‹ Ma mission en ChineChapitre 81 sur 180 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

longues et fréquentes, les adieux faits au comte Gassini avaient un caractère extraordinaire de cordialité et d'effusion, les préparatifs ordonnés par les autorités de l'empire pour le voyage de retour du ministre de Russie, par la voie de terre, à travers la Mongolie, jusqu'à la frontière sibérienne, témoignaient du désir qu'avait la Chine de montrer sa spéciale et attentive sollicitude. Les hauts mandarins de la cour de Pékin avaient conscience de la gravité, de la solennité du pacte qui venait d'être conclu entre la Chine et le Russie, et qui allait, pendant plusieurs années, dominer, diriger la politique du Céleste-Empire. Li Hong-tchang, sa mission en Russie terminée, avait, dans la première moitié de juin, après une visite à la foire de Nijni-Novgorod, poursuivi sa route vers l'Allemagne, où l'attendaient, avec le ministre de Chine à Berlin et M. Detring, les agents de la maison Krupp, des chantiers de Stettin, des principaux établissements métallurgiques de l'empire et de quelques-unes des grandes banques. L' ex- Vice-Roi, qui, dans son ya-men de Tientsin, avait été si accessible et si complaisant à tous ces représentants de l'industrie et de la finance germaniques, fut, pendant toute la durée de son séjour en Allemagne, accaparé et sollicité par eux. Il dut visiter un certain nombre des établissements qui recherchaient si avidemen sa clientèle. Ce que l'Allemagne désirait et espérait de lui, c'étaient surtout des commandes lucratives, des chances et occasions d'exploiter le budget chinois. A peine lui resta-t-il le temps nécessaire pour remettre entre les mains de l'enapereur Guillaume II les lettres par lesquelles l'empereur de Chine exprimait au souverain allemand sa reconnaissance du service rendu lors de la paix de Shimonoseki, pour assister à quelques revues militaires

et pour s'entretenir avec quelques personnages politiques, notamment avec l'ex-chancelier, le prince de Bismarck, que, malgré la retraite et la disgrâce dans laquelle celuici vivait conOnë, il alla voir à Friedrichsruhe. De grandes et somptueuses réceptions furent faites à Li Hong-tchang à Stettin, Francfort-sur-l'Oder, Kiel, Hambourg et Cologne. Mais l'ambassadeur, si bien traité qu'il fût, n'avait le pouvoir de négocier et de conclure aucun de ces marchés, aucune de ces fructueuses commandes que ses hôtes allemands espéraient se réserver. La déception fut profonde quand il quitta l'Allemagne, et certains organes de la presse allemande ne se gênèrent pas pour le dire.

D'Allemagne, l'ex- Vice-Roi se rendit en Hollande, où la Reine régente lui fit le plus gracieux accueil, et où le Kurhaus de Scheveningen lui offrit un splendide banquet, puis en Belgique où il eut d'utiles et pratiques entretiens avec le roi Léopold II. C'est dans ces entretiens que paraît s'être d'abord formé le projet de vastes travaux à exécuter en Chine et que la Belgique, si bien outillée au point de vue industriel et si riche en capitaux, si exempte au contraire d'ambitions %i convoitises politiques, était particulièrement apte à entreprendre. Dans quelques-unes des conférences tenues à Bruxelles, à Ostende et à Seraing, et auxquelles furent admis des financiers, des ingénieurs, des industriels, la question des chemins de fer ne manqua pas d'être posée. C'est là, selon toute vraisemblance, qu'a été conçue, entre le souverain et l'ambassadeur si bien faits pour se comprendre, la combinaison d'où devait sortir, quelques mois plus tard, le projet de construction et d'exploitation de la ligne ferrée de Han-Keou à Pékin, maifi qui ne pourrait

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