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CHAPITRE III

La question de Corée et les origines du conflit sino-japonais. Efforts des gouvernements européens pour prévenir ce conflit. Déclaration de guerre de la Chine au Japon (31 juillet 1894).

La Corée, longtemps disputée entre la Chine et le Japon, a joué, dans les querelles des deux grands Empires de l'Orient asiatique, un rôle à quelques égards analogue à celui qu'avait joué jadis l'Italie entre les puissances qui, soit au moyen âge, soit dans les quatre derniers siècles, luttaient pour la suprématie. La Corée était, comme l'Italie, en même temps que l'un des berceaux de la haute culture religieuse, intellectuelle, artistique de ces siècles reculés, un objet de convoitise territoriale, la possession ou la domination de cette presqu'île devant, dans la pensée des rivaux qui se la disputaient, assurer, outre le prestige et le talisman d'une sorte de primauté intellectuelle et morale, le privilège d'une position stratégique de premier ordre à l'extrémité du continent oriental d'Asie.

Pendant de longs siècles, la Chine avait été la puissance incontestablement souveraine et dominatrice. A plusieurs reprises cependant, d'abord du premier au septième siècle, dans la période moitié légendaire, moitié historique, sous la régente Jingô et l'impératrice Suiko,

puis, à la fin du seizième siècle, sous le grand Hideyoshi, les Japonais avaient envahi, et, pour un temps, soumis la Corée. Dans les premières années qui suivirent la Restauration Impériale de 1868, le clan de Satsuma et le parti des Samurai représentés surtout par l'illustre Saigo (Takamori), reprenant l'ancien plan d'Hideyoslii, voulaient entraîner le Japon dans une nouvelle expédition contre la Corée. Le Mikado, conseillé par Okubo, Kido etiwakura, s'était prononcé contre ce projet (octobre 1873). Moins de trois ans plus tard, au mois de janvier 1876, le gouvernement japonais, à la suite d'une démonstration pacifique faite sur les côtes coréennes par l'une de ses escadres, obtenait de la Corée la signature à Hang-hou du traité en douze articles par lequel le gouvernement coréen, en proclamant son indépendance, consentait à ouvrir au commerce deux nouveaux ports, en addition au port de Fou-san (26 février 1876). C'est depuis la conclusion de ce traité que la rivalité déjà si aiguë entre les deux gouvernements de Pékin et de Tokio s'envenima encore et que s'engagea entre eux la lutte d'influence et de suprématie qui ne pouvait se terminer que par la victoire décisive d'un des deux rivaux. En 1882, à la suite d'une émeute qui avait éclaté à Séoul, à l'instigation du Tai Wen Koun, prince régent, et qui avait chassé de la ville les Japonais et leur ministre M. Hanabusa, Japonais et Chinois avaient été amenés une première fois à se mesurer, 4000 Chinois et 1 500 Japonais ayant pénétré dans la capitale. Le gouvernement coréen avait alors donné satisfaction aux Japonais, leur accordant une indemnité de 500000 taëls, promettant de punir les

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auteurs de l'émeute, d'ouvrir deux ou trois nouveaux ports, laissant enfin au ministre du Japon le droit de garder une escorte de 500 hommes pour assurer sa protection. Mais à peine ces satisfactions avaient-elles été obtenues que le ministre de Chine à Séoul, Ma Kientchong, dans un festin auquel il avait invité le Roi et le Régent de Corée, fit arrêter ce dernier et l'expédia à Pékin où un jugement le condamna à rester interné dans Pao-ting-fou. En 1884, nouvel incident et nouveau conflit : des conspirateurs coréens dirigés par Kim Ok-kyoum, ancien ministre de Corée à Tokio, se réunit au palais de Séoul, effrayant le Roi, massacrant sept ministres ou hauts fonctionnaires et formant un nouveau gouvernement. Les Chinois, à l'appel de leur résident, Yuan Che-k'ai (le futur président de la République), se présentent au palais pour délivrer le Roi, ouvrent le feu sur les soldats japonais qu'ils y trouvent, les chassent de Séoul avec leur ministre et brûlent la maison de Kym Ok-kyoum, ainsi que la Légation du Japon (4-8 décembre 1884). Le gouvernement japonais, ne pouvant supporter cet affront, envoie des bâtiments de guerre sur les côtes de Corée. Dès le 9 janvier 1885, il obtient satisfaction complète du gouvernement coréen qui, par un traité en cinq articles, s'engage à faire des excuses, à payer une indemnité, à punir les coupables, à réédifier à ses frais li Légation du . Japon, à laquelle sera adjointe une, caserne pour la garde militaire japonaise qui aura droit de séjour permanent à Séoul.

