QUI ONT FAIT L’OBJET DE POURPARLERS CONFIDENTIELS A BERLIN
On n’attend pas de moi le récit de cette campagne que termina le coup de foudre de Sadowa. Mais on sait qu’avant et après la gueiTe dilîérentes ouvertures ont été faites, qu’il y a eu différents projets de traites, soit pour amener la neutralité de la France, soit pour Ini offrir une équitable compensation. Je dois m’expliquer sur la part que j’y ai prise. Il est une pi-emière erreur contre laquelle je ne puis assez protester, tant elle a été soutenue avec persistance, c’est que je recevais à la fois mes instructions du quai d’Orsay et des Tuileries, et que, dévoué uniquement à seconder les intentions de l’Empereur, j’étais l’organe de sa politique secrète.
Appelé à déposer devant la commission de l’Assemblée nationale nommée pour examiner les
actes du Gouvernement du 4 septembre , j’ai- rappelé, avec l’autorisation de M. le comte Daru, président de cette commission, que lorsqu’il dirigeait le ministère des affaires étrangères , lui-même m’avait écrit : “ L’état territorial de la Prusse résulte d’événements qu’il n’a peut-être pas dépendu de vous de conjurer » . A celte observation, ai-je ajouté, je fis, dans une lettre particulière datée du 27 janvier 1870, la réponse suivante :
Durant toute la période qui a précédé
la dernière guerre, celui de vos prédécesseurs qui dirigeait à ce moment le ministère des Affaires étrangères m’a constamment et exclusivement recommandé de le renseigner avec exactitude sur les vues et les actes du gouvernement prussien, sans jamais me charger ou me permettre d'entrer en communication avec le cabinet de Berlin sur les éventualités qui étaient alors imminentes. .l’ai fidèlement obéi à ses ordres, et j’ose affirmer que j’ai été un informateur actif, correct, prévoyant. Quand j’ai été envoyé au quartier général de l’armée prussienne, je I n’avais d’autre mission que d’obtenir l’acquiescement du Roi il un armistice. J’ai tenté de faire mieux, mais je ne saurais vous exposer moi-méme la conduite que j’ai tenue; je dois et je puis hardiment m’en référer à ma correspondance : elle n’est pas volumineuse, puisqu’elle comprend un délai de trois semaines, pendant
PROJETS DE TRAITÉS
lesquelles j’ai dû le plus souvent recourir au télégraphe, et si vous voulez vous en faire présenter une courte analyse, vous serez pleinement édifié sur le rôle que j’ai joué en cette circonstance, et je ne crains nullement, laissez-moi vous le dire, le jugement que vous en porterez. Je n’ignore pas tout ce qui s’est dit à cet égard, mais, par un sentiment que vous apprécierez, je n’en doute pas, je n’ai jamais songé à décliner la part de responsabilité qu’on faisait peser sur moi, et, dans ce but, à redresser les erreurs trop facilement accueillies par un public mal renseigné. Je l’essaye aujourd’hui pour la première fois, parce qu’il importe que vous soyez exactement éclairé sur un pareil sujet ; mais je ne porterai pas ailleurs ces explications. C’est ainsi que je comprends mes devoirs et le dévouement au gouvernement que j’ai l’honneur de servir. Il me suffit de penser que, le cas échéant, on trouvera aux Archives des affaires étrangères les éléments nécessaires pour rétablir la vérité en ce qui concerne les choses comme les personnes. Je dois ajouter que je n’ai jamais, et dans aucune des missions que j’ai remplies, entretenu d’autres correspondances que celle dont la trace existe au département, ou entre les mains de vos prédécesseurs, et que je n’ai eu, à toutes les époques de ma carrière, d’autres ordres à exécuter que ceux qui m’ont été donnés directement par eux. Vous penserez, sans doute, que je vous devais ces éclaircissements, et que je ne pouvais même me dispenser de vous les adresser.
En relisant ma lettre, je m’aperçois que je me suis
exprimé dans la dernière partie de telle manière ipie vous pourriez en conclure que j’envisage les événements de 18d6 au point de vue auquel on s’est généralement placé pour blâmer le gouvernement ; je tiens à vous dire que tel n’est pas mon sentiment.
En plaçant ici cet extrait, je n’ai d’autre objet que de montrer, d’une part, que si je n’ai jamais cherché jusqu’à présent à redresser de fausses asseitions, quelque pressant que fut mon intérêt personnel, de l’autre, j’ai affirmé un fait constant et indubitable en avançant, dans ma lettre du mois novembre, que je n’avais eu l’honneui’, dans aucune occasion, d’entretenir une correspondance directe et confidentielle avec l’Empereur. Il a daigné m’accorder sa confiance et me témoigner quelquefois sa satisfaction -, il n’a jamais cessé de me faire transmettre ses ordres par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, avec lequel j’ai exclusivement correspondu . Personne ne supposera, je pense, que j’aurais pu l’affirmer en termes aussi absolus que je l’ai fait eu écrivant à M. le comte Daru, mon chef immédiat, si je n’y avais été pleinement autorisé.
C’est au ministre que j’adiessais mes informa- , lions les plus confidentielles ,, c’est à lui que je demandais de connaître les intentions du gouvernement, pour y adapter mon attitude et mon lan-
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PROJETS DE TRAITES
{jage. Ce point niérite d’être clairement établi, et je ne crois pas pouvoir me dispenser d’insérer ici les deux lettres particulières qu’on va lire. I.,a France, l’Angleterre et la Russie se concertaient, à ce moment , pour proposer aux deux grandes puissances allemandes la réunion d’un congrès ; le bruit s’en était déjà répandu, et je n’avais encore reçu aucun avis à ce sujet, quand je crus devoir— signaler les inconvénients résultant de l’insuiHsance des communications qui m’étaient adressées de Paris.
lioi'Iiii, le 19 mai 18G(1.
PARTICUUÈnE.
Mon cher ministre.
Je manquerais assurément à mes devoirs envers vous si je ne vous disais que l’ignorance dans laquelle vous me laissez me place dans une fausse position. La plupart de mes collègues sont plus ou moins informés, ceux d’Angleterre et de Russie le sont exactement, et vous jugerez aisément combien il m’est dès lors difficile d’accepter un entretien quelconque avec eux. Personne ne voulant admettre ou croire qu’il en soit ainsi, en un moment comme celui-ci, ils s’imaginent tous, et M. de Bismarck avec eux, que je suis en possession de tous vos secrets; seulement ils concluent de mon silence que ces secrets sont de telle
MA MISSION EN l'BüSSE.
iiiiture <|u’ils nous commandant de les caclicr avec soin à Berlin Je suis certain que mon mutisme a fait le sujet de plus d’une dépêche et donné lieu à beaucoiij) de conjectures. M. de Bismarck prétend, à tort ou il raison, que 1a plujiart de nos ministres en Allejaiayne ne sont pas aussi discrets, et que partout leur langage est hostile à la Prasse. « Le contraste avec votre réserve, me disait-il hier, est au moins étrange, et comment ne pas penser qu’ils sont autorisés à parler, pendant que vous êtes invité avons taire?»
La réponse était facile, et je l’ai faite ; je l’ai notamment engagé à se défier de ses agents et de leurs commérages, au lieu de croire à l’imprudence et à l’indiscrétion des nôtres ; et je ne vous rapporte ce détail que pour vous prouver que je ne suis pas mû par une vaine curiosité ou par une susceptibilité déplacée. Je n’ai pas en effet la ridicule prétention de renverser les rôles et d’étre informé, au lieu de rester un informateur ; mais, à ce titre même, je vous devais de ne pas vous laisser ignorer les inconvénients de ma situation personnelle.
Tout à vous,
Benedetti.
Digilizcci hy GoosU
rilOJKTS DE TRAITÉS.
Paris, le 22 mai 18C6.
Mon cher ambas.sadeur,
Vous savez aujourd’hui tout ce que l’on peut savoir au, sujet de la conférence projetée. Il m’est impossible de vous entretenir des velléités et des faux germes; je dois attendre que les choses aient pris quelque consistance avant d’en faire l’objet d’une communication même particulière.
Quant au soi-disant projet d’échange de la Vénétie contre la Silésie , mon télégramme vous en dit tout ce qu’on peut dire
Je ne vois dans la correspondance de nos agents aucun indice qui me fasse croire qu’ils violent leurs instructions en rompant la neutralité contre M. le comte de Bismarck. Il faut mettre en quarantaine tous ces commérages diplomatiques.
Nous nous sommes entendus avec l’Angleterre pour la conférence, et nous sommes sur le point de nous mettre d’accord avec la Russie.
Tout à vous,
Drouyn de Liidys.
O) A la dalode la lettre à lacjuelle il répondait, le ministre m’avait fait part en effet des pourparlers ouverts à Paris. Voir page 123.
P) Je ne possède pas plus copie des télégrammes du ministère que des dépêches officielles, et je ne saurais indiquer ici le sens exact de celui auquel M. Drouyn de Lhuys se réfère.
Mais n’aurais-je pas, sans ordres, sans instructions, pris sur moi d’entrer en négociation avec M. de Bismarck? Un jom’nal a raconté que j’avais étonné M. de Cavour par la témérité de mes conceptions pendant que j’étais accrédité à la cour de Turin , oubliant que cet homme d’État était mort plusieurs mois avant qu’on me confiât ce poste. N’a-t-on pas dit à la tribune de la Chambre des communes: « Tous ceux qui connaissent M. Benedetti savent qu’il est un diplomate très-aventureux Il
Ai-je en effet justifié cette opinion, ouvert des pourparlers avec le premier ministre à Berlin, engagé mon Gouvernement à un degré quelconque? Ai-je cherché enfin à ménager à celui-ci des compensations soit en Suisse, soit en Belgique? .
