‹ Ma mission en PrusseChapitre 7 sur 10 · CAKDIDATDRE II 0 II ES ZO LLERN ; EMS · texte numérisé non relu

CAKDIDATDRE II 0 II ES ZO LLERN ; EMS

développer plus complètement que je n’ai pu le taii'e ce matin , au sujet des assurances que nous réclamons I j)Our l’avenir, les considérations qui légitiment notre démarche.

Tout me porte à croire , je ne saurais vous le cacher, que le Iloi est feruieinent décidé :i nous refuser) cette satisfaction. Malyré l’accueil apparemment gracieux qu’elle n’a cessé de faire à mes instances, j’ai pu constater que Sa Majesté se résignait, avec autant de regret que de répugnance, devant notre attitude, à dénouer les difficultés qu’elle a contribué à faire naître, et sans nul doute, elle ne se dissimule pas la gravité de l’échec auquel elle s’est personnellement exposée. Dans cette disposition, le Roi considère qu’il aggraverait le mécontentement que la renonciation du prince de Ilohenzollern provoquera en Allemagne, et dont la responsabilité pèsera moins sur ce candidat que sur Sa Majesté elle-inéine , s’il souscrit à l’obligation <pie nous lui demandons de contracter.

Je prévois même qu’à dater de ce moment il me sera moins facile de l’aborder, et je ne doute pas qu’il n’ait voulu éviter de m’eu donner l’occasion en confiant à l’un de ses officiers le soin de m’apprendre la résolution du prince de Hohenzollern. Votre Excellence peut être assurée toutefois que je ne négligerai aucun effort pour me conformer à vos instructions et aux ordres de l’Empereur, et que j’y mettrai toute l’énergie nécessaire. Vous me permettrez de vous signaler cette situation et d’espérer que vous voudrez bien l’apprécier. J’attendrai pour quitter Ems que vous m’y invi-

MA MISSIOS EN PnUSSE.

liez, et je n’.ii ]ias l)esoin de dire <|ue je nie rendrai ilirecteineiil à Paris si vous le jujjez opportun.

Veuillez, etc.

IlENEDETTl.

Ainsi, malgré le télégramme du 12, sept heures du soir, malgré la communication que j’eii avais faite le 13 dans la matinée, je devais être reçu par le Iloi vers le milieu de ce même jour, et il était entendu qu’il me donnerait personnellement la réponse définitive qu’il m’avait laissé pressentir dans tous nos entretiens, à savoir, que le prince de Ilolienzollern s’était désisté et que Sa Majesté donnait son approbation à celte renonciation. Pour moi, ayant toujours considéré et maintenu <jue je m’étais adressé au souverain, j’estimais que cette réponse m’était faite par le roi de Prusse et nullement par le chef de la maison de Ilohenzollern, auquel l’ambassadeur de France n’avait aucune réclamation à présenter.

Mais quelle circonstance nouvelle, quelle exigence imprévue avait tout à coup modifié les dispositions du Roi, et l’avait déterminé à me donner connaissance de ses résolutions par l’aide de camp de service? 'Voici ce qui s’était passé et que je n’ai moi-même connu qu’après mon départ d’Ems.

M. de M'erther était revenu à Paris le 12 au matin, comme on l’a vu, et il eut le même jour, avec M. le

CAJÿDlDATÜUE H 0 H EN ZOl-LERN i EMS. 383

duc de Gramont, une conférence dans laquelle intervint M. Émile Ollivier. L’ambassadeur de Prusse en rendit conipte directement à son souverain. Expédié par le train-poste de einq heures du soir, son rapport parvint à Ems le lendemain 13 avant midi. M. de Werther y attribuait à ses interloeuteurs des exijjenees et des appréciations nouvelles et inattendues. Dans une eirculaire du 24 juillet adressée à nos a{;ents, M. le due de Gramont a eontcsté l’exactitude des allégations du représentant de la Prusse. Le Roi n’en fut pas moins impressionné de la façon la plus dc'plorable, et au lieu de me mander auprès de lui, eomme il rn’en avait manifesté l’intention , pour me faire la communication qu’il m’avait annoncée, il en ehargca le prince de Radziwill. .le n’avais pas d’ailleurs été instruit de la conversation que M. le duc de Gramont et M. F.mile Ollivier avaient eue avec l’ambassadeur de Prusse , et je ne pus dès lors chercber à combattre la malheureuse influence que le rapport de ce diplomate a exercée sur l’esprit du Roi. C’est en effet à dater de ce moment que tout a été compromis, comme l’attestent les télégrammes suivants, après lesquels j’ai quitté Ems pour revenir à Paris.

(') Voir CCS deux documents aux Appendices, n“ 5 et 6.

TLI.FGRAM.ME.

Le ministre des affaires étrangères à V ambassadeur de France, à Ems.

. Paris, le 13 juillet 1870, neuf heure»

quarante-cinq soir.

J'ai reçu vos télégrammes d’aujourd’hui de midi e de une heure.

Ainsi que je vous l’avais annoncé, le sentiment français est tellement surexcité , que c’est à grand’pcine que pour donner des explications nous avons j)u obtenir jusqu’à vendredi.