C'est à cette même date de 1885 que les deux gouvernements chinois et japonais firent une première tentative

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pour régler entre eux la question coréenne. Les deux grands hommes d'État des deux pays, Li Hong-tchang pour la Chine, le comte Ito pour le Japon, se réunirent à Tien-tsin, à la mi-mars, dans une conférence d'où sortit le 18 avril suivant le traité destiné à définir le caractère des relations que devaient respectivement entretenir les deux puissances avec leur commune voisine, la Corée, d'où elles s'engageaient à retirer l'une et l'autre leurs escortes et leurs troupes. La Chine et le Japon s'engageaient, en outre, à ne plus envoyer de fonctionnaires en Corée pour l'instruction des troupes et à conseiller au roi de Corée de s'adresser, pour l'instruction des troupes nationales qui devaient suffire à sa protection personnelle et au maintien de Tordre, à un ou plusieurs officiers d'une nationalité qui ne fût ni chinoise ni japonaise. 11 était convenu enfin qu'à l'avenir, en cas de trouble, la Chine et le Japon ne pourraient envoyer de troupes en Corée, sans s'en donner avis préalable et réciproque, et que, les difficultés une fois réglées, les troupes seraient immédiatement retirées, sans qu'une nouvelle occupation du pays fût loisible.

Tels étaient les termes de l'arrangement officiel. Mais, et bien que d'autres influences, l'influence russe et l'influence anglaise, commençassent à se produire en Corée, il est clair que le traité du 48 avril n'était qu'une trêve et qu'aucune des deux puissances contractantes ne renoncerait à reprendre, quand elle le pourrait, la suprématie, la maîtrise dominatrice et suzeraine. Il semble bien, d'ailleurs, qu'entre les deux puissances rivales, c'est la Chine dont alors le prestige s'imposait le plus à la Corée. Le

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vice-roi Li Hong-tchang, qui, en sa qualité de commissaire impérial des ports du Nord, avait dans ses attributions le règlement des affaires coréennes, était le conseiller ou plutôt le directeur le plus écouté de la cour et du gouvernement de Séoul. Il était représenté là par un lieutenant de grand mérite et de suprême habileté, Yuan Ghe-k*ai, qui avait su prendre auprès du Roi et des ministres la situation maîtresse et qui était, sous les ordres et instructions du vice-roi Li Hong-tchang, le véritable régent de la Corée. Le plan de Li, tel que luimême l'avait exposé dès le mois d'octobre 1879, à un haut fonctionnaire coréen, Sou-chan, gardien du trône de première classe, dans un document de grand intérêt reproduit par M. Henri Gordier (1), consistait, tout en maintenant la Corée dans la vassalité de la Chine, à lui conseiller de garder ou de prendre les apparences de l'indépendance, de traiter avec les différentes puissance* étrangères, de les diviser en rivalité et en intérêts, de nommer des représentants auprès d'elles, de leur faire quelques concessions commerciales. Il l'exhortait à se défier surtout du Japon et de la Russie et s'attachait à la convaincre que son intérêt était de rester unie à la Chine, et de suivre ses conseils. « La Corée et la Chine, écrivait Li Hong-tchang, ne sont qu'une même, famille. Vous êtes le mur qui protège nos trois provinces orientales, Kirin,. Moukden, Amour. Vous êtes à nous ce que les lèvres sont aux dents, et ce qui serait malheur pour vous serait aussi malheur pour nous. » Et, de fait, la Corée, bien que dési-

(1) CoRDiER, Histoire des relations de la Chine avec les puissances^ oecidentaUs, t. III, p. 214-220.

