LIVRE PREMIER
de cuivre dont le transport exigeait un grand nombre de chariots. Peu à peu, le bruit des premières défaites commença à se répandre. Les rapports des censeurs contre les généraux et les hommes d'État responsables couraient sous le manteau. En même temps, la Gazette de Pékin publiait les mesures prises ou les actes d'accusation décrétés contre les généraux vaincus et déférés devant le ministère de la Justice. A la mi-septembre, des rumeurs déjà perceptibles et distinctes annonçaient de graves décisions qui allaient être prises, de grands changements qui allaient se produire au palais impérial et dans le gouvernement de Pékin. La première, ce fut l'annonce que les préparatifs faits pour la célébration du jubilé de l'Impératrice douairière allaient cesser. Un décret impérial, en date du 25 septembre, rendu par les commandements de l'Impératrice douairière elle-même, ordonnait que toutes les fêtes publiques d'abord projetées fussent supprimées et que les cérémonies de Fanniversaire de la soixantième année de la souveraine fussent confinées dans le palais. Quatre jours après, le 29, un nouveau décret, rendu de même par les commandements de l'Impératrice douairière, confiait au prince Kong, disgracié depuis l'année 1884, la direction du palais, la présidence du Tsong-li ya-men, la direction générale de la Guerre et de l'Amirauté. Le prince Kong, avant de Centrer au pouvoir, avait tenu d'abord à ce que les fêtes du jubilé de l'Impératrice fussent, comme le recommandaient les circonstances, réduites à la plus simple et discrète expression, ensuite à ce que le décret le rappelant aux affaires fût rendu par les commandements de la même souveraine, l'impératrice Ts'euhi, qui l'en avait éloigné dix ans auparavant. Le prince Kong avait débuté, fort jeune encore, au
mois de septembre 1B60, comme commissaire impérial désigné par Tempereur Hien-fong, son frère, pour négocier et signer les traités de paix avec la France et l'Angleterre . La Chine était alors, après l'entrée à Pékin des armées anglaise et française, et lorsque la rébellion des T'aï-p'ing l'emportait dans une grande partie de l'Empire, réduite à une extrémité pire que celle dont la menaçaient aujourd'hui les victoires japonaises. C'est le jeune Prince, alors âgé de vingt-huit ans, qui rendit à l'Empereur, son frère, et à l'Empire, le signalé service de conclure la paix avec les deux grandes puissances d'Occident. L'année suivante, après la mort de Hien-fong (22 août 1861), c'est le même prince Kong qui, d'accord avec les Impératrices douairières, et surtout avec l'impératrice Ts'eu-hi, mère du nouvel empereur T'ong-tche, écarta par un coup d'État le conseil de régence, dont il avait été exclu, se faisait nommer Régent et, sous le nom des deux Impératrices, allait, pendant de longues années, gouverner TEmpire. Son pouvoir, qui dura jusqu'au mois d'avril 1884, soit pendant vingt-trois ans, et qui fut marqué par la défaite des deux grandes rébellions, l'insurrection des T'aï-p'ing (1865) et la rébellion musulmane (1873), avait pris fm à la suite de la disgrâce qu'il encourut lors des difficultés entre la France et la Chine au sujet du Tonkin. Le Prince revenait maintenant lorsque, de nouveau, la Chine était en danger, et non plus, cette fois, par la menace des puissances européennes, mais du fait de son voisin de l'Est, de ces Wo-jen qu'elle n'avait traités jusqu'alors qu'avec mépris. Il avait longtemps hésité à sortir de sa retraite, il se souciait peu de subir encore le poids des affaires. 11 avait d'abord répondu à ceux qui le sollicitaient de ne pas refuser ce fardeau, en se compa-