LIVRE III
de Courcel et par laquelle avaient été réglés, entre autres litiges franco-anglais, les litiges non résolus encore concernant les affaires de Siam et du Haut Mékong, avait reconnu le thalweg du Mékong comme limite des possessions ou sphères d'influence de la France et de TAnglegleterre à partir de l'embouchure du Nam-huok jusqu'à la frontière chinoise. Elle avait ainsi terminé à notre avantage les contestations élevées à propos des territoires de la rive gauche du Haut Mékong, et notamment de Muongsing, et nous avait permis de pousser jusqu'à cette rive du grand fleuve l'abornement de la frontière indo-chinoise et chinoise, tel qu'il avait été fixé par la convention du 20 juin 1895. Dès le 20 janvier, dans une visite au Tsong-li ya-men, j'avais fait connaître au prince K'ing l'accord ainsi conclu entre les deux gouvernements français et anglais et obtenu de lui sans difficulté que les travaux d'abornement fussent aussitôt que possible poursuivis jusqu'au confluent du Mékong et du Nam-la. Outre l'accroissement de prestige résultant pour la France de cette consécration solennelle de ses droits et de la convention du 20 juin 1895, nous nous assurions désormais la stricte et complète application par la Chine des divers articles des deux conventions de frontière et de commerce. La nomination et l'installation comme consul au poste nouvellement créé de Sseu-mao de M. Bons d'Anty, consul de la République à Long-tcheou, était au reste, étant données les qualités éprouvées de cet agent, l'augure et le gage d'une exécution correcte et prompte des stipulations convenues. M. Bons d'Anty avait quitté Long-Tcheou à la fin d'avjil pour se rendre, par Hanoi, au Yun-nan. 11 rejoignait sa nouvelle résidence au moment où l'administration impériale des douanes chinoises venait de confier à un
commissaire de nationalité américaine, M. Cari, la tâche d'inaugurer les services de douane du nouveau port. M. Bons, justifiant pleinement les espérances placées en lui, sut, en quelques mois, avec une sûreté magistrale, mener à bien la triple mission qull avait de hâter les opérations d'abornement de la frontière, le raccordement des lignes télégraphiques et l'ouverture des voies de communication et de trafic entre les deux pays. Tout ce travail fut fait avec méthode, avec un attentif ménagement des autorités chinoises et des susceptibilités locales, avec une fine intelligence des diverses procédures à adopter.
Le gouvernement français avait, dès la réception, dans Tété de 1895, des textes et instruments des conventions du 20 juin 1895, pris en temps utile les mesures législatives propres à assurer l'approbation par les Chambres, puis la ratification de ces deux actes. Lesdites conventions, dûment examinées et discutées par les deux Chambres du Parlement, ayant été approuvées par elles dans leur session ordinaire de 1896, et le président de la République y ayant apposé ses ratifications, je fus, au mois de juin, autorisé par M. Hanotaux à procéder, à Pékin, à réchange des ratifications. Les conventions précédentes de 1886 et de 1887, dont celles de 1895 étaient le complément, n'ayant pas été jusque-là ratifiées entre les deux gouvernements, il était entendu que je demanderais au gouvernement chinois la ratification globale de ces divers actes. Le Tsong-li ya-men se prêta de bonne grâce à l'accomplissement de cette dernière formalité. C'est le 31 juillet 1896 qu'ayant reçu tous les instruments que j'attendais, je priai le Tsong-li ya-men de fixer le jour et l'heure où je pourrais, avec le plénipotentiaire chinois qui serait