‹ Ma mission en ChineChapitre 62 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

sans difficulté fait connaître les grandes lignes du traité de commerce qu'il avait à conclure, et qui étaient, d'ailleurs, entièrement conformes aux stipulations de l'article VI du traité de Shimonoseki. Il m'avait de môme indiqué, aussitôt après la signature de la convention relative à la rétrocession du Leao-tong, les différents articles de l'acte signé entre lui et Li Hong-tchang. Ses confidences et ses commentaires, exposés avec une remarquable intelligence, m'offraient le plus vif intérêt. Il observait de près les choses et les hommes de Chine qu'il a, dans les papiers publiés à Tokio après sa mort, si libéralement appréciés, rendant hommage à ce qui restait de la haute culture chinoise et à la largeur d'esprit d'hommes tels que Li Hong-tchang ou Wong T'ong-ho. Il démêlait fort bien, malgré les obscurités de la vie politique de Pékin, où étaient réellement l'influence et le pouvoir, et où il devait s'adresser pour aboutir. Il sut toujours agir à propos sur le prince Kong et Li Hong-tchang, et, par eux, sur le grand Conseil, l'Empereur et l'Impératrice douairière. Il excella de même, dans ses relations avec le corps diplomatique de Pékin, et tout en ménageant la Grande-Bretagne, qui devait être un jour l'alliée du Japon, à se maintenir dans les meilleurs rapports avec la politique franco-russe et ses agents.

Les négociations du traité de commerce qui avaient officiellement commencé le 30 septembre entre Li Hongtchang et M. Hayashi ne consistèrent d'abord qu'en la remise par M. Hayashi, à cette date, du projet de traité dont le texte lui avait été apporté de Tokio par le nouveau premier secrétaire de sa Légation, et en la remise par Li Hong-tchang, à la date du 19 novembre suivant, d'un contre-projet chinois. Je sus aussitôt par M. Hayashi

que le contre-projet chinois, était non seulement dans le détail des articles, mais surtout dans l'esprit général, très différent du projet japonais. Alors que ce dernier, conformément au dessein de l'article VI du traité de Shimonoseki, était conçu et rédigé sur le type des traités conclus entre la Chine et les puissances d'Occident, le contre-projet chinois proposait un traité bi-latéral et de réciprocité, surtout dans la question de la juridiction consulaire qui tenait tant à cœur au gouvernement japonais. Le cabinet de Tokio, dès qu'il eut pris connaissance d'un contreprojet si contraire aux dispositions fondamentales de l'article VI du traité de Shimonoseki, intima l'ordre à son ministre, par un télégramme catégorique, de repousser sans délai la tentative incorrecte du gouvernement chinois et d'insister pour l'acceptation pure et simple du projet remis le 30 septembre. M. Hayashi s'acquitta le 29 décembre de l'instruction très précise qu'il avait reçue. Li Hong-tchang essaya en vain, par un mémoire justificatif, de défendre le contre-projet de son gouvernement. Les textes étaient trop formels contre cette prétention. L'ex-négociateur et signataire du traité de Shimonoseki ne tarda pas, d'ailleurs, d'être exonéré de la tâche pénible dont il avait été chargé. Le 10 février 1896, en effet, un décret impérial l'appelait à se rendre, comme ambassadeur extraordinaire de l'Empereur, au couronnement de l'empereur de Russie, dont la date était fixée au mois de mai. Li Hong-tchang fut en même temps relevé de ses fonctions de négociateur du traité de commerce et remplacé dans cette mission par Tchang Yin-houan, membre du Tsong-li ya-men et vice-président au ministère des Finances.

Les négociations entre Tchang Yin-youan et M. Hayashi,

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