LIVRE PREMIER
furent celles des 15 et 17 septembre. Sur terre, l'action s'engagea le 15 sous les murs de la ville coréenne de Ping-yang, au nord-ouest de la presqu'île, entre l'armée chinoise forte de 14500 honunes, commandée par les généraux Ye, Tso, Ma et Wei, et l'armée japonaise s'avançant sur trois colonnes sous la direction générale du maréchal comte Yamagata, assisté des généraux Oshima, Nodzu, Tachimi et Satsumi. Les Chinois, battus avec une perte de 6600 hommes, s'enfuirent dans la direction de Yi-tcheou, tandis que les Japonais s'installaient dans Ping-yang. Sur mer, ce fut le 17 du même mois que les deux escadres chinoise et japonaise se rencontrèrent dans la baie du Ya-lou, près de l'embouchure du fleuve. L'escadre chinoise, composée de dix navires de l'escadre du Nord (Pei-yang), à savoir six croiseurs et quatre torpilleurs de haute mer, et de six autres bâtiments de l'escadre de Fou-tchéou, convoyait des transports chinois portant 4000 hommes de troupe à destination du Ya-lou. L'escadre japonaise, commandée par le vice-amiral Ito, comprenait douze navires. Le feu fut ouvert à 5 000 mètres, à 12 h. 45, par le bâtiment amiral chinois, le Ting-ymn, et dura jusqu'à 5 heures. Deux croiseurs chinois, le King-yuen, le Chih-yuen^ furent coulés; deux autres, le Chao-yung et le Yang-wei, s'échouèrent, en partie brûlés. La partie supérieure en bois du bâtiment amiral et d'un autre gros bâtiment, le Chen-yuen, avait été brûlée : ces deux bâtiments ne durent d'échapper au désastre que parce qu'ils se tinrent au fond de la baie. Parmi les bâtiments japonais, quatre, dont le bâtiment amiral, le Matstishima-han, furent assez endommagés. Mais, et quoique les transports chinois aient pu débarquer leur cargaison de troupes, l'avantage resta incontestablement
à l'escadre japonaise, qui fut dès lors mattresse de la mer.
Les conséquences des deux victoires remportées par les Japonais sur terre et sur mer ne tardèrent pas à se produire. Le 6 octobre, les Japonais avaient commencé à s'avancer sur la route méridionale dé Ping-yang jusqu'au Ya-lou. Le 24 et le 25, ils forçaient le passage du fleuve et s'emparaient successivement de Kieou-lien-tch'ang et de Feng-houang-tch'eng, en Mandchourie, où les Chinois, commandés par le général Song, s'étaient retirés. Une deuxième armée japonaise, commandée par le général comte Oyama, avait, d'autre part, débarqué le 24 octobre à Kin-tchéou, dans la baie de la Société, et s'emparait de Ta-lien-wan (Dalny) dans la matinée du 6 novembre. De là, et maîtres de la route de la péninsule du Leao-tong, les Japonais s'avancèrent le 20 du même mois sur la pointe sud-est pour attaquer Port-Arthur. Cette forteresse, attaquée par terre et par mer, tomba dès le lendemain. Les troupes du général Oyama, sans perdre de temps, s'engagèrent aussitôt sur la route de Nieoutchouang et Chan-hai-kouan^ tandis que l'armée japonaise du Nord occupait en Mandchourie la passe de Mot'ien-ling.
Cette série de revers avait, après les premières semaines d'illusion et de confiance, fini par troubler la sérénité et la quiétude du gouvernement chinois. Au début, rien ne m'avait paru plus singulier que le départ de certaines troupes, encore équipées à l'ancienne inanière, et de quelques-uns de leurs généraux quittant Pékin dans leur charrette avec un attirail qui n'avait point du tout l'aspect militaire. Un autre spectacle étrange était le défilé des convois portant aux armées, pour la solde des troupes, et pour les dépenses de la campagne, la monnaie