reuse de ne pas indisposer et froisser le Japon, se laissait plus volontiers guider par la Chine. Li Hong-tchang et Yuan Che-k'ai étaient les inspirateurs de la politique coréenne, dont tous les actes et projets leur étaient soumis. Soudain, à la fin de mars 1894, surgit un incident qui, du coup, ralluma entre la Chine et le Japon les anciennes quereHes en apparence assoupies. Le 28 mars, un Coréen, ce même Kim Ok-kyoum qui avait joué le rôle ci-dessus exposé dans les événements de 1884, et qui, depuis lors, s'était réfugié à Tokio, sous la protection du gouvernement japonais, était assassiné à Shanghaï par l'un de ses compatriotes, Hong Tjyong-ou, qui avait su l'attirer en Chine. Kim Ok-kyoum, arrivé la veille du Japon, avait été tué de trois balles de revolver, dans la chambre d'hôtel où il reposait. Quoique le crime eût été commis dans la concession internationale, l'assassin, arrêté le lendemain par la police chinoise, fut remis à l'autorité indigène. Le consul général du Japon à Shanghai, M. Okoshi, essaya vainement d'obtenir la livraison du coupable. Comme, en vertu du traité sino-coréen, les Coréens ne sont, en Chine, justiciables que devant leurs propres tribunaux, pour les crimes contre leurs compatriotes, l'assassin Hong fut remis le 6 avril entre les mains du consul de Corée, venu de Tien-tsin pour le recevoir. C'est à ce môme consul que fut remis le cercueil contenant les restes de la victime. L'assassin et le cercueil furent embarqués, à cette même date du 6 avril, à bord de la corvette chinoise Wei-ching et transportés à Tchemoulpo, avec des dépêches destinées à Yuan Che-k'ai, le résident de Chine à Séoul. Le 14 avril, un édit du roi de Corée ordonnait de décapiter

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et d'écarteler le cadavre de Kim dont les membres furent répartis entre les huit provinces du royaume. Quant à l'assassin, Hong, il fut conduit à Séoul en chaise à porteurs et reçu avec honneurs par le souverain. Tout, dans ce tragique incident, attestait la complicité de la Corée et de la Chine et le désir d'exercer une terrible vendetta contre l'instrument et le protégé du Japon. Tout devait aussi concourir à irriter davantage le Japon et à lui inspirer la résolution de redoutables représailles.

Dans ces circonstances, l'attention du Japon, comme de la Chine, fut plus particulièrement appelée sur une insurrection qui, depuis quelques mois, ravageait l'une des provinces méridionales de la Corée, la province de Tjyen-nato (en chinois Ts'iuan-lo-tao). L'insurrection avait été fomentée par une société secrète, les Tong-haks (en chinois Tong-hio tang, les Lettrés de l'Est), profondément imbue de l'esprit national, très hostile aux influences étrangères, et dont l'inimitié s'attaquait surtout aux fonctionnaires, qu'elle accusait d'avarice et d'exactions. Le chef des conjurés. Sai-ji-Kyo, avait très habilement répandu et exploité parmi le peuple coréen une ancienne prophétie n'accordant que cinq siècles de vie à la dynastie des Bin qui comptait précisément 503 ans de règne. Les insurgés, dont le nombre était évalué à 10000, étaient, en avril 1894, maîtres de presque toute la province. Le 31 mai, ils battirent près de Tjyen-tjou, la capitale provinciale, l'armée régulière envoyée de Séoul sous le commandement du général Hung. Le cas prévu par le traité sino-japonais du 18 avril 1885 se présentait. Il ne semble pas cependant que les deux gouvernements

chinois et japonais aient pris soin, comme le traité leur en faisait un devoir, de s'aviser l'un l'autre de leurs intentions. Li HoDg-tchang, à la demande sans doute de son lieutenant Yuan Che-k'ai, s'empressa d'expédier en Corée 2 500 hommes d'infanterie et d'artillerie qui s'embarquèrent à Tien-tsin dans les premiers jours de juin à bord des vapeurs de la < China Merchants Cy. » . Le gouvernement japonais expédia, de son côté, un nombre égal de troupes. Le ministre du Japoh à Séoul, M. Otori, qui était en congé, reçut l'ordre de rentrer immédiatement à son poste. Il arriva à Séoul le 9 juin avec une escorte de 200 hommes, chargés de protéger la Légation. L'insurrection des Tong-haks, dans l'intervalle, bien que d'abord victorieuse, n'avait pas tardé à être réduite, et, si le traité de 1885 eût été strictement appliqué, les troupes chinoises et japonaises auraient dû être aussitôt retirées. C'est ce que les puissances étrangères, pressentant la gravité du conflit, essayèrent d'obtenir par des démarches simultanément tentées à Pékin et à Tokio. Les troupes chinoises et japonaises n'étaient pas encore en présence. Le vice-roi Li Hong-tchang avait, à la demande du roi de Corée, et sur les conseils des puissances occidentales, consenti à ce que les troupes chinoises ne dépassassent point A-san (Ya-chan), au sud de Tchemoulpo. Les Japonais, au contraire, dont la mobilisation avait été plus rapide, et qui avaient pu, en quelques jours, transporter dans la presqu'île un corps de 7 à 8000 hommes, occupaient Fu-san, Tchemoulpo et Séoul même où 3000 hommes étaient venus renforcer l'escorte de la Légation. En même temps, le ministre du Japon, M. Otori, ayant de-

