‹ Ma mission en ChineChapitre 64 sur 180 · LIVRE II ilî · texte numérisé non relu

LIVRE II ilî

insister avec la dernière énergie pour que satisfaction entière lui fût donne'e. Il savait à qui il devait s'adresser et où il lui fallait frapper. Il ne craignit pas d'exiger des princes et ministres une démarche directe auprès del'Empereur qui était alors au palais d'Été où l'Impératrice douairière donnait une série de fêtes. Le prince K'ing dut se rendre à deux reprises au palais d'Été pour obtenir le consentement du souverain aux dernières et irréductibles exigences du gouvernement japonais. C'est la veille seulement du jour fixé pour la ratification du traité du 21 juillet, c'est le 19 octobre que fut enfin signée entre le prince K'ing et M. Hayashi une déclaration précise aux termes de laquelle le gouvernement chinois s'engageait : 1" à n'établir une taxe sur les produits des manufactures établies sur son territoire que si cette taxe atteignait également les manufactures indigènes et les manufactures étrangères; 2*» à laisser le gouvernement japonais ouvrir des concessions (settlements), non seulement dans les nouveaux ports dont la liste figurait à l'article VI du traité de Shimonoseki, mais aussi dans quatre des anciens ports, Tien-tsin, Shanghai, Han-K'eou, Amoy; 3» à appliquer provisoirement à la navigation de la rivière de Wou-song et de celles de Shanghai à Soutcheou et Hang-tcheou les règlements de navigation du Yang-tseu, jusqu'à ce que, et d'accord entre les deux gouvernements, de nouveaux règlements aient pu être fixés. Le lendemain 20 octobre était signé entre M. Hayashi et le ministre Tchang Yin-houan le protocole de ratification du traité de commerce.

Le traité, ainsi ratifié, en vertu duquel était substitué au traité de réciprocité de 1871 un traité unilatéral, semblable aux traités conclus entre la Chine et les puis-

sances de l'Ouest, était pour le Japon la consécration désirée de sa plus chère ambition, de cette assimilation aux puissances d'Occident qui relevait décidément au premier rang, au-dessus des autres puissances asiatiques et surtout de cette Chine orgueilleuse qui s'était crue la suzeraine, non seulement de la Corée, mais de toutes les cours. Le Japon qui, l'année même de sa guerre avec la Chine, en 1894, avait obtenu du gouvernement britannique l'abolition de la juridiction consulaire et la soumission des sujets anglais à sa propre juridiction, considérait comme une satisfaction plus haute encore l'imposition au gouvernement chinois, et sans réciprocité, de <;ette même juridiction consulaire dont il était si fier de s'être lui-même affranchi. Le ministre Tchang Yin-houan, ^n s'entretenant avec moi quelques jours plus tard des derniers incidents de la longue négociation qui venait d'aboutir, me dit, avec ce détachement, cette objectivité supérieure qu'ont souvent les hommes d'État chinois, <[ue cette imposition d'un traité unilatéral et l'assimilant aux puissances de l'Ouest avait été le but principal des efforts du Japon. Il ajouta qu'à ce titre le traité du âl juillet était pour le Japon c un traité glorieux ». Singulière et frappante reconnaissance par les deux puis- :sances asiatiques, la victorieuse et la vaincue, delà situaition prééminente et de l'excellence de l'Occident, puisque le premier, le plus haut titre de gloire pour un Oriental est d'être ainsi assimilé, dans ses pouvoirs et ses droits, aux puissances de l'Ouest !

Cette signature de la déclaration du 19 octobre et du protocole de ratification du 20 couronnait et achevait l'œuvre de M. Hayashi, qui avait pu ainsi, en moins de dix-huit mois, mener à bien les diverses négociations

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