Est -ce à Paris ou à Berlin qu’on a pris l’initiative des suggestions ? -Est-ce M. Drouyn de Lhuys, autorisé par l’Empereur, ou M. de Bismarck, avec ou sans l’assentiment du Roi?
Voici ce que j’ai écrit à ce sujet, du 15 mai au 4 juin, pendant les dernières semaines avant la lutte qui s’est engagée, en 1866, entre l’Autriche et la Prusse.
(') Séance du 1" août J870.
PROJETS DE TRAITÉS
Berlin, le 15 mai I8C6.
PAHTICll.lÈnE.
Monsieur le ministre,
J’ai trouvé hier M. de Bismarck visiblement alarmé. M. de Goltz lui donne sur tous les sujets les plus vives inquiétudes. Pendant que, d’une part, il lui signale de nouveaux efforts qui seraient faits de Paris pour déterminer l’Autriche à entrer en arrangements avec le cabinet de Florence sur la Vénétie, de l’autre, il modifie lui-même d’heure en heure ses propres appréciations sur les dispositions personnelles de l’Empereur; de telle façon que le Roi et le président du conseil ne savent plus que penser de la valeur ou de l’exactitude des informatious qu’il leur transmet. Pour m’en citer un exemple , et sans entrer dans plus de détails, M. de Bismarck m’a appris que, sur une indication de M. de Goltz, le Roi a adressé une lettre à l’Empereur; cette lettre a été confiée au major de Burg , qui retourne en Italie , et il avait été autorisé à solliciter une audience particulière de Sa Majesté pour la lui remettre. A l’arrivée de M. de Burg à Paris , M. de Goltz n’a pas trouvé la lettre du Roi conçue dans le sens qu’il avait indiqué , et a même télégraphié que la situation des choses ne comportait plus une pareille démarche. J’ai cru comprendre que les contradictions de la correspondance de l’ambasSadeur avaient déterminé le Roi , de l’avis de M. de Bismarck, à écrire à l’Empereur par l’intermédiaire de M. de
ir.o
Rurg, auquel il a été évidemment recommandé de ne rien négliger pour provoquer des explications qu’il devait transmettre directement à Berlin et qui auraient servi ii contrôler les rapports de M. de Goltz et à en préciser le sens. M. de Goltz a-t-il compris dans quel but on désirait que la lettre du Roi fût remise par M. de Burg, ou a-t-il été simplement blessé de ne pas en avoir été chargé lui-méme? Je ne puis vous le dire. Ce qui est certain , c’est qu’il a mandé qu’on ne pourrait obtenir une audience pour cet officier. Quoi qu’il en soit , j’ai pu constater qu’il prête successivement h l’Empereur des vues et un langage qu’il est impossible de concilier; le Roi en serait manifestement troublé, et M. de Burg avait, en somme, pour mission de recueillir , de la bouche de Sa Majesté , quelques indications plus nettes et plus rassurantes. C’est durant ces derniers jours que tout cela a dû se passer; en m’en entretenant, M. de Bismarck feuilletait à tout moment plusieurs dépêches télégraphiques datées d’hier et d’avant-hier. Elles n’annonçaient pas encore que M. de Burg^ait pu approcher l’Empereur et que la lettre du Roi ait été remise à Sa Majesté.
Je ne puis vous donner d’autres renseignements sur cet incident. J’ignore ce que le Roi a écrit à l’Empereur et ce que M. de Burg était chargé de dire verbalement à Sa Majesté. J’ai écouté M. de Bismarck avec la plus grande attention , mais je me suis abstenu avec soin de solliciter des confidences plus étendues que celles qu’il voulait bien me faire spontanément. Dans l’état actuel des choses, je me crois tenu d’ob-
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PROJETS DE TRAITÉS. 157
server plus étroitement que jamais la réserve que vous m’avez recommandée.
Parmi les renseignements envoyés par M. de Goltz, il en était qui porteraient à croire , comme je vous le dis j)lus haut , que nous renouvelons en ce moment les efforts que nous aurions déjà tentés pour faciliter ^ entre l’Autriche et l’Italie le règlement de la question de Vénétie. A moins que M. de Bismarck ne m’ait dit qu’à demi ce qu’il écrit , l’amhassadeur de Prusse à Paris n’aurait recueilli que des indications assez vagues. Elles avaient cependant frappé le président du conseil, parce qu’elles coïncidaient, d’une part avec un avis analogue que M. d’Usedom lui avait fait parvenir dans la journée, de l’autre , avec ce que lui annoncent ses agents voyageant en Autriche , et qui lui mandent que toutes les troupes massées dans les provinces méridionales avaient reçu l’ordre de se diriger vers le Nord; il semblerait même, lui écrit-on, qu’on ne laisserait en Vénétie que les forces nécessaires pour occuper et défendre le quadrilatère , et que l’armée autrichienne tout entière sera prochainement réunie en Bohême et en Moravie. Je vous ai dit avant-hier, dans une dépêche , quel est l’état de l’opinion publique en Prusse ; vqus connaissez les dispositions de l’Allemagne , et vous ne serez pas surpris que l’on soit ici fort attentif à ce qui vient de Paris , et bien près de s’en alarmer. En me montrant ses appréhensions , M. de Bismarck m’a donné à entendre que, si elle était trahie par l’Italie, la Prusse n’était pas encore assez engagée pour que la retraite lui fût
fermée , et qu’il lui serait facile de l’opérer au moyen d’un changement de ministère. Je ne l’ai pas suivi sur ce terrain , et il n’a pas insisté. Je devais d’autant plus m’en abstenir que, suivant un de mes collègues , qui prétend le tenir de bonne source , vous seriez , depuis le 6 de ce mois , en pourparlers avec l’Angleterre jiour combiner une action commune avec la Russie , en vue de prévenir la guerre et de résoudre la question de la Vénétie et des duchés.
Veuillez, etc.
Signé: Benedetti.
Berlin, le 19 mai 1866.
PARTICULIÈRE
Monsieur le ministre,
M. do Bismarck m’a annoncé hier que le major de Burg était revenu à Berlin sans avoir été reçu par l’Empereur, et sans avoir remis à Sa Majesté la lettre du Roi. En me donnant cette première information, il ne me cachait pas une certaine inquiétude; j’ai tâché d’en pénétrer les causes,- et notre entretien continuant, le président du conseil m’a successivement appris que M. de Gojtz s’était expliqué avec l’Empereur et Votre Excellence sur le désir de sou gouvernement de concerter avec nous et avec l’Italie un accord préalable avant d’accéder à la convocation d’un congrès ; mais que, s’il avait été écouté avec bienveillance, il lui avait été impossible cejiendant de déterminer Sa Majesté à accueillir favorablement cette
PROJETS DE TRAITÉS. 159
ouverture; que M. de Goltz avait pu se convaincre, en même temps, que vous aviez ouvert des pourparlere avec l’Angleterre et la Russie pour combiner un programme de conciliation, et que vous en aviez informé confidentiellement l’Autriche. Sans me confier d’où il tenait ce renseignement, M. de Bismarck in’a dit encore que l’Autriche inclinait à céder la Vénétie à la condition d’être dédommagée en Allemagne, et il a ajouté que, suivant ce que M. de BernstorfF lui écrivait de Londres, lord Clarendon était— disposé à admettre que cette compensation devait lui être offerte en Silésie. Il ne m’a pas indiqué comment la Prusse serait désintéressée à son tour, et il n’a fait aucune allusion aux duchés. Il m’a avoué enfin que par une communication quasi-officielle, ce qui m’a paru vouloir dire par une communication directe de l’empereur Alexandre au Roi, la Russie avait pressenti la Prusse sur l’accueil qu’elle serait disposée à faire à une proposition tendant à réunir les puissances en congrès.
Ces diverses informations, M. de Bismarck me les a données comme lui ayant été transmises avec un caractère positif d’authenticité. Se référant en même temps à d’autres renseignements qui lui seraient parvenus de Paris, de Londres et de Florence, sur lesquels d’ailleurs il ne s’est pas expliqué, il se persuadait, en rapprochanttoutescesdonnées, quel’Autridhe, — renonçant à la Vénétie, ferait la guerre à la Prusse pour lui reprendre la Silésie ; il m’a donné à entendre également que nous n’aurions pas de grands efforts à
faire pour déterminer les Italiens à méconnaître leurs engagements, que le cabinet de Vienne serait sans doute assuré de notre neutralité, si 1a guerre restait circonscrite entre l’Autriche et la Prusse. En somme, M. de Bismarck, comme je vous l’ai télégraphié, m’a paru s’imaginer que les efforts faits en ce moment pour conjurer la guerre pourraient avoir pour résultat, en admettant que tel n’en soit pas l’objet, de déterminer J’Autriche à abandonner la Vénétie sans autre garantie que celle de pouvoir se jeter librement sur la Prusse.
