‹ Ma mission en ChineChapitre 80 sur 180 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

concession était faite à la Banque Russo-Chinoise en vertu d'un contrat à signer entre le ministre de Chine à Saint- Pétersbourg et le délégué de la Banque (article IV). Il ^tait stipulé à l'article VI que ledit traité entrerait en vigueur le jour où le contrat de construction et d'exploitation du chemin de fer aurait été approuvé et ratifié par l'empereur de Chine.

Le contrat du chemin de fer, discuté à Saint-Pétersbourg entre le ministre de Chine et les délégués de la Banque Russo-Chinoise, fut signé par eux le 8 septembre 1896. Il fut approuvé et ratifié à Pékin le 30 du même mois, c'està-dire le jour même où le comte Cassini, cette victoire remportée, quitta Pékin pour rentrer en congé à Saint- Pétersbourg. C'est aussi à cette date du 30 septembre 1896 qu'est entré en vigueur le traité d'alliance, dont la durée ^tait fixée au terme de quinze années.

Les journaux anglais de Shanghai avaient publié, longtemps avant qu'il ne fût signé, le prétendu texte du traité et du contrat. Ils en publièrent une autre soi-disant version au mois d'octobre 1896, quelques jours après ratification à Pékin du contrat relatif au chemin de fer. Ces divers textes, auxquels la presse anglaise donnait le nom de « la convention Cassini », étaient apocryphes. Ils confondaient le traité d'alliance proprement dit et le contrat du chemin de fer. Selon toute vraisemblance, ils auraient été construits et fabriqués d'après certaines indiscrétions arrachées aux bureaux du Tsong-li ya-men par un certain docteur Dudgeon, qui était alors correspondant du Times à Pékin. Les faits authentiques ici résumés établissent qu'il n'y a pas eu, à vrai dire, de « convention Cassini », que le traité d'alliance a été conclu à Saint-Pétersbourg AU mois de mai 1896 entre Li Hong-tchang et le prince

Lobanofî, que le contrat de chemin de fer a été signé le 8 septembre suivant, à Saint-Pétersbourg, de même, par le ministre de Chine, Hiu K'ing-tcheng, et les délégués de la Banque Russo-Chinoise, et que c'est ce contrat dont le comte Cassini a attendu la ratification définitive à Pékin à la date du 30 septembre, avant de reprendre lui-même le chemin de la Russie.

Rien ne fut révélé alors à Pékin, ni à Saint-Pétersbourg, des actes qui venaient de recevoir la ratification de l'empereur de Chine. La publication, d'ailleurs apocryphe, faite par la presse anglaise de la prétendue convention Cassini, reçut du gouvernement russe un catégorique démenti. Seul le gouvernement français eut à Saint- Pétersbourg, et non sans les plus expresses précautions et réserves, communication des dispositions essentielles du contrat passé avec la Banque Russo-Chinoise pour le passage du Transsibérien sur le territoire mandchou. Cette communication était nécessaire, non seulement à cause des rapports d'alliance entre les gouvernements russe et français, mais en raison de la constitution même de la Banque Russo-Chinoise, dont les capitaux étaient, pour la moitié, français, et dont l'administration était mixte entre les deux éléments français et russe. Mais, et à part cette inévitable communication, le silence et le mystère couvrirent le traité secret élaboré pendant les fêtes du couronnement, et mon collègue de Russie, le comte Cassini, le jour même où fut obtenue la ratification du traité et du contrat qui en était la conséquence, s'éloignait rapidement de la scène où venait de se consommer le dernier acte de cette mémorable transaction. Les ministres chinois avaient été, dans les derniers jours, très assidus à la légation de Russie, leurs visites y avaient été

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