‹ Ma mission en ChineChapitre 67 sur 180 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ambassade de Li Hong-tchang en Russie, en Europe et aux Etats-Unis. — La négociation du second emprunt chinois contracté avec les Banques anglaises et allemandes. — La question des chemins de fer chinois. La France obtient la concession du chemin de fer de Dong-dang à Long-tcheou. — Négociations entre la Russie et la Ciiine pour le passage du transsibérien en territoire mandchou. — Mise à exécution des conventions franco-chinoises du 20 juin 1895.

L'ambassade extraordinaire de Li Hong-tchang en llussie au printemps de 4896, en même temps qu'elle est l'événement décisif de la période qui suivit immédiatement la guerre sino-japonaise, a été aussi l'occasion et la cause déterminante du grand changement qui se fit alora dans la politique chinoise et dans les rapports du Céleste Empire avec le monde civilisé. Jusqu'à cette date, la

•Chine, habituée pendant tant de siècles à se considérer -comme l'Empire du Milieu, c'est-à-dire comme l'ombilic •du monde et la suzeraine de l'univers, traitait du même «ir, avec une égale indifférence et une commune superbe, toutes les nations et tous les gouvernements, en qui elb ne voyait que des vassaux, des tributaires ou des barbares. Tous les traités qu'elle avait été amenée à conclure aveq les diverses puissances étaient conçus et rédigés de façon à n'attribuer à aucune d'elles des avantages exclusifs ou privilégiés, et à leur assurer à toutes un régime identique. Elle espérait se réserver ainsi le moyen de les contenir Tune par l'autre, et de s'opposer à la trop grande influence ou à l'accroissement de quelques-unes d'entre ^lles. Mais le danger qu'elle venait de courir, le service que lui avaient rendu, après le traité de Shimonoseki, les trois puissances intervenues pour lui en alléger le poids, la gratitude qu'elle devait à ces trois puissances, l'habileté supérieure avec laquelle la Russie et la France tirèrent des événements les conséquences qui y étaient contenues, plaçaient pour la première fois la Chine en face d'une politique, ou plutôt d'une méthode nouvelle : celle d'une inclinaison ou inclination vers telle puissance ou tel groupe de puissances qui, aux heures critiques, l'avait assistée et sauvée. Encore fallait-il cependant, pour que <îiette méthode fût comprise, pour que cette politique fût proposée, adoptée et suivie, l'intelligence, la volonté, l'énergie d'un homme d'État qui, en Chine, osât rompre Avec les traditions de la politique classique du « splendide isolement » et de la béate et superbe indifférence. Aucun des princes de la famille impériale n'eût pu s'élever à une telle conception ou risquer une telle audace. Ni l'Empereur, ni l'Impératrice douairière, malgré sa toute-puis-

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