Tout ceci in’aété exposé sans amertume apparente, mais non sans regret et sans douleur. Uans un entretien récent, M. de Bismarck était d’avis que la Prusse pourrait encore, si l’itutie lui refusait son concours, entrer en arrangement avec l’Autriche et renouer ses relations avec elle ; il ne pensait plus de même hier, il se montrait au contraire convaincu que l’on voudrait à Vienne faire suj)porter à la Prusse le sacrifice des possessions itahennes. Si l’Empereur, me disait-il, nous abandonne en refusant de se concerter avec nous, et s’il facilite la cession de la Vénétie aux Italiens, la Prusse reste seule en face de l’Autriche et de ses alliés, et nous serons placés devant cette alternative, de désarmer l’Autriche par notre soumission, qui lui sera acquise pour longtemps, ou de soutenir une lutte formidable après laquelle peut-être la Prusse aura cessé d’être un contre-poids à la prépondérance »^e la maison de Habsbourg en Allemagne. Si le Roi m’écoute, nous combattrons. L’armée est superbe ; à
PROJETS DE TRAITÉS
aucune époque elle ii’a été plus nombreuse, plus solidement orfjanisée, ni mieux armée ; j’ai la confiance qu’elle triompherait de nos eiineftiis, ou qu’elle remporterait du moins des succès suffisants pour nous permettre d’obtenir une paix honorable. Nous pouvons au besoin appeler au pouvoir le parti libéral, | proclamer la constitution allemande de 1849, et entraîner avec nous le sentiment national de Hambourg à Munich.
•le vous rapporte ce langage du président du conseil parce qu’il révèle l’état de son esprit. Si ses conjectures sont exactes, si le cabinet de Vienne devait enfin être assez bien insjiiré pour renoncer à | maintenir sa domination au delà des Alpes, l’exaspération qui éclate de toute part en Autriche ne dit que trop, en eflèt, quel prix il exigerait de la Prusse. Mais je ne partage nullement la confiance de M. de Uismarck dans le résultat d’une guerre que la Prusse soutiendrait seule contre l’Autriche et les États secondaires. Dans ces conditions, les inquiétudes qu’elle cause déjà, et l’aversion qu’elle inspire, redoubleraient assurément etatteindraientrarméeelle-méme. I/ajipel qu’on ferait nu patriotisme et au concours du parti libéral serait tardif, sinon dangereux. Si elle est abandonnée pur l’Itulie, il ne reste plus à lu Prusse qu’à invoquer l’assistance des puissances neutres et à chercher un refuge dans un congrès, ou bien l’Au- t ti'iche se vengera cruellement, et les petits États, pour être désormais garantis contre son ambition, insisteront avec force pour qu’elle soit notablement réduite.
l«î MA MISSION EN PRUSSE.
Ce remaniement de carte germanique, s’il doit avoir lieu, s’accomplira sans nul doute sous le contrôle de l’Europe, qui ne peut permettre à l’Autriche d’en tirer des avantages excessifs, ou bien le Saint-Empire serait reconstitué et l’équilibre rompu entre les grandes puissances. Si les craintes de M. de Bismarck sont fondées, vous avez certainement prévu cette hypothèse, et je vous demande pardon de m’y être arrêté
un instant
Veuillez, etc.
Signe : V. Benedetti.
Berlin, le 22 mai 1866.
PARTICei.lÈBE.
Monsieur le ministre,
M. de Bismarck ne me cache pas seulement ses pourj)arlers avec les agents du gouvernement italien ; je constate que depuis quelques jours il affecte une réserve excessive et à laquelle il ne m’avait pas habitué. J’ai voulu hier savoir s’il avait reçu de nouvelles informations de Paris. « M. de Goltz, m’at-il répondu, m’a fait connaître, par le télégraphe, la suljstance de la dépêche préparée j>ar M. Drouyn de Lhuys de concert avec lord Cowley et M. de Budberg, mais d’une façon si sommaire, que je ne puis pas m’en rendre un compte exact. » A ce propos il m’a fait remarquer avec humeur que la Prusse était de toutes les juiissances celle à laquelle nous mesurions notre confiance avec le plus de parcimonie ; il
PROJETS DE TRAITÉS. 163
était, m’a-t-il dit, disposé à conseiller au Roi d’accepter le congrès après une entente préalable avec nous, et nous ne semblerions tenir aucun compte de cette ouverture.
Je ne lui ai pas dit qu’il avait autorisé M. d’Oubiil à écrire h Saint-Pétersbourg que l’assentiment de la Prusse était acquis d’avance à une réunion de plénipotentiaires. Il ne s’est pas montré plus gracieux sur d’autres sujets, notamment sur l’attitude qu’il comptait observer à Francfort et sur la distribution des commandements dans l’armée prussienne ; à toutes mes questions il a répondu de façon à ne pas me permettre d’insister. Est-ce bien, comme il me l’a donné à entendre, au peu d’empressement que nous aurions mis à entrer en conununication avec lui, qu’il faut attribuer ce changement dans ses rapports avec moi ? Je tâcherai de savoir , à la prochaine occasion , ce que je dois en penser
Berlin, le 4 juin 1866.
PAHTJCeUÈHE.
Monsieur le ministre.
Nous sommes à Berlin dans l’attente des dernières résolutions de l’Autriche, et chacun est convaincu qu’en maintenant ses réserves elle rend impossible la réunion de la conférence (’h Tous mes collègues allemands ne se contiennent plus, et, quelque violent que soit leur ressentiment contre la Prusse, il ne les aveugle
(0 Voir page 144.
pas sur les avantages que le cabinet de Vienne fait ii la politique de la l’russe. Quant à M. de Bismarck, je n’ai pas besoin de vous dire à quel point les conseillers de l’empereur François-Joseph le mettent à l’aise. La motion présentée à Francfort consolide sa position auprès du Boi, qui voit une première agression dans l’abandon que l’Autriche fait à la Diète de ses droits souverains sur les duchés. D’autre part, la réponse déclinatoire que le cabinet de Vienne a faite à la note identique des trois puissances, jiendant qu’on s’empressait à Berlin d’v déférer, permettra au président du conseil de rejeter, d’une façon plus formelle qu’il n’a jm le faire jusqu’à présent, la resjionsahilité de la guerre ; elle lui donnera deux prétextes plausibles d’en prendre l’initiative avec l’assentiment de l’Europe entière, qui doit préférer qu’on ouvre les hostilités du moment où il est démontré qu’on ne saurait plus les éviter. Bien cju’il n’ait jamais douté, et qu’il ait toujours espéré que la conférence ne pourrait, dans aucune hypothèse, réussir à sauver la paix, M. de Bismarck regrettera de ne pouvoir saisir l’occasion qu’elle lui offrait pour faire une apparition à Paris. Il aurait désiré conférer de nouveau avec vous et avec l’Empereur. Il me disait hier, en me témoignant ses inquiétudes sur nos intentions, qu’il aurait bien voulu vous pressentir, avant l’ouverture de la j guerre, pour le cas surtout où la Prusse, comme il en manifeste la confiance, remporteraitde grands succès. J’ai relevé de ce qu’il m’a dit que le Roi se refuse toujours à admettre qu’il pourrait être conduit à céder
l'IîOJETS DE TUAITES.
une portion du territoire actuel de la Prusse. Suivant Sa Majesté, au dire au moins de M. de Bismarck, les compensations qu’il pourrait y avoir lieu d’offrir à la France devraient être prises partout où on parle fran- | çais sur sa frontière. Le président du conseil aurait lui-même fait remarquer à son souverain que pour disposer de ces territoires, il faudrait d’abord les conquérir. Il a échappé cependantau président du conseil de dire que « si la France revendiquait Cologne,- Bonn et meme Mayence, il préférerait disparaître de la scène politique plutôt que d’y consentir. » Sans que je l’aie pressé en aucune façon de s’expliquer davantage, il a indiqué qu’il ne croyait pas impossible de décider le Roi à nous abandonner les bords de la haute Moselle (la province de Trêves, sans doute, qu’il n’a pas nommée), qui, jointe au Luxembourg, | où la réunion à la France serait favorablement accueillie, redresserait notre frontière de manière à nous donner toute satisfaction. .Te me suis borné ii lui rappeler que le Luxembourg n’est pus plus une j>ropriété sans maître (|ue lu Belgique et certains cantons de la Suisse ; ne voulant pas d’ailleurs accepter la discussion sur ces éventualités, ni lui laisser supposer (jue ses combinaisons pouvaient avoir quelcjucs chances d’vtre examinées à Paris, j’ai rompu l’entretien sur ce sujet, de manière à lui faire comprendre que je ne désirais pas le continuer. Je ne saurais dire si M. de Bismarck, en s ouvrant avec moi à cet égard, sans que rien lui en fournit le préte.rte, a voulu me pressentir ou vous faire connaître dès h présent, par mon intermédiaire, les
concessions qn’il pourrait vous offrir, et celles que nous devrions nous abstenir de lui demander, mais je n’en serais pas surpris, ces sortes d’expédients lui
étant [jénéralement habituels
Veuillez, etc.
Signé : Benedetti.
Après ces citations, il me sera permis, je crois, d’espérer qu’on ne me prêtera |)lus, au moins durant la période qui a précédé la {juerre, et en attendant que je m’explique sur celle qui l’a suivie, les calculs ténébreux qu’on s’est [)lu à m’attribuer .T’ai toujours ignoré le langafje que M. de Goltz a tenu pour concerter une entente soit exclusivement entre son gouvernement et celui de l’Empereur, soit pour arrêter un accord entre la France, la Prusse et l’Italie, suivant le xceu que m’en a exprimé M. de Bismarck au moment où il s’agissait de réunir un congrès. Je ne saurais donc donner aucun éclaircissement à cet égard. Mais ou a dit encore, et que n’a-t-on pas dit ou présumé! que si je n’avais pas outre-passé mes instructions, et si je
(0 J’ignore si M. Drouyn de Lhuys a conservé mes lettres particulières, ou si, en quittant le ministère des affaires étrangères, il en a fait le dépôt aux Archives. Mais, pour ma part, j’en ai le plus souvent joint les copies à ma corresjKnidance officielle dans les archives de l'Ainhassade à Berlin, et je no cite et ne citerai que celles qu’on pourra retrouver reliées à leur date avec mes dépêches.
