument de maisons financières et industrielles. Pour comble de malechance, M. de Brandt tomba gravement malade et dut rentrer en Europe, sans avoir obtenu aucun résultat.
C'est au successeur du baron Schenck, au baron de Heyking, nommé l'année suivante, qu'il était réservé de tenter, d'abord le rétablissement de l'union et du concert désirés par son gouvernement avec les deux Légations de France et de Russie, puis la campagne destinée à procurer à son pays la base d'action, le levier si âprement convoité. Cette double tentative, toutefois, ne devait se produire qu'après le retour de Li Hong-tchang à Pékin, et lorsque le baron de Heyking croyait avoir déjà suffisamment amendé la malheureuse tactique et les vices de méthode de son prédécesseur. C'est à ce moment, c'està-dire au livre III de cette histoire, qu'il y aura lieu d'y revenir.
La politique britannique avait, après la paix de Shimonoseki, et par suite de la réserve ou de l'abstention qu'elle avait cru devoir observer, une tâche difficile. La Chine avait été surprise et déçue de ne pas voir l'Angleterre se joindre aux autres puissances de l'Ouest, surtout après les tentatives faites dès le mois d'octobre 1894 pour mettre fin à la guerre. Elle n'éprouvait donc pas, ce qui est humain, grande disposition à lui être agréable. Elle ne pouvait, en bonne justice^ et malgré la tradition qui lui avait fait jusqu'alors tenir la balance égale entre les diverses puissances, se sentir envers elle les mêmes obligations qu'envers la France ou la Russie. Le ministre de la Reine à Pékin eût été bien inspiré si, se rendant compte de cette situation, il eût fait contre mauvaise fortune bon cœur et attendu des jours meilleurs. Mais telle