Faites un dernier effort auprès du Roi. Dites-lui que nous nous bornons à lui demander de défendre au prince de Hohenzollern de revenir sur sa renonciation. Qu’il vous dise : « Je le lui défendrai, » et qu’il vous autorise à me l’écrire ou qu’il charge son ministre ou son ambassadeur de me le faire savoir, cela nous sufSra. Si, en effet, le Roi ne nourrit pas d’arrièrepensées, ce n’est pour lui qu’une question secondaire ; mais pour nous elle est très-importante. La parole seule du Roi peut constituer pour l’avenir une garantie suffisante.

J’ai lieu de croire que les autres cabinets nous trouvent justes et modérés.

L’empereur Alexandre nous appuie chaleureusement.

Dans tous les cas, partez d’Ems et venez à Paris avec la réponse affirmative ou négative. Il faut que

CANDIDATURE HOHENZOLLERNi EMS. 385

je VOUS aie vu vendredi avant midi. Si cela est nécessaire, prenez un train spécial. Continuez toujours âme télégraphier tout ce que vous avez à me faire connaître.

Peut-être pourriez-vous en recevant du Roi la nouvelle de la renonciation du prince de HohenzoUern, lui dire : « Sire, Votre Majesté se porte garant de la parole du prince de HohenzoUern ; car elle n’ignore point que, comme puissance, nous n’avons pas de rapports avec le prince, et que par conséquent, devant le pays, notre abri officiel est dans la parole du Roi. »

TÉI.ÉRRAHME.

L’ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le 14 juillet 1870, douze heures trente minutes soir.

J’ai reçu dans la nuit votre télégramme d’hier soir neuf heures quarante-cinq minutes. Après la déclaration que le Roi m’a faite hier par un de ses aides de camp, je ne pouvais m’adresser de nouveau à Sa Majesté. J’ai profité ce matin d’un entretien que j’ai eu avec le ministre de l’intérieur pour bien préciser, en m’inspirant de vos dernières déclarations, comment nous entendions l’assurance que nous demandons au Roi, et les formes diverses dans lesquelles elle pourrait nous être donnée. Le ministre m’a exprimé l’intention de soumettre mes observations à Sa Majesté, et il m’a même promis de me revoir. Il vient cependant de me

3gg MA MISSION EN PKOSSE.

faire uniquement savoir qu’il n’a rien à m apprendre.

Afin de ne pas manquer aux convenances, j ai prié l’aide de camp de service d’annoncer au Roi que je pætnis ce soir, et j’ai exprimé le désir de prendre congé de Sa Majesté. Le Roi m’a tait répondre qu’il me verra dans le salon qui lui est réservé à la gare quelques instants avant son départ. Sa Majesté part en effet à trois heures, pour aller, dit-on, à Coblentz faire une visite à In Reine. Reviendra-t-il dans la soirée, comme on l’annonce, ou bien quitte-t-il délinitivement Ems pour rentrer à Berlin? Je ne saurais vous le dire.

Un télégramme daté d’ici , publié par la Gazette de Cologne, et que la télégraphie privée nous rapporte ce matin, raconte que le Roi a chargé hier un de ses aides de camp de me déclarer qu’il ne prendrait aucun engagement pour l’avenir, et qu’il avait refusé de me recevoir pour continuer avec moi la discussion à ce sujet. Comme je n’en avais fait la confidence absolument à personne, je suis autorisé à croire que ce télégramme est parti du cabinet du Roi . Il me revient que , depuis hier, on tient dans son entourage un langage regrettable.

Je serai à Paris demain matin à dix heures quinze minutes, et je me rendrai directement au ministère. Je ne pourrais pas arriver plus- tôt en prenant un train spécial.

TÉLÉORAMME.

U ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le 14 juillet 1870, deux heures soir.

Il parait certain que le Roi reviendra ce soir de Coblentz et qu’il partira demain matin pour Berlin , avançant son retour dans sa capitale de quelques jours.

TÉLÉGRAMME

L’ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le 14 juillet 1870, trois heures quarante-cinq minutes soir.

Je viens de voir le Roi à la gare. Il s’est borné à me dire qu’il n’avait plus rien à me communiquer, et que les négociations qui pourraient encore être poursuivies seraient continuées par son gouvernement. Sa Majesté m’a confirmé que son départ pour Berlin aura lieu demain matin.

Je n'ajouterai ni considérations ni commentaires à l’exposé qui ressort de ces documents. Mais il me reste à répondre à une question qui m’a été souvent posée. Quelle a été, m’a-t-on demandé, la politique du gouvernement impérial à dater de 1866 -, voulait-il la paix , désirait^il la guerre?

•Te l’affirme sans crainte d’être démenti, le gouvernement impérial a sincèrement employé tous ses efforts à conjurer, dans la juste mesure des intérêts et de l’honneur du pays , tout conflit armé avec la Prusse.

Je le démontre.

