LIVRE III
disposition, cinq hauts fonctionnaires de ce service, MM. de Groot, Detring, de Bernières, Campbell et Drew, chargés de l'assister successivement en Russie, en Allemagne, en France, en Angleterre et aux États-Unis. La mission de Li Hong-tchang, en effet, d'abord et quasi uniquement destinée à l'ambassade extraordinaire du couronnement à Moscou, s'étendit ensuite peu à peu à d'autres objets, à savoir une ambassade de remerciement auprès des trois gouvernements qui avaient assisté la Chine après la paix de Shimonoseki, puis une ambassade générale auprès des divers gouvernements d'Occident à qui Li Hong-tchang était chargé de demander la revision, en faveur de la Chine, des tarifs douaniers de 1858. La Chine, revenant instinctivement à sa méthode traditionnelle, transformait ainsi une mission d'abord, et pour un dessein précis, destinée à l'unique Russie, en une mission quasi universelle, et dont l'objet principal risquait d'être noyé dans la multiplicité et la diversité des détails accessoires. Mais le gouvernement russe et Li Hong-tchang lui-même ne laissèrent pas dévier l'ambassade, dont l'œuvre essentielle fut bien ce que, dans la pensée du gouvernement russe et de l'exvice roi, elle devait être, la conclusion entre la Russie et la Chine d'accords, ou plutôt encore la détermination d'une politique commune, dont l'effet a été de lier étroitement, pendant quelques années, les destinées de la Chine à celles de la Russie elle-même.
Li Hong-tchang s'embarqua, le 28 mars, à Shanghai, à bord d'un paquebot de nos Messageries maritimes, VErnest-Simons, qui devait le conduire jusqu'à Port-Saïd. A Port-Saïd, un bâtiment russe l'attendait pour le mener directement à Odessa, d'où il devait être accompagné par un délégué spécial et choisi avec intention, le prince
Ouchtomsky, à Saint-Pétersbourg, puis à Moscou. Aucune précaution n'avait été négligée, aucun détail n'avait été omis pour que, dès le début, et dans sa partie essentielle, l'ambassade de Li Hong-tchang fût exclusivement confinée à son objet et n'en fût distraite par aucune diversion.
Tandis que J'ex-vice-roi voguait vers l'Europe pour l'accomplissement de cette mission dont nous n'allions pas tarder à ressentir les effets, nous poursuivions à Pékin, le comte Cassini et moi, l'œuvre que j'ai plus haut indiquée, et d'abord la négociation du second emprunt de 100 millions de taëls dont la nécessité s'imposait à la Chine pour le paiement, au mois de mai 4896, du second terme de l'indemnité de guerre. Dès la conclusion du premier emprunt de 400 millions de francs, au mois de juillet 1895, le gouvernement chinois s'était à peu près engagé avec les Légations d'Allemagne et d'Angleterre à confier aux marchés de Berlin et de Londres le placement du second emprunt. Au commencement du mois de janvier 1896 cependant M. Witte, ministre des Finances de Russie, paraissait avoir conçu le projet d'une combinaison dans laquelle seraient associés, pour la conclusion du nouvel emprunt, les marchés de Saint-Pétersbourg, Berlin, Paris et Amsterdam. Mais, le marché de Paris sans doute n'ayant pas montré grand enthousiasme, et les pourparlers entamés entre Berlin et Lpndres ayant au contraire, selon toute vraisemblance, suivi un cours favorable, la première combinaison, à laquelle le gouvernement chinois se fût volontiers prêté, n'avait pas tardé à être abandonnée, et des négociations s'étaient engagées à Pékin vers la moitié de janvier entre le Tsong-li ya-men et les représentants d'un syndicat anglo -allemand, MM . Hil-