PROJETS DE TRAITES
m’étais abstenu de combiner avec ÎM. de liismarck des arranjfements éventuels, il était constant que j’avais induit M. Drouyn de Lliuys en erreur en — l’assurant que nous trouverions la l’rnsse disposée à nous faire sur le Rhin les concessions que nous devions revendiquer
•l’ai eu deux fois, dans la première moitié du mois de juin 18G6, l’occasion d’exprimer officiellement mou sentiment personnel à ce sujet ; la première fois, sur une interpellation du ministre lui-même, qui me demanda d’être mis en mesure d’apprécier les dispositions de l’opinion publique en Prusse à notre égard ; la seconde , en rendant compte de l’impression que produisait à Berlin la lettre que l’Empereur avait adressée, à cette époque, à M. Drouyn de Lliuys, et qui fiit insérée au Moniteur. Voici en quels termes je l’ai fait;
Iterlin, le 8 juin 1866.
Dia-iciiE.
Monsieur le ministre,
Votre Excellence me demande par le télégraphe de lui faire connaître les dispositions de l’opinion pii-
(') Dans un discours qu’il a prononcé à la Chambre des communes le 1" août 1810, sir 11. Bulwer, aujourd’hui lord Dalling, s’exprimait ainsi : « C’est lui (M. Benedetti)
Il qui induisit M. Drouyn de Lliuys à supposer qu’il n’avait » qu’à demander la frontière française do 181 i, et que cette » demande modérée serait iminédialeinent accordée. »
bliquc à l’dgurd de la France. Si dilficile qu’il soit de répondre à cette question , je vais essayer de satisfaire au désir que vous me témoignez.
L’opinion publique en Prusse se divise en deux grandes fractions, l’une conservatrice ou plutôt absolutiste, l’autre libérale avec des nuances démocratiques, et Votre Kxcellence sait qu’elles étaient naguère également hostiles à la France. Les conservateurs s’étaient habitués à considérer le gouvernement de l’Empereur comme le représentant ou l’organe, et la France comme le berceau ou le foyer de la révolution. Leur journal, la Gazette de la Croix, n’avait cessé, depuis l’avénement de l’Empire, de s’imposer le devoir de manquer à toutes les convenances quand elle appréciait nos actes ou notre conduite, et je n’ai pas besoin de rappeler à quel degré elle était ]>artiale et violente dans ses jugements et dans son langagcr , Les libéraux dynasfi(|ues nous ont souvent rendu justice , mais toujours avec parcimonie ; comme les libéraux démocrates de tout genre, ils rej)roclient au gouvernement impérial d’étre, en Europe, le plus redoutable adversaire de leurs doctrines constitutionnelles et parlementaires. Par une de ces aberrations habituelles aux partis, les conservateurs et les libéraux, pour des motifs contraires et qui s’excluent, nous témoignaient donc une égale malveillance. Il était cependant un point sur lequel ils étaient d’accord pour déterminer les tendances de notre politique et pour les apprécier ; les uns et les autres nous prêtaient des vues de conquête , et ils nous dénonçaient
PROJETS DE TRAITÉS. IfiU
à rAllemagne, avec la même passion, comme ses plus incorrigibles ennemis.
Depuis l’avénement du ministère actuel en Prusse, cette situation s’est sensiblement modifiée jiar des raisons diverses, sans toutefois changer de nature. La modération de netre conduite dans l’affaire des duchés, attestée par notre attitude aux conférences de Londres et par notre réserve durant la guerre contre le Danemark, a considérablement niténné l’ardeur des préventions dont la France était l’objet. Nôs adversaires les plus exaltés ont été contraints d’avouer cjue nous avions montré pour l’Allemagne , en nous abstenant de profiter de ses embarras ou de lui créer de faciles difficultés , des sentiments qu’on était loin de nous suj>poser. D’autre part, le gouvernement prussien , comprenant (|u’il ne pouvait tenter de combattre la prépondérance de l’Autriche en Allemagne sans se rap|)rocher du gouvernement de l’Kmperenr, et sans nous témoigner une confiance propre à rassurer les esprits inquiets sur nos intentions, n’a rien négligé pour laisser croire qu’il entretenait avec lui des rapports d’une cordialité parfaite ; et il a, en même temps, usé de toute son influence ainsi que de tous ses moyens d’action pour désarmer, à notre égard, les préjugés des conservateurs, ses amis, et contenir les écarts passionnés des libéraux, ses adversaires. La situation s’aggravant en Allemagne, l’attention des partis s’est trouvée d’ailleurs sollicitée par la double lutte que le cabinet avait engagée , a l’intérieur avec l’op|iosition , ii l’extérieur avec l’Au-
MA MISSION EN l’IlUSSE.
triche, et on a perdu de vue l’ennenii éternel, le fantôme de l'ainhilion française. Chacun enfin rend hominafje à la puissance du {{fnivernement de l’Cinpereur, et si on n’a que troj) souvent contesté la sagesse et le désintéressement de ses résolutions, on n’en a jamais méconnu la fermeté > et on a senti qu’il serait aussi inopportun que téméraire de provoquer la France dans un moment où, par une sinq)le manifestation de ses sympathies , elle pourrait mettre l’Autriche en situation d’infliger à la Prusse la plus cruelle des humiliations.
Les dispositions générales du sentiment pidjlic, celles de 1a cour et de la classe aristocratique notamment, ont subi l’influence de ces diverses circonstances. Comme les journanx du gouvernement, le parti conservateur, les fonctionnaires de tout rang, l’aristocratie et l’armée, .à laquelle elle fournit la plupart de ses officiers, n’éprouvent plus d’éloignement pour nous et s’empressent, nu contraire, de louer la modération de la politique de l’F.mpereur. Ceux qui désirent la guerre se complaisent à prétendre que la France impériale est l’alliée naturelle de la Prusse , et s’en félicitent hautement; ceux qui la redoutent me confient leurs alarmes et me répètent que l’Empereur, qui ])cut tout, voudra la conjurer.
La Gazelle de V Allemagne du Nord, dans une revue rétrospective, s’attachait, il y a peu de jours, à démontrer que la Prusse était tombée dans une funeste erreur, dont les effets se font encore sentir, en combattant la Itévohition française, et la Gazelle de la
PROJETS DE TRAITÉS
Croix ne s’oxprime plus, h notre sujet, que dans les termes de la plus parfaite courtoisie. Les liberaux nous ménajjent; ils font preuve envers nous d’une impartialité relative; ils reconnaissent que notre conduite a été et reste irréprochable; mais s’ils s’abstiennent en général de nous prodiguer le blâme et l’injure, comme ils en avaient l’babitude, ils nous mesurent singulièrement la louange.
Quelle peut être la valeur de ces symptômes nouveaux , et peut-on en déduire que nous ayons vaincu les préventions du peuple prussien et conquis ses sympathies? Ce serait, à mon sens, une grave erreur de le croire. En réalité, il n’y a rien de changé qu’à la surface des choses; on suppose d’une part qu’on— j)ourrait avoir besoin de notre abstention bienveillante, sinon de notre concours actif; de l’autre, on juge imprudent de nous offenser, et des deux côtés on ne trouve plus aucun prétexte, ni dans notre attitude ni dans nos aj)préciations , qui justifie la malveillance. En réalité, nous avons contribué, avec les événements , à apaiser les apjiréhensions que la France inspire partout en Allemagne , mais e' les subsistent, et elles se réveilleraient unanimes et violentes au moindre indice qui laisserait soupçonner notre intention de nous étendre vers le Rhin. Je ne connais que le comte de Bismarck qui se soit familiarisé avec la pensée que la Prusse pourrait avoir intérêt à nous faire une concession territoriale , et encore ne consentirait-il qu’à redresser, plus ou moins sensiblement, les frontières communes des deux pays. On ne
saurait prcvoir les nécessités auxquelles lu guerre pourrait réduire le gouvernement prussien , mais le Roi, comme le plus humble de ses sujets, ne supporterait '
pas, en ce moment, qu’on lui fit entrevoir l'éventualité d’un sacrifice de cette nature. Le prince royal, si pro - 1 fondément pénétré des dangers de la politique dont il est le témoin, déclarait, il n’y a pas longtemps, à un de mes collè{pies, avec une extrême vivacité, qu’il préfixait la guerre à l’annexion des duchés uc(]uis au prix du comté de (îlatz.
En somme. Monsieur le ministre , je constate un apaisement réel dans les disjiositions de l’opinion publique en Prusse; mais si elle a cessé de nous être ouvertement hostile , elle ne nous est pas cependant assez tavorahle pour que nous puissions nous dispenser d’user avec elle des j)lus grands ménagements.
Malgré les circonstances et la prévision générale qu’on j>ourrait être contraint de rechercher notre appui, on n’oid)lic j)as qin; la Prusse n’a pas à redouter l’aiuhition des autres puissances, et <pi’en France ou songe, au contraire, à conquérir la rive^ gauche du lîhin. Cette conviction tient les esprits en éveil et les eni|)êche de rendre sans réserve au gouvernement de l’Empereur la justice qui lui est due, et que raveu(;lement d’un patriotisme étroit ne lui a pas moins refusée, jusqu’à jirésent, que les passions politiques et les préjugés surannés des partis P'.