Je ne dirai rien des denx premières années; on m’objecterait avec une certaine apparence de raison, qu’en 1866 et en 1867 la France n’était pas en mesiu'e d’engager une lutte avec la Prusse, qui était restée formidablement armée. Je rappellerai néanmoins la circulaire dans laquelle le ministre des affaires étrangères, peu de jours après la conclusion de la paix de Prague, a apprécié la situation européenne, pour bien établir que le gouvernement impérial a envisagé les choses dans un sentiment de conciliation et de paix. Fidèle à son programme, il y a constamment conformé sa conduite, malgré les difficultés que le cabinet de Berlin semblait se complaire à nous créer. Si je ne m’abuse, j’ai prouvé que la Prusse ne pouvait, sans manquer aux égards qu’elle devait à la puissance dont elle avait accepté la médiation en 1866, méconnaître les obligations qu’elle avait contractées en souscrivant aux préliminaires de Nickolsburg. Elle avait agréé deux clauses notamment dont nous avions pris l’initiative ; par l’une, elle avait promis, comme je l’ai

CANDIDATUnE HOIIENZOLLERN; EMS. 389

dit, de conserver aux États de l’Allemagne du Midi une position internationale indépendante; par l’autre, de rendre au Danemark, en consultant les populations , une portion plus ou moins importante du Schles wig du Nord. Or, avant même de signer la paix de Prague , elle a imposé aux puissances allemandes établies sur la rive gauche du Meiu des traités d’alliance offensive et défensive qui les plaçaient sous sa domination , et le cabinet de Copenhague attend encore la rectification de frontière qui a été stipulée avec notre concours. Elle n’a pas seulement oublié ses engagements , elle a , comme on l’a vu, déclaré ouvertement, à notre intention, qu’elle entendait en Allemagne procéder sans tenir aucun compte des vues des autres puissances, et qu’elle n’acceptait d’autre contrôle que celui de l’Autriche dans les arrangements à prendre avec le Danemark.

Qu’a fait la France? Elle s’est abstenue de relever ces prétentions, si contraires qu’ elles fussent aux dispositions du traité de Prague et à la bonne entente entre les cabinets. La Prusse cependant affirmait chaque jour davantage sa politique envahissante, et il devint bientôt manifeste qu’elle se proposait de violer la condition la plus essentielle du maintien de la paix, de franchir le Mein pour étendre sa puissance sur l’Allemagne entière. M. de Bismarck

ne dissimula plus ses intentions, et il considéra l’union du Sud avec le Nord comme une question que l’on résoudrait librement à Berlin du moment où onle jugerait opportun. S’exprimait-il hautement en ce sens pour nous provoquer, pour contraindre la France à protester et à intervenir, pour susciter un désaccord et un conflit? On peut assurément le supposer; mais le gouvernement de l’Empereur, ne voulant pas fournir au cabinet de Berbn le prétexte qu’il désirait pour nous dénoncer au ressentiment de l’Allemagne, ne sortit pas de la réserve qu’il s’était imposée , et en aucune occasion je ne reçus l’ordre de faire au gouvernement prussien les représentations que nous aurions été fondes à lui adresser. Toutes les fois que les circonstances semblaient le permettre, je fus invité au contraire à manifester le désir de nouer avec la Prusse des relations cordiales et intimes. .T’ai raconté dans quels sentiments d’hostilité M. de Bismarck accueillit, à la fin de 1867, notre proposition de soumettre la question romaine à une conférence européenne. Le gouvernement de l’Empereur ne se découi’agea pas, et c’est précisément dans les premiers mois de 1868 que nous avons surtout insisté pour déterminer la Prusse à se concerter avec nous et à suivre d’un commun accord une politique de conciliation, tantôt en Italie, tantôt en Orient, en vue d’éloigner toute

cause de dissentiment. Il m’était recommandé de ne rien négliger dans ce but, et voici ce cpie je disais au ministre :

En constatant que l’attitude du cabinet de Berlin témoigne en ce moment du désir de conserver des relations amicales avec le gouvernement de l’Empereur, vous pensez que nous devons nous appliquer à l’entretenir dans ces dispositions, et vous m’invitez à redoubler d 'efforts pour mettre mes rapports personnels avec M. de Bismarck sur le pied de la plus parfaite cordialité. J’aurai soin de me conformer à vos instructions ; elles sont dictées par un sentiment que je partage sans réserve et dont je n’ai jamais cessé de m’inspirer, ainsi que le démontre ma correspondance(‘\

Je répondais aux dépêches officielles du ministre, et j’ai dit que je n’en possède pas copie ; mais voici ce que M. le marquis de Moustier m’écrivait de son côté dans une lettre particulière :

Depuis longtemps je. veux vous écrire, et si je ne l'ai pas fait, c’est qu’au fond je n’avais rien de vraiment particulier à vous dire. Ce qu’il y avait à foire était simple quoique difficile ; vous le compreniez aussi bien que nous-mêmes, et vous avez observé la mesure délicate qui devait présider à nos rapports avec le cabinet

Dépêche du 4 février 1868, n“ 19.

de Berlin. Traverser le printemps sans compromettre ni la paix de l’Europe ni la dignité réciproque des deux États, tel était le but. A-t-il été atteint? Je crois qu’on peut dès à pré.sent l’admettre, et s’en féliciter.

Devant ce résultat, qui me semble également apprécié des deux parts, y a-t-il lieu de se préoccuper dès maintenant de questions plus lointaines et qui ne sont, à vrai dire, entre les mains de personne? Je ne le pense pas, et nous devons nous borner à nous affermir dans la situation actuelle , à éteindre de plus en plus les déBances, et à développer, même avec prudence et lenteur, les points de vue qui pourraient nous être communs.

Le discours du Roi a été pris généralement en bonne part, et nous espérons que le Parlement douanier ne donnera lieu à aucun incident qui, soit en Allemagne, soit en France, puisse émouvoir l’opinion publique. Les assurances que vous avez reçues, et que le comte de Goltz m’a conBrmées , nous semblent sérieuses.

