‹ Ma mission en ChineChapitre 61 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

chinois, quand ces conditions lui furent notifiées par notre entremise, avait d'abord essayé d'obtenir une réduction de cette indemnité nouvelle sur laquelle cependant nous avions déjà obtenu un abaissement de 20 millions de taëls. M. Hayashi essaya, d'autre part, dans la négociation finale poursuivie à Pékin avec Li Hong-tchang, d'ajouter aux termes convenus de la rétrocession une disposition en vertu de laquelle les territoires ainsi rétrocédés ne pourraient être aliénés par la Chine en faveur d'aucune autre puissance. Nous n'eûmes pas grand'peine, le comte Gassini et moi, à convaincre Li Hong-tchang el le Tsong-li ya-men qu'ils auraient mauvaise grâce à insister pour une réduction nouvelle de l'indemnité ramenée déjà par nos efforts à un chiffre si modéré. Nous encourageâmes, d'autre part, Li Hong-tchang à décliner fermement l'addition proposée par M. Hayaski et qui ne figurait point dans l'arrangement conclu à Tokio entre le gouvernement japonais et les représentants des trois puissances. La convention fut, en conséquence, signée à Pékin le 8 novembre, telle que les termes en avaient été arr,?tés dans les protocoles de Tokio des 7 et 19 octobre. L'acte ainsi conclu ayant été aussitôt ratifié par les deux gouvernements, le gouvernement chinois put, comme il s'y était engagé, verser à Londres dès le 16 novembre, entre les mains du ministre du Japon, la somme de 30 millions de taëls dans les conditions précédemment fixées. L'évacuation des territoires mandchouriens avait déjà commencé. Elle fut terminée le 25 décembre, c'est-à-dire deux mois avant la date convenue. C'est dans la matinée même du jour de Noël que la forteresse de Port-Arthur fut, par les Japonais, remise à deux délégués chinois envoyés de Tien-tsin à cet effet.

Le Tsong-li ya-men n'avait pas manqué^ dès le lendemain de la signature de la convention de rétrocession, de nous exprimer, au comte Cassini et à moi, ainsi qu'à notre collègue d'Allemagne, et dans les termes les plus chaleureux, les remerciements du gouvernement impérial pour la grande marque de bienveillance et d'amitié que les trois puissances avaient donnée à la Chine. Quelque temps après et comme témoignage spécial de cette haute gratitude, les princes et ministres chinois nous firent remettre, à mes deux collègues et à moi, les insignes de la décoration réservée, non plus aux ministres plénipotentiaires, mais aux ambassadeurs, l'ordre du Double Dragon sur plaque d'or avec une perle de corail et l'inscription en langue mandchoue.

M. Hayashi s'était visiblement attaché, dès son arrivée à Pékin, à» donner à ses relations avec les ministres de France et de Russie le caractère, non seulement le plus correct, mais même le plus aimable. Nous avions, de même, le comte Cassini et moi, témoigné à notre collègue du Japon les dispositions les plus cordiales, et nous nous y sentions d'autant plus facilement portés que M. Hayashi, esprit hautement réfléchi et avisé, observateur pénétrant des situations, s'était rendu compte que c'était en faveur de la Russie et de la France que les circonstances et les influences s'étaient décidément prononcées. M. Hayashi s'était, à plusieurs reprises, et très volontiers entretenu avec moi de la tâche qui était la sienne, des négociations qu'il avait à mener, des dispositions qu'il rencontrait chez le gouvernement chinois, de la situation intérieure de la Chine, telle qu'elle se révélait à lui, et des rapports des hommes d'État chinois entre eux, tels qu'il était amené à les comprendre et à se les représenter. Il m'avait

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