LIVRE III
lier, pour la « Hong-Kong and Shanghai Bank » , et Urbig pour les banques allemandes. Nous avions été avisés par nos gouvernements, le comte Cassini et moi, que les marchés de Saint-Pétersbourg et de Paris ne prendraient point part à l'opération, qui demeurait ainsi purement angloallemande. Telle était la situation lorsque, vers la fin de janvier, le Tsong-li ya-men suspendit tout à coup ses négociations avec le syndicat dont MM. Hillier et Urbig étaient les représentants, et, le 8 février, s'adressa à moi pour me demander si le gouvernement de la République serait disposé à lui faciliter la conclusion sur le marché de Paris d'un emprunt du môme montant de 100 millions de taëls, mais à des conditions moins onéreuses que n'étaient celles du syndicat anglo-allemand (5 pour 100 d'intérêt, au taux de 89 1/2 pour 100). Il s'engagea alors, entre le Tsong-li ya-men et moi, dans des conditions singulièrement difficiles, puisque le temps pressait, que Ifes pourparlers avec le syndicat anglo-allemand n'étaient que suspendus, et que je devais traiter avec mon gouvernement par la voie télégraphique, une négociation qui se prolongea un mois environ, et dont les péripéties furent très accidentées. Le Tsong-li ya-men me pressait de conclure, mon gouvernement me demandait, pour répondre lui-môme aux banques françaises, des renseignements aussi circonstanciés que possible sur l'état des finances chinoises, sur la quotité restée disponible dans les revenus des douanes, sur la sécurité des garanties qui nous seraient offertes, sur les dispositions probables du syndicat anglo-allemand, sur le taux définitif auquel ce dernier paraissait pouvoir consentir. L'effet d'une négociation poursuivie dans ces conditions ne pouvait manquer d'établir au profit du gouvernement chinois une sorte de concurrence et de
surenchère, dont il avait, d'ailleurs, grand soin de préserver l'obscurité et le mystère pour s'assurer le taux d'émission le plus avantageux. Nos banques, pour avoir voulu serrer de trop près les conditions qu'elles supposaient offertes par leurs rivaux, et assez découragées sans doute par l'abandon du premier projet de M. Witte, ne surent ni se décider assez vite, ni surtout se prononcer pour un taux assez large. Les banques anglo-allemandes, d'autre part, inquiètes de la démarche faite auprès de moi par le Tsong-li ya-men, mal renseignées sur les conditions que nos banques pourraient offrir, pressées par sir Robert Hart qui craignait un nouveau succès à l'actif du crédit franco-russe, firent un gros sacrifice. Elles réduisirent à 94 au lieu de 89 1/2 le taux d'émission, essayant de se rattraper sur des promesses de commandes à faire aux industries anglaise et allemande. Lorsque, le 6 mars, le Tsong-li ya-men apprit de moi que nos banques ne pourraient fixer le taux d'émission au-dessus de 90, il s'empressa de conclure, dès le lendemain, avec le syndicat anglo-allemand qui offrait 94. Le contrat définitif fut signé le il mars sur cette base.
C'est à notre intervention que le gouvernement chinois était redevable en somme de ces conditions qu'il n'avait pas d'abord espérées. Nous nous trouvions lui avoir rendu un nouveau service, dont il nous sut gré. J'avais, en effet, réclamé, pendant notre négociation, en faveur de la représentation de l'élément français dans le personnel des douanes chinoises, de nouveaux avantages qui, malgré la résistance de sir Robert Hart, me furent accordés. Du côté anglo-allemand, eil revanche, lorsque l'historique des négociations de l'emprunt fut mieux connu, lorsque les banques surent que le taux offert par les établisse-