‹ Ma mission en ChineChapitre 79 sur 180 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

Le traité ainsi proposé serait donc lui-même le prélude et la préface d'un contrat à dresser entre les deux gouvernements alliés et dans lequel seraient précisées et définies les conditions du passage sur le territoire mandchou de la ligne transsibérienne. Ici, et après l'exposé fait par l'Empereur lui-même, intervenait le projet de contrat préparé, sous la direction du prince Lobanoff, par le ministre des Finances, M. Witte, et le conseil de la Banque Russo-Chinoise. Ce projet de contrat était soumis à l'ambassadeur, en même temps que le projet du traité d'alliance.

Li Hong-tchang était homme à comprendre sans grand délai le plan qui lui était exposé et à saisir de prime saut les raisons de sécurité nationale et de prévoyance politique qui conseillaient à la Chine de ne pas décliner l'occasion ainsi offerte. 11 se rendait compte, en outre, de» conditions dans lesquelles pourraient être rédigés et conclus les projets de traité et de contrat qui, dès son arrivée, lui étaient présentés. Il devait cependant, n'ayant pas reçu à son départ de pouvoirs spéciaux pour négocier et conclure de tels et si grands arrangements, en référer aussitôt au grand Conseil et à l'Empereur, et se faire autoriser à poursuivre, s'il y avait lieu, les entretiens ainsi entamés. La façon dont il porta à la connaissance du grand Conseil et du Palais les propositions qui lui avaient été faites et le soin qu'avait eu le Tsar de prendre en personne l'initiative du langage tenu à l'ambassadeur eurent le résultat que n'aurait point eu sans doute, du moins si rapidement, une négociation confiée à des intermédiaires. Le Tsar s'était, de fait, mis lui-même en communication avec l'empereur de Chine, et dans la circonstance la plus solennelle de son règne, pour lui offrir un pacte d'aï-

liance unissant la cause et la destinée des deux Empires. La réponse fut ce qu'elle devait être, et le mois de mai n'était pas écoulé que Li Hong-tchang avait reçu du Fils du Ciel l'ordre d'apposer sa signature et son sceau au traité proposé, étant bien entendu que le traité ne deviendrait exécutoire et valable qu'après approbation et ratification par le gouvernement chinois du contrat relatif au droit de passage sur le territoire mandchou du chemin de fer transsibérien

Bien que le traité fût destiné à demeurer secret, j'ai eu un jour entre les mains, pendant quelques instants, dans une visite qu'au printemps de 1897 je rendais à Li Hongtchang dans sa résidence» de Pékin, la copie de l'acte qu'il avait signé, l'année précédente, avec le prince Lobanoff, et qui se trouvait, en texte français, dans un petit cahier contenant d'autres documents, beaucoup moins importants, dont l'ex- Vice-Roi m'avait prié de prendre lecture. La traduction anglaise de ce texte fut publiée quinze ans plus tard, alors que le traité lui-même était périmé, dans le Daily TeUgraph de Londres, par le fils de h\ Hong-tchang, Li King-mai, alors ministre de Chine iprès la cour de Saint-James, et qui voulait défendre la mémoire de son père contre d'injustes attaques. Le traité •était bien un traité d'alliance conclu pour une durée de quinze années, par lequel le gouvernement chinois s'engageait, au cas d'une agression par le Japon, à mettre à la disposition du gouvernement russe ses ports et tous moyens de défense. La clause principale du traité était le consentement donné par le gouvernement chinois à la construction et à l'exploitation, dans les provinces mandchoues de l'Amour et de Kirin d'une ligne de chemin de fer se raccordant avec les lignes russes de Sibérie, et dont

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