FIN
Documents annexés à la dépêche de M. le duc de Gramonl du 7 juillet 1870.
DÉPÜCHE TÉLKCKAPniQUE.
Madrid, le 3 juillet 1870.
L’ambassadeur de France à Madrid au ministre des affaires étrangères;
L’affaire Hohenzollern parait fort avancée, sinon décidée. Le général Prim lui-niéme me l'a dit. J’envoie Bartholdi à Paris pour les détails et pour prendre vos ordres.
Signé : Mercier.
L’ambassadeur de France à Madrid ati ministre des affaires étrangères .
Monsieur le duc ,
Madrid, 6 juillet 1870.
Je suis allé voir hier soir le maréchal Prim , qui était revenu la veille, dans la nuit, de son excursion aux monts de Tolède, et il m’a fait une communication de la plus haute (jravité, que je dois san.s perdre un instant transmettre à Votre Excellence.
J’étais depuis quelques moments dans son salon et je lui trouvais quel<|ue chose de gêné dans sa manière d’être envers moi, habituellement si amicale, dont je commençais à me préoccuper, lorsqu’il me dit ; » Venez, j’ai besoin de causer avec vous. » Et il m’emmena dans son cabinet.
«J’ai, me dit-il, à vous parler d’une chose qui ne sera pas agréable à l’Empereur, je le crains, et il faut que vous m’aidiez à éviter qu’il ne la prenne en trop mauvaise part. »
Je n’avais pas besoin d’en entendre davantage pour deviner où il voulait en venir.
« Vous connaissez notre situation; nous ne pouvons pas prolonger indéfiniment l’intérimité, ni même nous présenter devant les Cortès sans avoir une solution à leur proposer. Vous savez tout ce que j’ai fait pour écarter celles qui n’auraient pas convenu à l’Empereur. Je n’aurais eu qu’à lâcher un peu la main pour que
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Monfpensier fût élu ; je n’ai cédé h aucune des avances qui m’ont été faites pour m’attirer du côté de la République. Ce que j’aurais surtout désiré , c’était une combinaison portugaise, ou, à son dé&ut, italienne. Dernièrement encore je^uis revenu à la charge à Lisbonne et à Florence, mais tout a été inutile. Cependant, il nous faut un roi , et voilà qu’au moment de notre plus grand embarras on nous en propose un qui a toutes les conditions que nous pouvons souhaiter. Il est catholique, de race royale, il a trente-cinq ans, deux fils, et il est marié avec une princesse portugaise, ce qui préviendra nécessairement beaucoup les esprits en sa faveur, d’ailleurs très-bien de sa personne, et militaire. Vous comprenez que je ne peux pas laisser échapper la seule chance qui nous reste de sauver la révolution , surtout quand elle se présente dans de pareilles conditions. Comment croyez-vous que l’Empereur prendra la chose?
Il — Il n’y a pas, lui répondis-je, deux manières de 1a prendre. Mais d’abord laissez-moi bien vous rapj)eler que je ne saurais accepter la conversation sur ce chapitre, comme ambassadeur, car n’ayant d’autre instruction que l’abstention, je n’ai aucun droit pour engager à un degré quelconque la pensée de l’Empereur; mais si vous me permettez de vous donner mon sentiment personnel, je n’hésiterai pas à vous dire que vous ne pourriez prendre un parti plus grave et pouvant entraîner de plus fâcheuses conséquences. En France, l’élection d’un prince de Prusse au trône d’Espagne, dans les dispositions où sont aujourd’hui les esprits à l’égard de la l’rusiie, ne peut manquer de produire un effet extraordinaire. Le sentiment national y verra une véritable provocation , soyez-en persuadé , et vous com-
prenez qu’un Napoléon ne peut laisser le sentiment national en souffrance.
Pant. < Il est possible que ce soit là la première impression, mais on en reviendra vite par la réflexion. Qu’uvez-vous à craindre? <]ue signifie aujourd’hui une alliance dynastique? Qu’est-ce que pourra faire chez nous un prince étranger qui devra commencer par jurer la constitution la plus libérale de l’Europe, et avec un peuple aussi fier et aussi indépendant que le nôtre? Même dans le temps de la monarchie pure, vous avez vu que Louis XIV et sou petit-fils avaient été sur le point de se faire la guerre.
0 — Tout cela est bel et bon, mais il n’en est pas moins vrai que dans le cas d’une guerre européenne nous n’aurions aucune sécurité pour notre frontière des Pyrénées, si un prince prussien occupait le trône d’Espagne, et qu’il nous faudrait une armée pour la garder. Les alliances dynastiques peuvent, j’en conviens, avec, le temps, avoir perdu quelque chose de leur signification , cependant vous avez vu que jamais elles n’ont été considérées par les gouvernements avec indifférence. Lors des mariages espagnols, l’Angleterre, aussi bien que nous, avait prononcé ses exclusions; en Belgique de même; en Grèce, on avait interdit au choix des Grecs un prince appartenant aux familles des puissances protectrices. Ces exclusions n’ont rien de blessant pour un pays,' parce qu’elles ne s'adressent pas à lui , mais à des rivaux dont la prépondérance pourrait devenir menaçante. D’ailleurs, cette jiremière impression dont vous semble? faire bon marché, est de celles qu’un gouvernement national voudra partager toujours, car c’est du cœur du pays qu’elle s’échappera.
r> — Mon Dieu, les conséquences à l’égard de la France, je les accepterais encore, mais c’est l’Empereur qu’il me serait extrêmement pénible de contrarier.
» — Vous imaginez-vous donc que. dans une pareille question , il soit possible de séparer l’Empereur et la France?
» — Mais alors que faire? Prenez V Almanach de Gotha et tachez d’y trouver un prince dont nous puissions nous accommoder. Pour moi, je n’en vois pas d’autre. 11 faut cependant que vous ayez pitié de celte pauvre Espagne, que vous lui permettiez de se constituer par les seuls moyens dont elle peut disposer. Ma consolation, c’est que ce n’est pas moi qui ai inventé cette combinaison; je ne l’ai pas même cherchée, on est venu me la mettre dans la main. Seulement, dans l’état où nous sommes, je ne peux pas la repousser. Un moment j’ai cru qu’elle avait avorté comme les autres. Les choses s’étaient passées exactement comme je les ai racontées aux Cortès ; mais voilà qu’on me la rapporte toute faite.
» — Oh ! je me suis bien aperçu depuis assez longtemps que M. de Bismarck cherchait à se glisser dans vos affaires, et vous avouerez que s’il ne croyait pas avoir beaucoup à y gagner, il ne se hasarderait pas à jouer si gros jeu.
» — Vous vous trompez, les ouvertures sont parties d’ici. Je n’ai jamais parlé de politique ni avec M. Bernhardi , ni avec M. de Canitz.
» — Et cette escadre prussienne dont on vous a annoncé l’arrivée?
» — Je n’en ai rien entendu dire. Mais, encore une fois, si nous laissons échapper cette occasion, nous sommes forcément rejetés sur Montpensier, ou sur la