Veuillez, etc.
(') rtêpêche du 8 juin 1866, n“ 124.
l'R OJETS DE TRAITÉS.
lierlin, le 15 juin 186(î.
DÉPÊCHE
Monsieur le ministre,
J’ui tl'ouvé joint à votre dépêche du 12 de ce luoi.s un exemplaire de la lettre que l’Empereur a adressée à Votre Excellence, et je n’ai pas besoin de vous dire que je conformerai soigneusement mon langage aux vues développées pur 8a Majesté.
Ce document a produit à Berlin la plus vive impression , et il est en ce inoinent l’objet de tous les entretiens. Je dissimulerais ce qui m’en revient si je ne disais à Votre Excellence qu’il a éveillé dans l’opinion publique un véritable sentiiùent d’appréhension. Personne ici ne pouvant s’empêcher de prévoir que la guerre ne saurait laisser la situation territoriale de rAllemagne dans son état actuel, et considérant qu’elle resterait infructueuse pour lu Prusse s’il n’en devait résulter pour elle aucune acquisition, on conclut du langage de l’Empereur que Sa Majesté est fermement résolue, dés à présent, à reven- — diquer pour la France des conqiensations équivalentes. Or il ne vient à l’esprit de personne de penser que nos frontières jmissent être reculées au préjudice de puissances limitrophes qui n’auront pas pris part à la lutte ; ce seront donc, ajoute-t-on, des provinces allemandes qu’il faudra céder ii la France, et celle prévision soulève dans la presse et dans les rangs des adversaires du cabinet prussien les récriminations les
plus C!ner(ji<|iies. Scs amis s’étaient flattes , je neveux pas dire fju’il leur avait laissé supposer, (pie la neu- (tralité bienveillante et désintéressée de lii France était acipiise à la Prusse dans toutes les hypothèses, et la manière dont l’Empereur envisage la situation qu’il conviendrait de faire aux États secondaires, celle (pi’il ne serait pas moins essentiel de conserver à l’Autriche, les a d’autant plus surpris ipie cette manière de voir est inconciliable avec les dispositions du plan de réforme fédérale imaginé par le gouvernement prussien. La lettre de Sa Majesté semble donc aux uns et aux autres, d’une jmrt, repousser d’avance les avantages ipi’on espère recueillir de la guerre, de l’autre, réser ver ii la France le bénéfice de toutes les éventualités. Je me'liorne, bien entendu, à relever les ajipréciations qu’elle suggère et à les reproduire exactement. Elles ne sauraient d’ailleurs surprendre Votre Excellence ; comme je l’indiquais dans un récent rapport, l’opinion publique en Prusse n’est pas moins dominée par des vues ambitieuses que le gouvernement lui-même, mais elle ne conçoit pas que les États voisins songent à se couvrir contre une modification de la carte germanique. La doctrine qui représente l’Allemagne comme une puissance unique et libre de se constituer à son gré, aveugle les -esprits les moins prévenus, et ils repoussent avec indignalion toute idée de transaction gui entraînerait la perte d’une portion quelconque du territoire.
M. de Bismarck ne m’a entretenu de la lettre de Sa Majesté que pour reconnaître que les opinions qui
PUOJETS DE TRAITÉS.
s’y trouvaient exprimées étaient parfaitement conformes aux sentiiiieuls (juc l’Empereur lui a invariablement témoignés toutes les fois qu’il a eùrhonneur de rajjproclier, et il a rendu hommaye à la sincérité de ses intentions. Le président du conseil m’a donné l’assurance que telle était également l’impression du Itoi, bien que son ambassadeur à Paris ait cru devoir manifester de nouveau des appréhensions sur l’attitude que la France pouvait observer dès que la guerre aura éclaté en Allemagne (P.
Veuillez, etc., etc.
Je défie le plus habile investigateur de trouver dans ma correspondance autérieiue à la guerre de 18 Gü une ligne contredisant les appréciations que j’ai exposées dans ces deux dépêches. J’ai certes tenu compte des dispositions que M. de Bismarck m’avait témoignées, comme on l’a vu dans plusieurs circonstances, et ce serait juger les choses avec une évidente partialité que de prétendre qu’il annonçait alors des intentions qui n’étaient pas sincères. Si l’on veut se reporter à cette époque et se rappeler à quels gi’aves périls, de l’avis unanime de tous les cabinets et de ses propres agents, il exposait son pays, en déclarant la guerre à l’Autriche sans une garantie certaine de la neutralité de la France, on avouera qu’il avait
(*) Dépêche du 15 juin 1866, n” 134.
un intérêt suprême à entrer en arranjjement avec ^ous. Et la faute que nous avons commise à ce moment, c’est d’avoir décliné toutes ses suggestions; car, de deux clioses l’une, ou elles étaient de nature à être agréées, et l’Allemagne n’était plus un danger pour nous ; ou bien elles étaient inacceptables, et la rupture de ces négociations aurait fait surgir outre la Prusse et la France une défiance qui aurait mis un obstacle aux convoitises du cabinet de Berlin. Au surplus, le langage qu’il m’avait fait entendre et auquel je me référais, M. de Bismarck l’avait tenu à Biarritz ainsi qu’à Paris, dans le voyage qu’il fit en France en 1865, et Je ne disais rien que le gouvernement de l'Emperciir ne fût en mesure de peser plus exactcineiu que moi-même. Mais ressort-il de mes rapports que j’aie un seul instant encouragé les espérances qu’il cherebait à nous donner? N’ai-je pas affirmé au contraire que le Roi, comme le plus humble de scs sujets, ne supporterait pas qu’on lui fit seulement entrevoir 'l’éventualité d'un sacrifice sur le Rhin? En faisant remarquer que le prince royal, aimant la paix, préférait la guerre ii la cession du petit comté de Glatz pour acquérir les duchés de l’Elbe, n’ai-je pas suffisamment indiqué que nous n’obtiendrions en aucun cas, de la bonne grâce de la Prusse, des conces.sions territoriales sur notre
PUOJETS DK THAITÊS. 177
fiontière de l’Kst? Et si tel éliiit mon sentiment avant Sadowa, pent-on présinncr que j’ai depuis lors clianfjé d’avis, que j’ai pu attribuer à l’Allemagne victorieuse des dispositions qu’elle était unanime à répudiei' hautement à la veille d’un conflit arim; et quand elle pouvait redouter la défaite?
A la vérité, pendant que je me trouvais encore à Nickolgburg, et au moment où les plénipotentiaires des deux puissances belligérantes toucbaii'nt au terme de leurs négociations, je fus informé que le gouvernement de l’Empereur avait décidé de demander à la Prusse, à titre de compensation, le redressement de notre frontière de l’Est et son concours pour obtenir du roi des Pays-Bas, moyennant un dédommagement pour ce souverain, la cession de lAixembourg. Mes instructions me prescrivaient à la fois de pressentir M. de Bismarck et d’exprimer mon sentiment silr ce sujet.
En présence des importantes acquisitions que la paix assurait au gouvernement prussien, je fus d’avis qu’un remaniement territorial était désormais nécessaire à notre sécurité. En répondant dans ce sens à la question qui m’avait été posée, j’eus soin toutefois de rappeler les difficultés que nous rencontrerions et que j’avais signalées précédemment. Je n’ai donc rien ])rovoqué ; j’ai encore moins garanti le succès ; je me suis seulement permis de
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l’espérer, pourvu que nous fussions en mesure de montrer que nous étions disposés à l’exiger, pourvu, en un mot, f/ue notre langage Jùt ferme et notre attitude résolue, ainsi que M. Drouyn de Lhuys a résumé lui-même mes appréciations et la condition à laquelle je subordonnais le résultat de notice démarche
Quoi qu’il en soit, je reçus en rentrant à Berlin dans les premiers jours d’août, avec l’ordre de le soumettre à la considération de M. de Bismarck, -un projet de traité qui ne se bornait plus à rectifier notre frontière, mais qui devait mettre la France en possession de la rive gauche du Rhin jusques et y compris la forteresse de Mayence.
.l’avais de Nickolslnirg, et dés que je fus invité à entretenir M. de Bismarck de nos prétentions, demandé l’autorisation de venir en conférer à Paris, .le pensais qu’il était indispensable de peser mûrement les divers incidents auxquels notre ouverture pouvait donner naissance, et qu’il ne suffisait pas de procéder à cet examen par voie de correspondance. Le projet de traité qui me fut adressé à Berlin me semblant devoir soulever de nouvelles et de plus
0) Voir la lettre qu’il a adressée à l’Enipereiir le 12 octobre 1867, dans la brochure de M. Pradier-Fotléré ayant pour titre : Documents pour F histoire contemporaine, page 30.
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PROJETS DE TRAITÉS. 179
sérieuses difficultés, je renouvelai ma demande, il me fut enjoint de donner d'abord au gouvernement prussien communication de ce document, et de venir ensuite rendre compte des dispositions dans lesquelles il aurait été accueilli.