Dès que cette Assemblée aura terminé ses travaux, et aussitôt que notre budget aura été voté par le Corps législatif, l’apaisement des esprits, encore enclins à s’effrayer des moindres choses, deviendra complet, et le mouvement des affaires, en reprenant une nouvelle activité, donnera satisfaction à un besoin universel

Le gouvernement de l’Empereur n’avait, comme Lettre particulière du 4 mai 1868.

CANDIDATURE HOilENZOLLERN; EMS. 393

on le voit, aucun dessein caché ; il n’était guidé que par un désir, celui de préserver la paix de toute atteinte. A-t-il persisté dans ce sentiment? Voici comment s’exprimait à ce sujet devant le Corps législatif, le 10 avril 1869, M. le marquis de la Valette, qui avait succédé à M. de Moustier au ministère des affaires étrangères :

L’Allemagne traverse une époque de transition, et c’est un motif pour nous d’éviter toute démarche qui pourrait être interprétée comme une ingérence dans les questions qui ne nous intéressent pas directement. Nous nous sommes fait un devoir de ne pas éveiller de susceptibilités, et des motifs légitimes pourraient seuls nous engager à nous départir de cette atütude d’abstention. (Très-bien! très-bien!)

Or, rien n’est de nature à nous faire prévoir de telles éventualités ; la Confédération de l’Allemagne du Nord achève de s’organiser; les États du Sud se sont associés à ce mouvement dans la limite de leurs aspirations nationales et de leurs intérêts généraux; ils s’en séparent par leyrs sentiments autonomes et par leurs besoins particuliers ; nous n’avons à intervenir à aucun titre dans le double mouvement qui s’opère librement et spontanément au delà du Rhin. Nous ne l’avons pas fait, nous n’avions pas à le faire. Ce ne serait que dans le cas où, dépassant ces bornes légitimes, ce mouvement porterait atteinte à nos droits, que notre situation, à cet égard, se trouverait changée.

Mais, pleins de respect et de ménagement pour les autres, nous n’avons aucun sujet de craindre que les nôtres ne seraient pas également respectés. (Trèsbien ! très-bien !)

Je crois avoir établi que nos relations étaient bonnes et avoir le droit de dire à la Chambre que la paix, objet de tous les vœux, ne me paraît ni compromise ni incertaine. (Très-bien! bravo!)

L’honorable M. Thiers vous a parlé, l’autre jour, de la responsabilité ministérielle. J’ignoredans quelles conditions elle pourrait jamais s’établir, mais je sais qu’il y a une responsabilité à laquelle personne n’échappe, ni devant Dieu, ni devant les hommes; c’est celle de compromettre la paix par des démarches imprudentes, par des susceptibilités, par des ambitions personnelles. (Très-bien! très-bien!)

Celui-là qui céderait à des froissements, à des susceptibilités, et jetterait sans des nécessités absolues, sans que l’honneur et l’intérêt du pays l’engageassent, deux nations considérables l’une contre l’autre, celui-là encourrait les sévères jugements de l’histoire, et aurait, dès à présent, un compte sérieux à rendre à ses concitoyens. (Très-bien! tr^s-bien !)

On a dit que le gouvernement de l’Empereur n’avait pas de politique. Oui, il a une politique, c’est celle de la paix. (Très-bien! très-bien!) Il la poursuivra par tous les moyens légitimes, il la défendra, il l’imposera, s’il le peut, aux autres. Il veut la paix, et c’est vers la paix que tous ses efforts sont concentrés, etdans le présent et dans l’avenir. (Très-bien ! très-bien !)

CANDIDATDRE HOHENZOLLEHN; EMS. 395

Avec l’appui du pays, avec le concours des pouvoirs publics, nous maintiendrons la paix, et surtout avec l’aide de Dieu, qui, j’en suis sûr, ne nous manquera pas. (Marques très-vives d’approbation. Applaudissements prolonges.)

C’est en ces termes que le gouvernement impérial prenait devant le pays l’engagement de maintenir la paix, de l’imposer s’il le pouvait; l’a-t-il tenu? Certainement, et j’eii donnerai une preuve irréfutable.

Pendant qu’à Paris et même à Berlin on s’appliquait à la rassurer, l’opinion publique se montrait plus profondément inquiète; elle se préoccupait des armements faits de part et d’autre. Les cabinets européens partageaient eux-mêmes cotte appréhension. Voulant contribuer autant qu’il dépendait de lui à faire disparaître ces alarmes et à rendre aux affaires industrielles tout leur essor; voulant surtout attester la sincérité de ses dispositions pacifiques , le gouvernement de l’Empereur proposa de combiner un désarmement réciproque. Il n’ignorait nullement , la correspondance de ses agents l’ayaut édifié à cet égard, que toute démarche dans ce sens faite directement à Berlin pouvait être assez mal accueillie et devenii' un sujet de rupture, au lieu de rester un moyen de rapprochement. Si sa pensée secrète avait eu pour objectif la guerre et non la

paix , il aurait pu présenter lui-même sa proposition au fjouvernement prussien ; elle aurait vraisemblablement conduit à un conflit dont la responsabilité serait retombée tout entière sur le cabinet de Berlin. Telle ne fut pas la marche adoptée à Paris : le (;ouvernement de l’Empereur s’adressa à l’Angleterre et sollicita son concours, en me laissant totalement ignorer sa démarche, afln de ne donner lieu à aucun prétexte, soit à Berlin, soit à liondres, de soupçonner la loyauté de ses intentions. .le trouve dans la circnlaire de M. de Gramont du 3 août 1870 l’histoire de cette négociation , et on me permettra de reproduire ici ce qui s’y réfère ;

