‹ Ma mission en ChineChapitre 74 sur 180 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

demande, celle aussi à laquelle il atttachait le plus de prix» la faculté de faire passer sur le territoire de Mandchourie, selon des conditions à fixer entre les deux gouvernements» une section du chemin de fer transsibérien, celle qui sortant de la province de l'Amour, à la hauteur de Tchita» traverserait la Mandchouriê septentrionale par Tsitsikhar et Ningouta pour regagner au nord-est la région de Khabarowka et Vladivostok.

Le gouvernement russe avait, depuis Tété de 1895, envisagé l'hypothèse de ce passage du Transsibérien sur une partie du territoire mandchou et il avait fait étudier par ses ingénieurs le tracé éventuel qui pourrait être proposé. Au mois de février 1896, le comte Gassini m'avait confié que ces études étaient terminées, que les rapports techniques étaient parvenus à Saint-Pétersbourg et qu'il s'attendait à recevoir bientôt des instructions préparatoires en vue des négociations à entamer. De là l'intérêt avec lequel il suivait mes propres négociations concernant la ligne de Dong-dang à Long-tcheou, qu'il n'avait pas manqué de signaler à son gouvernement, en faisant remarquer le parti que la Russie pourrait tirer du résultat que nous obtiendrions nous-mêmes à ce sujet.

Dès les premiers jours de mars, le JSorth China Baihj News, organe de la colonie anglaise de Shanghai, publiait le texte d'un prétendu traité qui aurait été conclu entre la Chine et la Russie pour l'utilisation par la flotte russe de certains ports du nord de la Chine et pour le passage du Transsibérien sur le territoire mandchou. C'était là ce que sir Ed. Curzon, sous-secrétaire d'État du Foreign Office, devait lui-même appeler plus tard « l'une des heureuse* anticipations des événements », dont, à une date postérieure, le célèbre correspondant du Times à Pékin,.

M. Morrison, devait être si prodigue. En réalité, et quels •que fussent les renseignements indiscrets que le North €hina Daily News ait pu recevoir de Saint-Pétersbourg ou «de Pékin, ce ne fut que le 18 avril suivant, c'est-à-dire à une date où j'avais eu moi-même une importante séance avec les membres du Tsong-li ya-men sur la question du chemin de fer de Long-tcheou, que le comte Cassini aborda pour la première fois avec les princes et ministres chinois le sujet du passage par le territoire mandchou de la ligne ferrée du Transsibérien.

La demande présentée par le gouvernement russe ne pouvait l'être, comme notre demande de concession du chemin de fer de Long-tcheou, en vertu d'un article de traité. Elle l'était sous la forme d'une requête, d'un appel à la bonne volonté du gouvernement chinois, et se justifiait à un double titre, celui des nécessités d'ordre industriel et économique qui faisaient désirer à la Russie, pour ea ligne du Transsibérien, un tracé plus court et moins coûteux, et celui des avantages politiques et matériels qu'offrirait à la Chine elle-même le passage sur son territoire d'une ligne appelée, non seulement à desservir les intérêts de son commerce, mais à faciliter sa défense militaire et à assurer une communication plus directe, plus aisée, entre elle et la puissance qui venait de lui rendre, après sa guerre avec le Japon, un tel service. Le comte Cassini, en remettant au Tsong-li ya-men les divers documents d'ordre politique ou économique destinés à justifier et seconder la demande de son gouvernement, ajoutait que le passage du Transsibérien sur le territoire mandchou ne devrait naturellement entraîner aucun sacrifice, aucune dépense pour la Chine, et qu'il était bien entendu aussi que, dans une pensée d'égard et de respect

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