Dans un discours qu’il a prononcé au mois de mai dernier devant le parlement allemand, M. de Bismarck s’est exprimé, en se référant à cet incident, dans les termes suivants :
Après le 6 août 186fi, je vis entrer l’ambassadeur de France dans mon cabinet, tenant un ultimatum à la main, nous sommant ou de céder Mayence ou de nous attendre à une déclaration de guerre immédiate. Je n’hésitai pas à répondre ; « Bien, alors nous
aurons la guerre. » Cela fut télégraphié à Paris. Là on raisonna , et l’on prétendit ensuite que les instructions reçues par l’ambassadeur de France avaient été arrachées à l’empereur Napoléon pendant une maladie
^ (') Séance du 2 mai 1871. Traduction donnée par les
journaux.
Interpellé à ce sujet par un membre de la Chambre des communes, le sous-secrétaire d’Étaldcs affaires étrangères, le vicomte Enfield, a répondu : a II n’y a eu, en 186fi, entre l’Angleterre, la France, l’Autriche, la Prusse et les États de l’Allemagne du Sud, aucun échange do correspondance relativement à un ultimatum de la France dont le prince de Bismarck a parlé dans un récent discours, pour réclamer de la Prusse la cession de Mayence, ou pour exiger une partie de ses provinces rhénanes. » (Séance du 5 ntai 1871.)
En s’exprimant ainsi, M. de Bismarck oubliait qu'il a lui-même révélé au jniblic la manière dont je me suis conformé à mes instructions. Il a en effet publié au début de la dernière {jiicrre notre projet de traité, en l'accompagnant d’une lettre particulière que je lui avais adressée en le lui envoyant, pour lui en donner connaissance avant d’en conférer. Cette lettre est ainsi conçue :
Mon cher président.
En réponse aux communications que j’ai transmises de Nickolsburg à Paris, à la suite de notre entretien du 20 du mois dernier, je reçois de Vichy le projt“t de convention secréte (|ue vous trouverez ci-joint en copie. Je ni’einpre.sse de vous en donner connaissance, afin t|ue vous puissiez l’examiner à votre loisir. Je suis du reste à votre disposition pour en conférer avec vous quand vous en jugerez le moment venu.
Tout à vous , Dimanche, 0 août 1860.
Benedetti.
Profondément pénétré des résistances (jiie rencontrerait notre proposition, j’avais voulu en procédant de la sorte prévenir, autant qu’il dépendait de moi, l’effet immédiat des premières impressions, et me ména{;cr la certitude d’aborder un si grave sujet sans m’exposer à des explications regrettables, ■l’eus avec le président du conseil, le 5 et le 7 août.
l’UOJETS DE TRAITÉS. |8I
deux entretiens; et mes rapports constatent que si j’ai été ferme et pressant (seule attitude qu’il me fût permis de prendre du moment où je tentais un pareil effort), si M. de Bismarck s’est montré de son côté peu disposé à nous faire la cession de Mayence, notre conversation ne cessa pas un seul instant d’être convenable et courtoise, et qu’il insinua même que nous pourrions prendre d’autres enj;agements propres à satisfaire les intérêts respectifs des deux pays.
Je n’ai pas eu recours au télé{fraplie pour rendre uu compte détaillé de nos deux conférences. Ainsi que j’y avais été autorisé, je partis pour venir à Paris porter mes rapports et exposer ma manière de voir sur une affaire d’une si haute importance, .l’expliquai en arrivant comment le Roi, les ministres, les généraux, avaient reçu notre intention d’acquérir Mayence.
Le 12, l’Empereur adressait à M. de la Valette, alors ministre de l’intérieur, la lettre ci-après, qui fut livrée plus tard à la publicité, et dont l’authenticité n’a jamais été contestée.
Mon cher Monsieur de la Valette,
.l’appelle votre attention sur les faits suivants. Dans le cours d’une conversation entre M. Benedetti
(') Dépêches des 6 et 8 août I86(î, n“ 178 bis et 179 bis.
et M. (le Bismarck, M. Drouyn de Lhuys a eu l’idée d’envoyer h Berlin un projet de convention au sujet des compensations auxquelles nous pouvons avoir droit.
Cette convention , dans mon opinion , aurait dû rester secrète, mais on en a fait du bruit h l’extérieur, et les journaux vont jusqu’à dire que les provinces du Rhin nous ont été refusées.
Il résulte de ma conversation avec Benedetti que nous aurions toute l' Allemagne contre nous pour un très-petit bénéfice.
Il est important de ne pas laisser l’opinion publique s’égarer sur ce point. Faites contredire très-énergiquement ces rumeurs dans les journaux. J’écris dans (X sens à M. Drouyn de Lhuys. Il m’envoie aujourd’hui la Correspondance Havas ci-incluse. Le véritable intérêt de la France n’est pas d’obtenir un agrandissement de territoire insignifiant, mais d’aider l’Allemagne à se constituer de la manière la plus favorable à nos intérêts et à ceux de l’Europe.
Recevez l’assurance de ma sincère amitié.
Napoléon.
Peu de jours après je retournais à Berlin, emportant l’ordre de clore, sans y donner nulle autre suite, la négociation cpie j’avais ouverte.
Ici se placent mes pourparlers avec M. de Bismarck au sujet du traité secret relatif à la Belgique, (jue le gouvernement français aurait proposé au
PROJETS DE TRAITES
cabinet prussien, et que celui-ci aurait décliné.
Personne n’a oublié encore les révélations du Times et les circulaires du ministre prussien au mois de juillet 1870. Du reste, je vais eu transcrire ici quelques passages :
Depuis lors, disait-il, la France n’a pas cessé de nous tenter par des offres, aux dépens de l’Allemagne et de la Belgique. Je n’ai jamais pensé qu’il fût possible d’accepter des offres de cette natime. Je croyais bien qu’il était utile, dans l’intérêt de lu paix, de laisser aux diplomates français les illusions qui leur sont j)articulières, aussi longtemps que cela serait possible , sans faire même de promesses verbales
Par ces motifs, je me taisais sur les demandes qui m’avaient été faites, et je négociais dilatoirement, sans jamais faire de promesse. Lorsque les négociations avec le roi des Pays-Bas pour l’acquisition du Luxembourg eurent échoué , la France me renouvela ses propositions précédentes concernant la Belgique et l’Allemagne du Sud. C’est alors qu’eut lieu la communication du manuscrit de M. Benedetti. Supposer que l’ambassadeur de France ait formulé ces propositions de sa propre main, me les ait remises et les ait débattues à plusieurs reprises, tout cela sans l’autorisation de son souverain, est complètement invraisemblable.
Bclativement au texte de ces propositions, je fais observer que le traité est entièrement écrit de la main de M. Benedetti et sur du papier de
184 MA MISSION EN l'IlUSSE.
rumiinssailo de Frauce, et que les ambassadeurs el ministres d’Autriche, d’Angleterre, deltussie, de Bade, de Bavière, de Belgicjue, de Hesse, d’Italie, de Saxe, de Tiinjuie et de Wurtemberg, (jni ont vu l’original, ont reconnu l’écriture de M. Benedetti. A l’article I", M. Benedetti renonça, dès la première lecture, à la clause finale, et il la mit entri! parenthèses, après que je lui eus fait observer (pi’elle supposait une immixtion de la France dans les atlaires intérieures de rAllemagne. M. Benedetti fit spontanément, en ma présence, une correction moins importante à l’article II.
Voilà la version de M. de Bismarck, voici ma réponse : Il était fort inutile de rassembler les ambassadeurs des puissances en conjjrès d’experts en écriture pour recoiiuaitre et constater, ne vurietur, rautlieuticité du manuscrit. Il est bien de ma main, je ne m’en défends pas; bien plus, cela seul prouve déjà que je n’ai point apporté à M. de Bismarck un projet élaboré à l’aris, car alors je ne l’aurais pas écrit de ma main ; de la même façon, les additions et les ratures marginales, qu’il reconnaît avoir été faites dans son cabinet, prouvent (lue cette proposition, en supposant qu’elle vînt de moi, n’aurait pas été repoussée par lui, mais débattue contradictoirement entre nous. Il ne se serait pas lu sur ma demande, mais au moius il aurait néyocië dilatoi-
l'UOJETS DE TRAITES.
rement. Mais la qucslion n’est pas là; il s’ayit de savoir quel est, non pas l’auteur du manuscrit, mais, ce qui est bien different, l’auteur de la proposition. C’est ce que je vais établir, en ne citant pour cela, comme depuis le commencement de cette publication, qu’un seul témoin, ma correspondance diploinaticpie.
M. de Bismarck prétend que cet incident s’est produit après le règlement de l’affaire du Luxembourg. Son intérêt à le reculer de près d’un an est visible; mais cette allégation ne résiste pas à un premier .examen et à un simple rapprochement de dates. L’affaire du Luxembourg a pris naissance au mois de mars 1867, et elle n’a été définitivement réglée qu’en juin, après avoir fait l’objet d’une conférence réunie à Londres. Le mois suivant, le roi de Prusse venait à Paris pour visiter l’Exposition; il était accompagné de son premier ministre, qui, en rentrant à Berlin, partit pour sa n'-sidence de Wartzin, où il passa tout l’été. 11 est impossible d’admettre qu’une pai’eille ouverture, en supposant que j’en aie pris l’initiative, ait été faite à Berlin, à la veille ou au lendemain du séjour du Roi et de M. de Bismarck à Paris; il ne l’est pas moins de croire qu’au sortir de la conférence de Londres, et après la clùture des négociations relatives au grandduché, dont la réunion à la France avait été com-
MA MISSION EN l’RUSSE.
ballue par la Prusse au risque de provoquer la {jueiTe, nous lui ayons proposé une combinaison qui devait nous assurer, nuec le concours armé de cette i>nissance, non-seulement le Luxembourg, mais en outre la Belgique. Nous ne sommes donc pas en 1867, mais en 1866.