Bien loin de chercher la guerre, comme

on non.s en accuse, nous avons prié lord Clarendon d’intervenir auprès du ministre prussien pour provoquer un désarmement réciproque; mission importante, dont lord Clarendon, par amitié pour la France et par dévouement aux idées de paix, consentit à se charger confidentiellement. Voici en quels termes M. le comte Daru, dans une lettre du 1" février, expliquait les intentions du gouvernement à M. de la' Valette, notre ambassadeur à Londres :

Il II est certain que je ne me mêlerais point de cette affaire et que je ne demanderais pas à l’Angleterre de s’en mêler, s’il s’agissait purement et simplement d’une démarche banale et de pure forme, faite uniquement pour fournir à M. de Bismarck l’occasion

CANDIDATÜRE H OHEN ZOLLERN ; EMS. 897 d’exprimer une fois de plus son refus. C’est une démarche ferme, sérieuse, positive, qu’il s’agit de faire.

« Le principal secrétaire d’État semble prévoir que M. de Bismarck éprouvera un premier mouvement de mécontentement et d’humeur. Gela est possible, mais non certain. Dans cette prévision, il est peut-être bon de préparer le terrain, de manière à éviter une réponse négative dès le début.

» Je suis convaincu que la réflexion et le temps amèneront le chancelier a prendre en sérieuse considération la démarche de l’Angleterre; si, dès le premier jour, il n’a pas repoussé toute ouverture, l’intérêt de la Prusse et de l’Allemagne entière parlera bien vite assez haut pour adoucir ses résistances. Il ne voudra pas soulever contre lui l’opinion de son pays tout entier. Quelle serait sa position, en effet, si nous lui ôtions le seul prétexte derrière lequel il puisse se réfugier, à savoir, l’armement de la France? »

Le comte de Bismarck répondit d’abord qu’il ne pouvait prendre sur lui de faire part au Roi des suggestions du gouvernement britannique, et qu’il était assez au courant de la manière de voir de son souverain pour pressentir ses impressions. Le roi Guillaume verrait certainement, disait-il, dans la démarche du cabinet de Londres, la preuve d’un changement dans les dispositions de l’Angleterre à l’égard de la Prusse.

En résumé, le chancelier fédéral déclarait « qu’il était impossible à la Prusse de modifier un système militaire entré, si profondément dans les traditions du

pays, qui formait une des bases de sa constitution et n’avait rien que de normal ». M. le comte Daru ne s’arrêta point devant cette première réponse. J.e 13 février, il écrivait à M. de la Valette:

« J’espère que lord Clarendon ne se tiendra pas pour battu, et ne se découragera pas.

> Nous lui donnerons prochainement l’occasion de revenir à la charge, si cela lui convient, et de reprendre la conversation interrompue avec le chancelier fédéral.

» Notre intention est, en effet, de diminuer notre contingent; nous l’aurions diminué beaucoup si nous avions obtenu une réponse favorable du chancelier de la Confédération du Nord ; nous le diminuerons moins, puisque la réponse est négative ; mais nous le diminuerons. La réduction sera, j’espère, de 10,000 hommes, c’est le chiffre que je proposerai.

» Nous affirmerons de la sorte par les actes, qui valent toujours mieux que les paroles, nos intentions, notre politique.

» Neuf contingents, réduits de 10,000 hommes chacun , font une diminution totale de 90,000 hommes. C’est déjà quelque chose, c’est un dixième de l’armée existante. Je regrette de ne pouvoir faire plus. La loi du contingent sera déposée prochainement.

» Lord Clarendon jugera alors s’il est à propos de représenter à M. de Bismarck que le gouvernement prussien, seul en Europe, ne fait point de concession à l’esprit de paix, et qu’il se place ainsi dans une situation grave au milieu des sociétés européennes.

parce qu’il donne des armes contre lui à tout le monde, y compris les populations accablées sous le poids des charges militaires qu’il leur impose. »

Le comte de Bismarck, vivement pressé, crut nécessaire d’entrer dans de nouvelles explications avec lord Clarendon.

Ces explications, telles que nous les connaissons par une lettre de M. de la Valette en date du 23 février, étaient pleines de réticences. Le chancelier de la Confédération prussienne, revenant sur sa première résolution, avait entretenu le roi Guillaume de la proposition recommandée par l’Angleterre, mais Sa Majesté l’avait déclinée.

A l’appui de ce refus, le chancelier alléguait la crainte d’une alliance éventuelle de l’Autriche avec les Etats du Sud de l’Allemagne, et les velléités d’agrandissement que pourrait avoir la France.

Mais il mettait en avant surtout les préoccupations que lui inspirait, disait-il, la politique de la Russie, et s’engageait, à ce propos, dans des considérations particulières sur la cour de Saint-Pétersbourg, que je préfère passer sous silence, ne pouvant me résoudre à reproduire des insinuations blessantes.

Telles sont les fins de non-recevoir que le comte de Bismarck opposait aux loyales et consciencieuses instances renouvelées itérativement par lord Clarendon, à la demande du gouvernement de l’Empereur.