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mandé audience au roi de Corée, lui remit une sorte d'ultimatum l'invitant à agir désormais comme un souverain indépendant, et non plus comme un vassal de la Chine, et à introduire dans son royaume les réformes nécessaires.

Toute la première partie du mois de juillet fut employée par les représentants étrangers, tant à Pékin qu'à Tokio, selon les instructions qu'ils avaient reçues, à essayer de prévenir le conflit qui menaçait. Le ministre de Russie à Pékin, le comte Cassini, qui, ayant obtenu son congé, avait déjà quitté la ville impériale et s'était arrêté à Tientsin avant d'entreprendre son voyage de retour, avait reçu l'ordre de rester provisoirement à Tien-tsin, de s'y tenir en relations avec Li Hong-tchang, et de s'appliquer à concilier les deux adversaires. Le ministre d'Angleterre, M. O'Connor, déployait auprès du Tsong-li ya-men les plus grands et les plus ostensibles efforts dans ce même sens. J'agissais de même de tout mon pouvoir, concertant mes actes et mon langage avec ceux du comte Cassini.

Le 9 juillet, je me rencontrai, au moment où je sortais du Tsong-li ya-men, avec le chargé d'affaires du Japon^ M. Komura, le futur ministre des Affaires étrangères, qui y entrait. Les ministres chinois venaient de me dire, en réponse aux paroles par lesquelles je leur conseillais la conciliation et la paix, qu'ils y étaient tout disposés et préparés, et qu'ils ne demandaient pas mieux que de s'entendre avec le gouvernement japonais, mais qu'il convenait d'abord que les deux gouvernements retirassent l'un et l'autne les troupes envoyées en Corée. Le gouvernement japonais; d'autre part, ainsi que me le dit M. Ko-

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mura, désirait, avant de retirer ses troupes, obtenir du gouvernement chinois l'assentiment aux mesures destinées à assurer l'indépendance et la réforme de la Corée. Le cabinet de Tokio proposait, à cet effet, la nomination d'une commission mixte sino-japonaise qui examinerait le programme des réformes considérées comme désirables et possibles.

Le gouvernement chinois ayant décliné cette proposition et réclamé le retrait préalable et simultané des troupes des deux pays, M. Komura avait, selon les instructions de Tokio, adressé le 14 juillet au Tsong-li ya-men une note énergique pour demander l'ouverture de pourparlers immédiats relativement aux réformes à introduire en Corée. Le gouvernement japonais agissait, d'autre part, à Séoul pour obtenir du Roi lui-même la réforme de son royaume. Le Roi, qui avait continué jusque-là à se considérer comme le vassal de la Chine, et à suivre les conseils du résident chinois accrédité à sa cour, était actuellement en présence d'un ministre japonais, appuyé par 10 000 baïonnettes, avec lequel la conversation n'était ni très libre ni très égale. Déjà il s'était laissé amener, malgré les efforts du résident Yuan, à désigner des commissaires coréens chargés d'examiner le progranmie de réformes présenté par M. Otori, et sur lequel il était invité à se prononcer sans délai.