Quand j’ai rejoint le quartier général prussien en Moravie, j’ai trouvé M. de Bismarck agitant toujours dans son esprit les projets d’entente secrète et exclusive avec la France que le gouvernement de l’Empereur avait invariablement refusé, avant la guerre, d’accueillir et même de discuter. .On a vu que, de mon côté, je u’avais jamais conscuti à suivre le président du conseil sur ce terrain, que mes instructions m’interdisaient formellement d’aborder. Il y revint à ce moment, et voici ce que j’en écrivis officiellement à M. Drouin de Lhuys :
DIRECTION POLITIQUE
IItuhii, le 15 juillet 1866.
Monsieur le ministre,
..... Dès nos premiers entretiens , M. de Bismarck m’a indique, dans ce qu’elles avaient de plus rigoureux , les conditions auxquelles l’ambassadeur du Roi à Paris devait subordonner l’assentiment de la Prusse à la conclusion d’un armistice, et je n’ai pas besoin de dire qu’il a tenté de me présenter l’an-
PROJETS DE TRAITÉS. 187
nexion de la Saxe, de la Hesse électorale et du Hanovre comme une exigence parfaitement autorisée par les sacrifices que la guerre avait imposés à la Prusse et par les exploits de ses armes. Je me suis permis, dès le premier moment, de ne pas considérer comme sérieuse une jiareille prétention, et je lui ai fait remarquer que l’Europe n’en était plus au temps de Frédéric le Grand, où ce qui était bon à prendre était'bon à garder. J’ai ajouté, malgré l’insistance qu’il mettait à me persuader qu’aucune puissance ne serait fondée à blâmer la Prusse eu oette occasion, qu’elles seraient, au contraire, toutes également blessées par an .semblable abus de la force et de la victoire.
Renonçant à me faire partager sa manière de voir, le président du conseil ne fit plus de difficulté, dans une autre conversation , pour m’avouer (jue les instructions données à M. de Goitz n’avaient rien d’absolu ; que leur objet principal étant de combiner un accord avec le gouvernement de l'Empereur, elles l’autorisaient à transiger en proportionnant les prétentions de la Pnisse au prix que la France mettrait h se concerter avec elle, pourvu qu’on agréât à Paris certaines clauses dont le gouvernement du Roi était résolu à ne pas se départir. Durant ce nouvel entretien, M. de Rismarck, se montrant plus accommodant sur les avantages qui, selon lui, devaient être acquis à la Prusse, insista particulièrement sur la convenance, pour nos deux pays, de s’unir et de s’entendre; malgré mes déclarations réitérées que je n’étais muni
ni des instiuclions ni des jioiivoirs néce.ssaires , il m’ollritde discuter et d’établir avec moi les buses d’un armistice; dès que nous en aurions arrêté les termes, il proposerait au Hoi de su.s|)endre les hostilités, en attendant l’assentiment du {jouvcrnement de l’Empereur. Suivant le même ordre d’idées, et allant plus loin encore, sans aucun encouragement de ma part, il essava de me prouver que les revers de l’Autriche permettaient à la France et à la l’russe de modifier leur état territorial, et de résoudre dès à présent la plupart des difficultés qui continueront à menacer la |)aix de l’Europe, .le lui rap|>elai qu’il existait des traites, et que la yuerre <|u’il dé.sirait prévenir serait le premier résidtaf d’une ])areille politique. M. de lli.sinarck me répondit que je me méprenais ; que la France et la Prusse unies et résolues à redresser leurs frontières respectives en se liant par des engagements solennels, étaient désormais en situation de régler ensemble ces questions sans craindre de rencontrer une résistance armée ni de la part de l’Angleterre, ni de la part de la Russie^'K Je résume plutôt que je ne
vO .M. de llisinarck ne reculait, au début de la dcrnièic guerre, devant aucune assertion. Voici encore un e.xtrait de sa circulaire du 29 juillet 1870 : «J’ai niêiue lieu de croire I) que si la publication du projet de traité n’avait pas eu Il lieu, la France nous aurait fait, après l’aclièveiiicnt de » no.s arineineuts mutuels, l’offre de mettre A eséculion les Il propositions qu’oii nous a\ait faites antérieurement, Il lorsque nous nous serions trouvés ensemble à la tête d’un Il million de soldats bien armés, en face de l’Europe non Il armée, c’est-à-dire de faire la paix avant ou après la
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reproduis les développements dans lesquels le président du conseil est entré en ni’cxpnsanl ses vues à ce sujet, et je veux uniquement, en les consignant ici, vous donner lu mesure du prix qu’il ullache à s’affranchir de l’obligation de subir le contrôle de l’Kurope, et à s’en tenir ii une entente avec le gouvernement de riùnpereiir
Déjà, à ce moment, son dessein était évidemment de me donner à entendre que les sticeès de la Prusse devenaient un obstacle aux avantages qu’on aurait pu nous faire sur le Rbin avant la guerre. Quelf|ues jours apres, le 25 juillet, je l'cçus l’ordre de le pressentir à ce sujet; je le vis le lendemain, et il ne me cacha pas, en effet, qu’il lui serait difficile de déterminer le Roi, vainqueur de l’Autriche, à nous fairé l’abandon d’une portion quelconque du territoire prussien dans les provinces rhénanes, et qu’il devait, dans tous les cas, y préparer Sa Majesté. Il ajouta qu’on pourrait peut-être trouver dans •• le Palatinat les compensations que nous jugions équitable d’obtenir. Il inclinait toutefois à penser
1) première bataille, .sur la base des propositions du M. Hene- » deiti, aux dépens de la Belgique, n Qui décidera entre les afSrinations de ina dépêche et celles de la circulaire? la date ; ma lettre est de 1861 ), antérieure de quatre ans à la circulairede M. de Bismarck, eton peut s’a.ssurer aux archives des .Affaires étrangères que j’eu ai reprorluit les termes fidèlement.
qu’il serait pn'férable de concerter une autre combinaison, et je disais en terminant :
Je n’apprendrais rien de nouveau à Votre
Excellence en lui annonçant que M. de Bismarck e.st d’avis que nous devrions la chercher en Belgique, et qu’il m’a offert de s’en entendre avec nous
Ce n’était pas, en effet, la première fois que le président du conseil me faisait cette proposition. Il en avait souvent pris l’initiative en termes plus on moins explicites, et c’était bien ce qu’il avait voulu insinuer, non-seulement à Berlin, mais surtout à Briinn, quand il me garantissait que l'Angleterre ne jugerait pas prudent ni utile à ses véritables intérêts de s’opposer aux arrangements que la Prusse et la France croiraient devoir prendre sur le continent I d’un commun accord, en s’engageant, dans un traité solennel, à les faire respecter an besoin par les armes. Les dépêches auxquelles je me réfère sont reliées en expédition aux ai-chives des Affaires étrangères, à Paris, et en copie à la chancellerie de l’ambassade de France, à Berlin ; on peut les consulter. M. Drouin de Lhuys n’a certes pas oublié que dans mon dernier voyage à Paris, avant la
(*) Dé])êcbe datée de Nickobborg, le 20 juillet 1866, n» 12.
PROJETS DE TRAITÉS
guerre de 1866, je lui ai signalé les fréquentes allusions de M. de Bismarck à la réunion de la Belgique à la France, et même du canton de Genève, cette enclave française, suivant l’expression du ministre prussien. Il doit également se rappeler que, conformément à ses instructions, je les ai uniquement écoutées pour les lui rapporter, sans jamais consentir à en faire l’objet d’un examen, encore moins d’une discussion, à Berlin.
Ce langage, M. de Bismarck ne le tenait pas à moi seulement. Il s’est exprimé dans le même sens et presque dans les mêmes ternies avec le premier secrétaire, qui m’avait accompagné en Moravie, et qui était resté au quartier général prussien pendant le voyage que j’ai fait à Vienne du 14 au .17 juillet. Les dépêches de M. Lefebvre de Béhaine, écrites en mou absence, en font foi. Ne ressort-il pas, du reste, de toute ma correspondance, que, d’une part, la Prusse n’a cessé de faire des ouvertures à Paris avant et pendant la guerre; de l’autre, que les dispositions personnelles du Roi n’avaient jamais permis qu’on nous offrît des compensations sur la rive gauche du Rhin? On ne sera donc pas surpris si j’affirme qu’à mon retour à Berlin, dans le mois d’août, M. de Bismarck m’a de nouveau proposé de conclure une alliance à l’aide des arrangements dont il avait si souvent indiqué les bases.
MA MISSION EN l'HLSSE.