Si donc l’Europe est restée en armes, si un million d’hommes sont à la veille de se heurter sur les champs

*o:> MA MISSION EN PRUSSE,

de bataille, il n’est plus permis de le contester, la responsabilité d’un tel état de choses appartient à la Prusse, car c’est elle qui a repoussé toute idée de désarmer, lorsque nous lui en faisions parvenir la proposition et que nous commencions par en donner l’exemple.

Depuis plus d’un an que ce document a été publié, personne n’a contesté, ni en Angleterre, ni en Allemagne, l’exactitude de ce récit. Il est par- conséquent permis d’affirmer qu’ après comme avant l’avénement du ministère du 2 janvier, la France était fermement résolue à maintenir la paix, surtout avec la Prusse, aussi longtemps que cette puissance ne nous contraindrait pas à accepter la guerre. Telle était si bien l’intention du gouvernement de rEmpereim, il songeait si peu à la provoquer, qu’il n’avait rien tenté pour se ménager des alliances.

Que faisait la Prusse , qui ne sc dissimulait pas quelle devrait employer la force pour assurer le triomphe de sa politique? Elle n’avait pas seulement cultivé avec une extrême sollicitude ses relations avec la Russie, elle cherchait en outre à en nouer avec le cabinet de Madrid , et c’est dans ce but qu’elle a conçu le projet de placer un prince prussien sur le trône d’Espagne. La France, qui ne nourrissait aucune pensée d’agression, n’a formé.

CANDIDATOKE HOHENZOLLERN; EMS. 401

au contraire, aucun dessein semblable. Rien cependant ne lui était plus aisé, si elle n’avait pas craint d’autoriser la Prusse à lui attribuer des calculs ambitieux. M. de Bismarck n’était que trop disposé à nous en accuser; il n’a pas hésité à s’expliquer en ce sens avec le représentant de l’Angleterre, pour justifier la prétendue nécessité où se trouvait le cabinet de Berlin de conserver sans rien en réduire son état militaire. L’Autriche était cependant assez menacée , même après la paix de Prague , par la politique que la Prusse avait inaugurée en Allemagne, et le cabinet de Florence assez désireux d’acquérir le Tyrol italien, |)our qu’il nous fût facile de nous entendre avec ces deux puissances en prévision d’une guerre prochaine. La guerre a éclaté, et elle nous a surpris sans alliances. On peut le reprocher au gouvernement de l’Empereur, mais on ne peut en conclure qu’il l’a voulue et qu’il l’avait préparée de longue main.

Mais s’il n’a pas recherché la guerre dans un but politique, ne l’a-t-il pas provoquée dans nn intérêt dynastique ? Ses ennemis l’ont prétendu , et cette accusation n’est pas mieux fondée.

Quelle était la situation en juillet 1870? La réforme constitutionnelle avait triomphé de tous les obstacles, la paix publique était assurée; la France entière, par sept millions et demi de suifrages, avait

de nouveau acclamé l’Empire. Ni le souverain ni le jfouvernement n’étaient placés dans la nécessité de clierclier dans des succès militaires une diversion à des embarras intérieurs. Le maintien de la paix ne leur était pas seulement imposé par l’intérêt du pays, il leur était également commandé par l’intérêt dynastique.

Tel était l’état des choses au moment où il a été surpris par la candidature du prince de Hohcnzollcrn à la couronne d Ivspagne. Placé en présence d’iiiie combinaison que la France ne pouvait soulf'rir dans aucun cas, il a pris résolument son parti. .Te croirais superflu de montrer qu’il ne lui était pas permis d’adopter une autre détermination, et que le sentiment public ne l’aurait pas toléré. L’instinct national ne s’y méprit pas; il comprit que l’avénement d’un prince prussien au trône de Charles-Qiiint avait été calculé dans des vues hostiles à la France, et il jugea que la France devait s’y opposer à tout prix. Mais si le gouvernement de l’Fmpereur, partageant le sentiment du pays, a marqué son intention sans détours , trop vivement peut-être, est-il vrai qu’il ait dès l’origine de cet incident résolu d’en tirer un prétexte pour provoquer la guerre? Les documents que j’ai cités plus haut prouvent clairement qu’il n’a pas un instant conçu ce projet. Il a voulu uniquement que la Prusse re-

nonçât au moyen qu’elle avait imaginé pour exercer une influence prépondérante au delà des Pyrénées, et dans ce but il a exigé le désistement du prince Léopold. Nous avions demandé au Roi de le lui imposer, et le Roi nous ayant refusé cette concession de forme, nous étions disposés à considérer la renonciation du prince comme suffisante si elle nous était garantie par l’approbation du souverain.

Le ministre des affaires étrangères s’était exprimé en ce sens avec l’ambassadeur d’Angleterre; et voici ce que lord Lyons mandait au comte Granville ;

O 11 y aurait une autre solution de la

question , et le duc de Gramont m’a prié d’appeler sur ce point l’attention particulière du gouvernement de Sa Majesté. Le prince de Hohenzollern pourrait, de son propre niouvement, abandonner sa prétention

à la couronne d’Espagne Une renonciation

volontaire du prince serait, selon M. de Gramont, une solution très-heureiase d’une situation difficile et conijiliquéc. Il prie le gouvernement de Sa Majesté d’user de toute son influence pour y arriver. ...»

{Déyêche du 8 juillet 1870, n° 15.)

Ce témoignage des véritables intentions du gouvernement français ne comporte aucune contradiction .

