‹ Ma mission en ChineChapitre 75 sur 180 · LIVRE · texte numérisé non relu

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pour la souveraineté chinoise, la section de la ligne passant sur le territoire mandchou serait construite et exploitée, non pas par le gouvernement russe, mais par une société commerciale sur la constitution de laquelle les deux gouvernements auraient à se mettre d'accord.

Le comte Cassini m'a dit alors lui-même, en sortant de la séance mémorable où il présenta son projet au prince K'ing et aux ministres, combien, malgré les précautions qu'il avait prises, malgré les extrêmes ménagements de forme et de méthode dont le gouvernement russe avait entouré et comme ouaté sa requête, le prince et les ministres avaient été d'abord émus et frappés d'une sorte de stupeur par la proposition si grave et si nouvelle pour eux qui leur était soumise. Le prince K'ing, après l'avoir écouté avec autant d'attention que de déférence, s'était borné à lui répondre que le Tsong-li ya-men allait examiner et étudier avec soin le dossier assez volumineux qui lui était remis, et que lui-même devrait consulter le prince Kong et prendre les ordres de l'Empereur.

Depuis cette date du 18 avril, d'ailleurs, le comte Cassini, laissant aux princes et ministres chinois tout le temps et le loisir de la réflexion, avait évité de retourner au Tsong-li ya-men. Un ingénieur russe de Vladivostok, qui avait été chargé d'étudier le tracé de la ligne, le docteur ïalpigo, et l'un des directeurs de la Banque Russo- Chinoise de Shanghai, M. Pokotilow, qui devait être plus tard ministre à Pékin, lui avaient été adjoints pour rassister au cours des négociations qui devaient s'engager. Mais, par une étrange fatalité, le docteur Talpigo avait été, dès le lendemain de son arrivée à Pékin, frappé d'hémiplégie et d'aphasie, et n'avait pu, depuis

lors, recouvrer l'usage de ses membres ni de la parole. M. Pokotilow, bien que muni d'instructions expresses et bien qu'ayant toute la confiance de M. Witte, ministre des Finances, et du prince Ouchtomsky, président de la Banque Russo-Chinoise, n'aurait pu sans doute assurer à lui seul toute l'asbistance technique de la négociation. C'est à ce moment, au surplus, que Li Hong-tchang, étant parvenu au premier terme de son voyage, et ayant été aussitôt conduit par le prince Ouchtomsky qui était allé l'attendre à Port-Saïd, d'abord à Odessa, puis à Saint- Pétersbourg, devint, dès ses premiers entretiens avec le prince Lobanofî et M. Witte, et après sa première audience chez l'empereur Nicolas II, le véritable instrument et artisan d'une négociation que le gouvernement russe saisit immédiatement rintérêt et l'opportunité de transférer de Pékin même à Saint-Pétersbourg et à Moscou. L'ambassade de Li Hong-tchang était ainsi appelée à remplir son premier office et à déterminer l'évolution capitale qui allait se produire dans les relations sino-russes et dans les destinées de la Chine elle-même. La scène se déplace donc, et c'est à Saint-Pétersbourg ou à Moscou même, dans toute la solennité, dans tout Péclat des fêtes du couronnement, que va se consommer Tacte le plus considérable, le plus décisif de la période ouverte par la guerre sino-japonaise et la paix de Shimonoseki.

Tandis qu'allait s'accomplir ainsi en Russie l'événement auquel sera dédié le prochain chapitre de cette histoire, et dans la situation particulièrement favorable que la politique franco-russe avait su se créer à Pékin, j'avais la satisfaction de voir s'exécuter toutes les clauses des conventions du 20 juin 1895. La déclaration signée à Londres le 15 janvier 1896 entre lord Salisbury et le baron

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