LIVRE II
destinées à assurer et à parfaire l'exécution du traité de fihimonoseki et à consacrer la situation nouvelle du Japon. Des résultats obtenus par ce traité, le Japon avait, il est vrai, sur le conseil amical de la Russie, de la France ^t de l'Allemagne, sacrifié les territoires du Leao-tong et ■de la Mandchourie méridionale qu'il avait consenti à rétrocéder à la Chine. Mais il avait annexé Formose et le groupe des Pescadores, il avait soustrait la Corée à la suzeraineté du grand Empire voisin, il occupait Wei-haiwei, à titre de gage, jusqu'à l'exécution des clauses du traité, il s'était fait ouvrir de nouveaux ports et des voies de navigation nouvelles dans la région la plus riche de la Chine, il avait enfin conquis le droit d'égalité dans l'Empire du Milieu avec les puissances de l'Ouest jusqu'à ce qu'il fût, à la prochaine étape, agrégé à la compagnie des grandes puissances de ce monde.
Outre la conclusion et la signature de la convention relative au Leao-tong et du traité de commerce, M . Hayashi comptait encore à l'actif de sa mission l'heureuse terminaison, à la date d'octobre 1895, des opérations dirigées <;ontre les forces chinoises demeurées à Formose et l'entière occupation de l'île, et le paiement aux dates des !•' et 17 novembre 1895 et 8-9 mai 1896 du premier terme de l'indemnité de guerre, de l'indemnité spéciale pour la rétrocession du Leao-tong, du second terme de l'indemnité de guerre fixée par l'article IV du traité de Shimonoseki. C'est sur le produit d'un emprunt conclu au mois de mars 1896 avec un syndicat anglo-allemand que le gouvernement chinois avait pu acquitter le second terme de l'indemnité (50 millions de taëls). Le troisième terme (17 millions de taëls environ) fut payé à Londres le S mai 1897. Avant l'échéance de trois années prévue par
Tarticle IV du traité de Shimonoseki, et grâce à un nouvel emprunt de 46 millions de livres sterling conclu en 4898, au taux de 4 4/2 pour 400 avec le syndicat angloallemand, le gouvernement chinois put payer au gouvernement japonais la totalité de l'indemnité de guerre de 200 millions de taëls et s'exonérer ainsi du paiement des intérêts intercalaires.
Lorsque M. le baron Hayashi quitta PéJtin le 3 novembre 4896 pour rentrer à Tokio, où l'attendait sa nomination au poste de Saint-Pétersbourg, il pouvait envisager avec une réelle satisfaction de conscience la route parcourue. Il avait vraiment accompli la liquidation de la dernière guerre, rétabli des relations normales avec la Chine et donné à ses rapports avec les Légations de France et de Russie le tour le plus propre à ménager l'avenir. Son gouvernement avait, au mois d'octobre 4895, laissé se commettre en Corée, par le coup d'État auquel le général Miura, ministre du Japon, ne craignit pas de prêter les mains et par l'abominable attentat' contre la Reine, non seulement, pour reprendre l'expression célèbre, un crime, mais une faute qui pesa longtemps sur la politique japonaise. Le cabinet de Tokio reconnut l'erreur dont il s'efforça de faire retomber la responsabilité sur son agent à Séoul, le général Miurà, qui fut rappelé et remplacé d'abord par M. Komura, puis par le comte Inouye. Il s'appliqua, en outre, l'année suivante, lors de l'ambassade extraordinaire en Russie du maréchal Yamagata, chargé de représenter le Mikado aux fêtes du couronnement de l'empereur Nicolas II, à chercher avec le gouvernement russe, par les termes d'un protocole conclu entre le Maréchal et le prince LobanofT, les bases d'un arrangement sur les intérêts réciproques du Japon et de la Russie dans la