Comment à Paris accueillit-on la nouvelle que le

iO.

prince de Hohenzollern avait retiré sa candidature? Tout a été dit à ce sujet ; de nombreuses publications ont démontré que le sentiment public s’était successivement exalté jusqu’à l’exaspération, et que les amis du {jouvernement n’étaient ni moins exigeants ni moins impétueux que ses adversaires. A l’exception des journaux qui attendaient de connaître sa résolution pour la combattre, quelle qu’elle fût, la presse poussa un cri de défiance et de colère. Suivant les uns, la concession que nous accordait

la Prusse était dérisoire Nous n’avions plus que

le choix entre l'audace et la honte Notre victoire

pacifique coûterait plus de sang à la France que

dix batailles rangées Suivant les autres, la

France resterait confiée aux incapables et aux naïfs (pii dans un jour de folie avaient rêvé de

gouverner le pays Si elle était acceptée, la l’e-

nonciation du prince de Hohenzollern avait pour

résultat de ridiculiser nos réclamations Les

journaux qui parlaient ainsi sommaient le gouvernement ou d’exiger d’autres garanties, ou de tirer l’épée ; plusieurs d’entre eux ne voyaient même d’autre solution que la guerre ; l’opinion publique

(*) Voir surtout : la Vérité sur la campagne de 1870, par M. Giraiidcau. Cet ouvrage, remarquable à tous les points de vue, mérite d’être lu par tous ceux qui s’intéressent aux choses publiques.

serait déçue, disnient-ils, si l’affaire venait à s’arranger par la diplomatie tille est presque una-

nime à réclamer une action énergique.

Qui tenait ce langage, étaient-ce les organes du gouvernement? Voici comment s’exprimait le Constitutionnel, que l’on considérait à juste titre comme un journal inspire par le ministre de la justice :

« La candidature d’un prince alle-

mand au trône d’Espagne est écartée, et la paix de l’Europe ne sera pas troublée. Les ministres de l’Empereur ont parlé haut et ferme, comme il convient quand on a l’honneur de gouverner un grand pays. Ils ont été écoutés; on a donné satisfaction à leur juste demande.

Nous sommes satisfaits.

Le prince Léopold de Hohenzollern avait accepté la couronne d’Espagne. La France a déclaré qu’elle s’opposerait à une combinaison politique ou à un arrangement de famille qu’elle jugeait menaçants pour ses intérêts, et la candidature est retirée. Le prince de Hohenzollern ne régnera pas en Espagne.

Nous n’en demandions pas davantage, et c’est avec orgueil que nous accueillons cette solution pacifique.

Une grande victoire qui ne coûte pas une larme, pas une goutte de sang. »

Voilà quel était le sentiment du gouvernement, on ne saurait le méconnaître, et on se souvient que

MA MISSION EN PBüSSE.

l’article du Cnnstitntionnel provoqua les plus vives récriminations dans la plupart des journaux, fje Corps législatif et le Sénat lui-même reçurent les premiers avis du désistement du prince I.,éopold dans des dispositions analogues. Le bruit s’eu est à peine répandu que le mécontentement éclate sur tous les bancs; on veut interpeller le gouvernement et lui demander quelles (garanties il a stipulées, ic II faut que la lumière soit faite •> , s’écrie-t-on des deux côtés de la Chambre. Le gouvernement n’ayant encore reçu que la communication de l’ambassadeur d’Espagne et voulant attendre celle de sou négociateur, refuse de s’expliquer prématurément, afin de ne rien compromettre, u Je déclare, répond » un membre de l’opposition , que si vous renvoyez i> ces interpellations, vous faites absolument le jeu X de la Prusse, le jeu de M. de bismarck, cl, en " ma qualité de Français, je proteste énergiquement » contre cette conduite. » La détermination du cabinet rencontre au Sénat les mêmes dispositions, et, comme on l’a dit alors, « cette rencontre des 0 deux Chambres et des divers partis dans les » Chambres eut son importance. » Ce n’était pas^ seulement de l’entrainement, de l’agitation, c’était de i emportement, suivant une expression attribuée àM. ThiersC).

(') Voir la Vérité sur ta Campagne de 1870, page 39.

CANDIDATDnE 11 0 II EN ZOLLERN ; EMS. 407

Cette attitude des deux assemblées, le langage des journaux répondaient-ils aux véritables sentiments du pays? Quelles étaient en réalité les dispositions de la France? Voulait-elle la guerre ou la paix, et se serait-elle accommodée de l’arrangement que déclinait la presse et auquel le Corps léjjislatil faisait un accueil si peu cordial? De longtemps on ne sera pas d’accord sur ce point; dictés par l’hostilité des partis, les avis sont et resteront contradictoires ; mais personne ne peut décliner l’opinion d’un témoin désintéressé, et voici comment lord I.yons présente l’état des esprits dans une dépêche officielle :

F/’excilation du public et l’irritation de

l’armée étaient telles qu’il devenait douteux que le gouvernement pût résister au cri poussé pour la guerre, même s’il était en mesure d’annoncer un succès diplomatique décidé. On sentait que lorsque l’article prussien paraîtrait dans les journaux du soir, il serait trèsdifficile d’arrêter la colère de la nation, et l’on pensait généralement que le gouvernement se sentirait obligé d’apaiser l’impatience en déclarant formellement son intention de tirer vengeance de la conduite de la Prusse. (Dépêche n° 60.)

