‹ Ma mission en ChineChapitre 73 sur 180 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

duirè le rôle de la Compagnie et éluder autant que possible le contrat. Le Tsong-li ya-men proposait maintenant de substituer au contrat même un simple cahier des charges et un règlement chinois qui seraient arrêtés, non plus à Pékin mais à Long-tcheou, entre un représentant de la Compagnie et le directeur général de la ligne qui venait d'être officiellemment désigné, le général Sou. Tel était le point auquel nous étions parvenus un mois après le décret impérial du 20 mars, lorsque M. Hanotaux, qui avait au mois d'octobre 1895 suivi le cabinet Ribot dans sa retraite, rentra aux affaires dans le cabinet Méline et reprit vigoureusement en main la direction des négociations de Chine. Il m'aida de tout son pouvoir à faire accepter enfin par le prince K'ing le projet de contrat que je lui avais remis le 19 avril. Malgré les difficultés nouvelles et les dernières résistances contre lesquelles j'eus encore à lutter pendant plus d'un mois, je réussis pourtant à faire agréer par le Tsong-li ya-men, sauf quelques modifications de pure forme, le contrat que j'avais préparé, d'accord avec le représentant de la Compagnie. La concession obtenue par la Compagnie était une concession de construction et d'exploitation à forfait, au compte et aux risques de la Chine, pendant une période de trente-six ans pouvant elle-même être prorogée et renouvelée. Le contrat, dont les termes étaient définitivement arrêtés, fut signé le 5 juin entre M. Grille, ingénieur de la Compagnie, et le secrétaire général du Tsong-li ya-men spécialement délégué à cet effet. Chou Wen. Telle fut la conclusion de celte négociation de neuf mois, pendant laquelle ma patience et mon endurance furent si souvent mises à l'épreuve. Me souvenant des divers épisodes de la négo cialion elle-même, des obstacles que j'avais eu à écarter,

des difficultés sans cesse renaissantes qui m'avaient été opposées, mais aussi de l'importance des intérêts qui étaient en jeu et du but à atteindre, j'étais quelque peu fondé, je crois, à penser et à écrire, comme je le fis dans mon rapport final à M. Hanotaux, que la signature entre la Compagnie de Fives-Lille et le gouvernement impérial du contrat du 5 juin 1896 était une date dans l'histoire de l'ouverture de la Chine et une date exclusivement française. La concession de la ligne de Dongdang à Long-tcheou est la première qui ait été accordée par le gouvernement chinois, elle est, de plus, la seule qui ait été consentie selon la formule du forfait et de la régie.

C'est à la date même où, dans cette négociation, la résistance chinoise commença à être vaincue, c'est-à-dire vers la fin de mars, que mon collègue le ministre de Russie, qui venait de recevoir de Saint-Pétersbourg ses premières instructions, aborda à son tour avec le Tsong-li ya-men la tâche délicate qui lui était confiée d'obtenir du gouvernement chinois le consentement à une concession singulièrement plus étendue que celle dont le principe venait de nous être accordé. Le gouvernement russe qui avait, pendant la guerre sino-japonaise, et surtout au lendemain du traité de Shimonoseki, si fortement établi à Pékin son influence et son crédit, n'en avait jusqu'alors, c'est-à-dire depuis une année, usé que dans l'intérêt même de la Chine à qui il avait, d'accord avec la France et l'Allemagne, allégé le poids de la défaite, et, avec la France encore, facilité, par la conclusion de l'emprunt du mois de juillet 1895, la libération de son territoire. Il allait maintenant, à la faveur des circonstances, et avec toutes les précautions nécessaires, introduire sa première

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