LIVRE III
désiraient savoir par nous les conditions dans lesquelles avait été signé le contrat provisoire du 10-27 mai, quelles modifications pouvaient encore y être apportées, et comment la négociation nouvelle devait être abordée et conduite entre eux et le taotai Cheng. Nous nous appliquâmes, le baron de Vinck et moi, à leur démontrer quel intérêt il y avait à ce que le contrat définitif qui, aux termes du contrat provisoire, devait être signé le 27 juillet au plus tard, ne fût pas différé au delà du terme convenu. Il nous parut, d'ailleurs, qu'il n'y avait pas impossibilité d'obtenir du taotai Cheng, par échange de lettres, ou par un acte additionnel au contrat lui-même, quelques amendements de nature à en rendre le texte plus conforme aux instructions que les délégués avaient reçues. Après une visite de quelques jours à Pékin, MM. Dufourny et Walin se rendirent dans la seconde moitié de juin à Hankeou. Ils furent assez heureux pour convaincre le taotai Cheng de la nécessité de consentir quelques amendements sur le taux de l'intérêt, qui fut augmenté de 0,40 pour dOO, et sur certaines clauses d'ordre industriel. Le contrat définitif put, dans ces conditions, être signé quelques jours avant Téchéance prévue (24 juillet).
11 s'en fallait toutefois que fussent achevées ainsi toutes les tribulations de ce contrat, dont le texte parvenu à Bruxelles et à Paris ne donna pas satisfaction aux financiers ^t industriels belges et français qui s'étaient constitués en » société d'étude » pour l'exécution de cette vaste entreprise. De longs mois devaient encore s'écouler avant que la c société d'étude > conclût à Shanghai, le 26 juin 1898, avec le taotai Cheng, par Pentremise de M. Eugène Hubert, ingénieur, son représentant, le contrat, cette fois seulement définitif, par lequel le taux dUn-
térét était élevé à 5 pour 400, la < société d'étude » ne prenant ferme tout d'abord que 39 millions de francs du capital nominal (112500000 francs), et se réservant l'option jusqu'au 31 décembre 1901 du surplus de l'emprunt, soit 73 500000 francs, et ce au prix de 90 pour 100 nominal. Il était stipulé que la < société d'étude > élisait pour banquier à Shanghai et à Paris la Banque Russo-Chinoise. Au contrat d'emprunt était joint un contrat d'exploitation, chargeant la t société d'étude » de la direction, de l'administration et de l'exploitation de la ligne, pendant une durée de trente années, et lui accordant une participation de 20 pour 100 dans les bénéfices nets. Les destinées de la ligne ne laissèrent pas plus tard que d'être fort accidentées, tant par les événements qui marquèrent en 1900 l'insurrection des « Boxeurs » et la destruction d'une partie de la voie déjà établie que par la crise intérieure à la suite de laquelle, en 1908, le gouvernement chinois ayant, comme il s'en était réservé le droit, procédé au rachat de l'emprunt, l'opération de rachat fut eiîectuée par une société franco-anglaise désormais substituée à la € société d'étude » franco-belge. Mais l'important, c'est que la France, d'accord avec la Belgique et la Russie, s'était assuré dès 1897 la concession, sous forme d'emprunt et d'exploitation, de la première grande ligne de la Chine, alors que déjà, d'autre part, la France sur sa frontière indo-chinoise, la Russie sur sa frontière sibérienne, avaient obtenu, l'une le raccordement de ses lignes avec une ligne chinoise, l'autre le passage du Transsibérien à travers le territoire mandchou. Si je rappelle enfin que notre industrie avait, en outre, conclu à Séoul avec le gouvernement coréen des arrangements lui accordant l'option de lignes destinées à relier Séoul à la frontière du