Le gouvernement ne s’abandonna pas aux vivacités belliqueuses de l’opinion publique ; il en tint compte dans une mesure qui lui a paru se concilier

avec la flifjnité de la Prusse et le maintien de la paix. Il cliercha une combinaison qui, en rendant irrévocable le désistement qui nous était concédé, lui |ieruiit de le faire a|p‘éer par les Chambres et par le pays. Le 12 juillet, après s’étre convaincu qu’il devait une satisfaction plus complète au sentiment iirité de la nation, il s’en expliqua avec l’ambassadeur de Prusse, et il m’adressa la dépêche téléffraphique par laquelle j’étais invité à demander au Iloi Vassurnnee qu’il n autoriserait pas de notiveau la candidature du prince de Ilnhenzollern. Pour bien apprécier le caractère de cette démarche, il convient de ne pas oublier les recommandations que M. de Gramout me faisait le lendemain :

Dites bien au Roi, me télc{fraphiait-il le 13, que nous n’avons aucune arrière-pensée; que nous ne cherchons pas un prétexte de yuerre, et que nous ne demandons qu’à sortir honorablement d’une difficulté que nous n’avons pas créée.

Quelques heures après il me mandait encore :

Faites un dernier effort auprès du

Roi; diles-lui que nous nous bornerons à lui demander de défendre au prince de Hohenzollern de revenir sur sa renonciation. Qu’il vous dise : « Je le lui défendrai Il , et qu’il vous autorise à me l’écrire, ou qu’il charge son ambassadeur de me le faire savoir, cela UE SUFFIRA.

CANUIDATÜRE H 0 II ENZOL LER N ; EMS. 409

Ce que je veux eonstater par ces citations, c’est que le gouvernement de l’Empereur s’est appliqué, jusqu’à la dernière heure , à ménager les susceptibilités du lioi, qu’il ii’a, en un mot, rien né{fligé, depuis l’origine jusqu’au terme de ces négociations, pour prévenir la guerre qu’il n’a voulue ni cliercliée à aucun degré.

Le refus du Roi replaçait le gouvernement eu présence de l’opinion [irofondément blessée. Que devait-il laire? f.a voie des négociations lui était désormais fermée , il n’avait plus que deux partis à prendre : braver l’irritation du pays en acceptant le désistement dans les conditions où il lui était concédé, ou bien déclarer immédiatement la guerre.

M. de Bismarck avait mallieureusement aggravé les difficultés du cabinet français, en donnant dans ses communications diplomatiques un caractère outrageant aux derniers incidents des négociations ouvertes à Eins. Devant l’état des esprits en France, devant le refus du Roi, devant les procédés injurieux de M. de Bismarck, le gouvernement de l’Empereur crut devoir en appeler au sort des armes.

Il aurait pu hésiter le 12, il aurait pu tenter de faire partager au pays ses propres appréciations, il ne le pouvait guère le 15; l’attitude de la Prusse ne luilaissait plus son entière liberté de résolution.

Quelle eût été au surplus la durée de la paix, de

cette paix dérisoire, honteuse, sinistre, ridicule, comme la qualifiaient la plupart des journaux? I>a France ni la Prusse n’auraient pu la soustraire lonjjtemps aux périls qui la menaçaient depuis quatre ans. Comment la {pierre fut-elle accueillie? Avec des transports d’enthousiasme; le nier, ce serait méconnaître une vérité éclatante. L’opinion publique en revendiqua l’honneur; elle avait en effet remporté une victoire sur le {jouvernement. U Ce n’est pas l'Empereur Napoléon, a dit un «journal, qui de son chef a déclaré la {juerre ■> actuelle, c’est nous qui lui avons forcé la main;

nous ne nous en cachons pas » Avant même

que le cabinet se fût présenté aux Chambres, un autre journal avait dit : « Les résolutions de « {jiierre que nous allons apprendre n'émanent pas » du gouvernement. Le {jouvernement étaitirrésolu; » il voulait, dans quelques-uns de ses chefs du moins, « se laisser arrêter par des concessions déri- » soires. Ces résolutions sortent des entrailles du

" pays^'t >1 Qui s’exprimait en ces termes? ce

n’était pas le Constitutionnel, ni les autres feuilles dévouées au ministère; c’étaient la plupart des journaux qui s’étaient constitués les or{janes libres et indépendants de l’opinion publique.

(’) Je tire ces citations de l’ouvrage de M. Giraudeau, où l’oii on trouvera beaucoup d’autres non moins concluantes.

CANDIDATURE H OHEN ZOLLERN ; EMS. 411

C’est donc bien l’opinion publique qui a forcé le gouvernement à tirer l’épée ; c’est elle qui, dans un élan irrésistible, lui a dicté ses résolutions.

Ici se posent d’autres questions que je n’aborderai pas : en y touchant je sortirais de mon sujet; je ne pousserai donc pas plus loin cette discussion. Le moment d’ailleurs n’est peut-être pas encore venu de déterminer les responsabilités. Mais je ne pouvais achever cette publication sans préciser le caractère de la politique que j’ai servie.

Pour ce qui me concerne, au surplus, je crois avoir tenu l’engagement que j’ai pris dans ma lettre du mois de novembre; j’ai démontré, si je ne m’abuse, l’exactitude de ce que j’avais avancé ; ma tâche est remplie. L’opinion publique a sous les yeux les pièces du procès , elle appréciera.

Page 1