Le gouvernement chinois, sentant la menace et le danger, au lieu de répondre à la note japonaise du 14 juillet, rappela de Séoul son résident. Yuan Che-k'ai, et se mit en mesure d'agir. Yuan avait quitté Séoul le 19. Le 20, deux détachements de troupes chinoises, l'un de 3000,

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l'autre de 2 000 hommes, étaient expédiés respectivement de Tien-tsin et de Port-Arthur. D'autres envois étaient faits les 21 et 22 sous le haut commandement du général Lieou Ming-tch'ouan, l'ancien défenseur de Formose. La flotte chinoise avait, en même temps, l'ordre de se concentrer à Wei-hai-wei. Le gouvernement japonais, de son côté, répondait à ces mesures en s'emparant, le 23 juillet, du palais de Séoul, en déposant le Roi, qui fut, avec la Reine, le Prince héritier et les Princesses, conduit à la Légation du Japon, et en installant comme régent le Taiwen-Koun, âgé de quatre-vingts ans, qui n'avait plus qu'à obéir.

Les puissances occidentales n'en persistaient pas moins à tenter encore à Pékin et à Tokio les démarches suprêmes en vue de la conciliation et de la paix. Le 27 juillet je m'étais rendu au Tsong-li ya-men pour faire un dernier effort. Le prince K'ing et les ministres qui, dans la matinée de ce jour, avaient assisté à une représentation théà-. traie donnée au Palais pour la fête de l'Empereur, me reçurent à trois heures de l'après-midi. Ils étaient, quand j'entrai, très visiblement agités. Ils venaient de lire les deux télégrammes par lesquels Li Hong-tchang leur annonçait l'accueil fait par la flotte japonaise, devant le port coréen d'A-san, aux trois bâtiments de guerre chinois et au vapeur anglais affrété, le Kowshing, transportant en Corée des hommes, des armes et des munitions.. Le Kowshing arrivant le 25 au matin en vue des îles de l'archipel coréen, en dehors du golfe du Prince-Jérôme, avait été arrêté par un bâtiment de guerre japonais, le Namwa-hariy puis, sur son refus d'obéir, coulé par une

bordée de six canons, et achevé par une torpille. Deux cents hommes seulement purent être sauvés et recueillis, les uns par la canonnière française le Lioriy les autres par un bâtiment allemand, VlUis, Le prince K'ing et les ministres, après m'avoir fait connaître le contenu des télégrammes qu'ils venaient de recevoir, n'étaient évidemment plus dans les conditions les plus propices pour accueillir la démarche de conciliation dont j'étais encore chargé. Us me remercièrent cependant, dans les meilleurs termes, de l'intérêt que le gouvernement de la République avait témoigné à la Chine et des eiïorts qu'il avait faits pour le maintien de la paix de l'Orient. Mais ils ajoutèrent aussitôt qu'ils devaient considérer Pacte d'agression devant A-san comme l'ouverture des hostilités. Le ministre Souen Yu-wen, qui, par son mérite propre, par sa qualité de beau-père du duc K'ong (le descendant de Gonfucius), par les hautes et nombreuses fonctions dont il était revêtu, avait alors une grande autorité et influence dans le gouvernement chinois, ne craignit pas de déclarer, séance tenante, et sans que le grand Conseil eût pu encore délibérer et statuer^ que le Tsong-li ya-men allait aussitôt faire aux Légations et aux gouvernements étrangers les communications nécessaires, mais que dès maintenant il se croyait en droit de considérer que la guerre qui venait d'éclater avait pour auteur responsable et pour provocateur le Japon.

La communication du Tsong-li ya-men, retardée par la célébration des fêtes de l'anniversaire de naissance de l'empereur Kouang-siu, ne fut transmise aux Légations et ne me parvint que le 31 juillet. C'était Tannonce de la

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déclaration de guerre, dont toute la responsabilité était laissée au Japon. Le lendemain, 1" août, à midi, le chargé d'affaires du Japon, M. Komura, quittait Pékin après avoir relire son pavillon. Sa dernière visite fut pour moi. Je ne devais plus le revoir que quatorze ans plus tard, en i908, lorsqu'il vint de Londres, où il était ambassadeur, à Tokio pour y assumer une seconde fois les fonctions et la charge de ministre des Affaires étrangères de TEmpire. Dans cet intervalle de quatorze années devait s'accomplir le cycle des événements qui allaient transformer l'orient de TAsie, ouvrir la Chine, la mettre en relations, non seulement commerciales et financières, mais politiques, avec les principales puissances de l'univers, et faire du Japon, en môme temps que l'État prépondérant de l'Asie orientale, l'une des grandes puissances du monde, alliée à l'une des premières puissances de l'Europe.

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