Oïl a VU qu’en revenant de l'aris*'^ j'avais pu annoncer au président du conseil que nous renoncions à débattre les clauses du projet de traité que je lui avais remis le 5 août (relatif à Mayence), et qu’il pouvait considérer comme non avenue la communication <|ue je lui en avais faite. .le n’ai pas besoin de dire qu’il s’en montra satisfait; mais tous les efforts qu’il avait sans cesse renouvelés |)our combiner un accord avec nous prouvent assez (|ue, dans son opinion, il était essentiel de désintéresser la France. IjU rupture subite des négociations au sujet de Mayence devait nécessairement le raffermir dans cette conviction. C’est alors, on le comjirendra sans peine, qn’il formula, plus clairement qu’il ne l’avait fait jusque-là, son projet d’alliance offensive et défensive entre les deux pays. Il n’entendait pas, du reste, nous faciliter une extension de territoire à
W .le trouve dans ma correspondance pai liciilièie avec M. le duc de (Fiamont la leliro suivante, qui résume en peu de mois l’état exact des choses à ce momenl. Je lui écrivais le 22 août à Vienne : u Eu rentrant à Berlin, de retour de Nickolsbiirff, j’ai reçu l’ordre de faire à nos ouverlures des additions (la cession de Mavence) qui devaient nécessairement échouer si nous voulions en obtenir le succès uniquement de la bonne {jrâce du (jouvernement prussien. Je suis allé le dire à Paris : M. de Golt/, .s’en est expliqué de son côté avec l’Einporcur, et je .suis rentré à Berlin n’ayant plus qu’à y remplir mon rôle de modérateur. (Je faisais allusion aux sacrifices que la Prusse voulait imposer aux Etats du Midi.)
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titre gratuit; pour prix des avantages qu’il voulait nous faire, il nous dentandait de l’aider à couronner son œuvre, à étendre la domination de la Prusse de la Baltique aux Alpes.
Voulant, dans un de nos entretiens, me rendre un compte exact de ces combinaisons, je consentis à les transcrire en quelque sorte sous sa dictée. Des écrivains plus ingénieux que sincères ont supposé (ju’eii s’ouvrant avec moi sur ce sujet, M. de Bismarck n’avait en vue que de s’assurer la possession d’un document dont il se réservait de faire usage en temps opportun. Ma correspondance dit assez que je n'ai jamais méconnu les habiletés de cet liomme d’État; mais n’est-ce pas prêter au riche (|ue de s’imaginer que le président du conseil n’avait pas d’autre dessein en revenant, avant, pendant et après la guerre, sur sa proposition, proposition qu’il avait portée à Biarritz et à Paris, et qui n’était un mystère pour aucun de mes collègues à Berlin? Non, l’offre, de sa part, était plus sérieuse qu’il lie voudrait lui-même le faire croire. Tandis que, comme on l’a vu dans vingt extraits de ma correspondance, nous avons toujours désigné les bords du Rhin comme les seuls territoires où nous aurions pu trouver une compensation aux agrandissements de la Prusse, M. de Bismarck nous avait toujours suggéré de la chercher dans les pays linii-
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m . MA MISSION EN PROSSE.
trophes de la France parlant français. Voilà comment la réunion de la Belgique à la France a été, dès l’origine, et n’a jamais cessé d’être, une conception purement prussienne.
On se demandera pourquoi je ne produis point, à l’appui de mon argumentation, ma correspondance des derniers jours d’août 1866. En voici la raison ; A mon départ de Paris, vers le milieu de ce mois, M. Drouin de Llniys avait offeitsa démission, et j’avais lieu de supposer que sa succession serait offerte à M. de Moustier, qui occupait alors l’ambassade de Constantinople . Il n’y avait donc pas, à ce moment, de ministre des affaires étrangères. Dans cet état de choses, je jugeai convenable d’adresser an ministre d’Etat, M, Rouher, la lettre dans laquelle je rendais compte de mon entretien avec M. de Bismarck, et qui accompagnait le projet ^e traité relatif à la Belgique. M. Rouher n’a pas déposé au ministère, n’en ayant jamais pris la direction, la correspondance que j'ai, pendant quelques jours, échangée avec lui. Si je la donnais ici, je ne safirais lenvoyer le lecteur, pour qu’il pût en vérifier le texte, au dépôt des archives, comme je suis fondé à le faire pourtous les documents que je place sous ses yeux, et on pourrait prétendre que je livre des pièces préparées après coup pour le besoin de la cause. Mais les adversaires de l’Empire me foui'-
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Dissent la preuve , en quelque sorte matérielle , de l’exactitude de mes allégations, et j’use de mon droit en l’invoquant.
On a publié, avec les papiers trouvés aux Tuileries après le 4 septembre , deux lettres , l’une , de M. Rouher, écrite à un fonctionnaire attaché à la personne de l’Empereur, et que l’on a supposé, évidemment à tort, écrite à M. de Moustier; l’autre, de l’Empereur à M. Rouher. Voici la première de cès deux lettres ;
Gercay, le 6 août 186G.
Mon cher ami ,
11 y a trois jours, le comte de Goltz vint me voir, me dit que M. de Uismarck désirerait obtenir la reconnaissance officielle immédiate des annexions acceptées pour la Prusse jusqu’à concurrence de quatre millions d’habitants, et me prie d’appuyer télégraphiquement, auprès de l’Empereur, la démarche privée qu’il avait faite datjs ce but auprès de M. Drouyn de Lhuys.
Je me prêterai à son désir et j’adresserai à l’Empereur une dépêche télégraphique. Toutefois, je fis observer à M. de Goltz que cette question me semblait solidaire de celle de la rectification de nos frontières, et que probablement on lui manifesterait la volonté do les traiter simultanément. Mes prévisions se sont réalisées ; hier, l’ambassadeur de Prusse m’a communiqué la réponse de notre collègue j celui-ci expose
qu’une communication dans ce sens a été faite par Benedetti ii M. de Bismarck, et qu’on croit devoir attendre une réponse à cette suggestion avant d’aller plus avant dans les néfjociations. M. de Goltz trouve notre prétention légitime en principe, il considère que satisfaction doit être donnée au seul vœu de notre pays pour constituer entre la France et la Prusse une
alliance nécessaire et féconde
Votre tout dévoué,
Bouher.
Voici maintenant la lettre de l’Empereur :
Le 26 août 1866,
Mon cher Monsieur Bouher,
.le vous envoie le projet de traité, avec mes observations en marge. Il liiudrait ajouter, comme conversation, (pie, la Confédération geriuanicpie ayant cessé d’exister, les forteresses fédérales élevées contre la France ne doivent plus appartenir à la Confédération, mais à chaque État qui les possède dans son territoire. Ainsi Luxembourg à la France, Mayence à la Prusse, Saarlouis idem. Landau à la Bavière, Bastadt il Baden, Flm au Wurtemberg.
D’un autre cèité, je crois que la Prusse soulève bien des chicanes à la Saxe. Ne vaudrait-il pas mieux que
(') On trouvera la suite aux Papiers secrets, si on désire cii prendre connaissance.
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la Prusse s’annexât lu Saxe, pays protestant, et placer le roi de Saxe sur la rive gauche du Rhin , pays Ciitholique ?
Mais tout cela ne doit être insinué qu’amicalenient.
Le truite doit rester secret. La question de Luxem
bourg se fera jour d’elle-inêmc, dès que les négociations seront entamées. C’est celle-là qui presse le plus. Croyez, mon cher Rouher, à ma sincère amitié.
Napolkon.
P. S. Renedetti peut donc, sauf quelques petits changements, accepter en principe.
On se rappelle que, le 5 aoht, j’avais remis à M. de Bismarck le projet de traité concernant Mayence et la l’ive gauche du haut Rhin, et je n’ai pas besoin de dire que M. Rouher fait, le 6, allusion à cette communication dans le second paragraphe de sa lettre. Mais ce qu’elle démontre également, et ce qu’il importe d’établir, contrairement aux assertions de M. de Bismarck, c’est que personne à.- Paris ne songeait à faire de la Belgique l’appoint des concessions nécessaires à la France , et qui lui étaient dues, au dire même de l’ambassadeur de Prusse.
On a vu, par la lettre que l’Empereur avait adressée le 12 à M. de la Valette, qu’à cette date il m’avait été ordonné de retirer notre projet. C’est le
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26 seulement, plusieurs jours après mon retour à Berlin , que je suis autorisé à accepter en principe. Accepter quoi? Ce ne pouvait être une proposition dont, avec ou sans ordi es, j’aurais pris l’initiative à Berlin, c’était évidemment une combinaison qui nous était offerte; et qu’avait pu nous offrir M. de Bismarck , si ce n’est l’arrangement qu’il avait toujours considéré comme l’unique ou le véritable moyen de nouer une alliance durable entre la France et la Prusse.^ Pour quelles raisons cet arrangement n’eut-il pas de suite? Les voici. Les observations que l’Empereur avait consignées en marge du projet tendaient à limiter nos agrandissements à l’acquisition du Luxembourg et au rétablissement de notre frontière de 1814, combinés avec le maintien, dans une juste mesure, de la souveraineté des Etats du midi de l’Allemagne, qui auraient exclusivement la garde de leurs places fortes respectives. C’était en réalité décliner la combinaison de M. de Bismarck, tout en m’autorisant à l’accepter en principe comme base de négociations. Ainsi que je l’ai dit dans une lettre qui a été insérée, le SOjuillet 1870, au Journal officiel, le Roi de Prusse luiméme, au suiplus, ne jugea pas utile de continuer ces pourparlers, et ils furent abandonnés.
.le n’ai, pour ma part, qu’un tort à me reprocher, et je n’ai pas hésité à l’avouer dès le premier mo-
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ment, c’est celui de ne pas avoir soupçonné l’usage que M. de Bismarck devait faire un jour du document que je lui ai livré; il était son oeuvre, mais il— était écrit de ma main, et j’aurais dû me montrer plus défiant. Je préfère cependant, je l’avoue encore, même à l’heure qu’il est, mon rôle à celui qu’il s’est donné dans ce triste incident. Tel sera, j’en ai la confiance, le verdict de l’opinion publique.