‹ Ma soeur et ma place; comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 27 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ERNEST, puis ANDRÉ.

EBNEST. Elle est mariée!., c'est sa femme et moi qui allais demander sa main... mais voyez donc, si j'avais déclaré mon amour à cette prétendue sœur... si elle m'avait écouté... où ça me conduisait-il?.. Ce cher comte, j'en frémis... lui qui m'a montré tantde bonhommie, de franchise... à qui je dois tant... ah ! partons, la délicatesse l'exige.

ANDRÉ, dans la coulisse. Vous avez beau faire... il faut que je vous embrasse!

ERNEST. Allons encore cet imbécille d'André qui fait des siennes! (^On entend un soufjlet.) Bravo... il ne l'a pas volé.

ANDRÉ, entrant se tenant la joue. Ah! c'est égal, c'est égal... le baiser était solide.

ERNEST. Et le soufflet aussi.

ANDRÉ. Le soufflet n'était pas mauvais non plus!.. Ce séjour est enchanteur.

ERNEST. Allons, va tout préparer pour notre départ... dans une heure nous aurons quitté ce château.

ANDRÉ. Ah! mon Dieu! que me dites-vous là? abandonner ce chSteau où l'on me traite avec tant de distinction !

ERNEST. Je conçois, c'est dur... mais il le faut.

ANDRÉ. Ma foi, monsieur, je n'y tiens plus! je suis votre domestique, c'est vrai .. mais quand on s'est vus naître, carnous nous sommes vus naître... on se doit la vérité.

ERNEST. Qu'est-ce que c'est?

ANDRÉ. C n'est pas d' jeu de s'en aller quand ou est amoureux d'une demoiselle.

ERNEST. Tais-toi, malheureux!

ANDRÉ. Non, monsieur, une demoiselle ça m'érite plus d'égards..^.

ERNEST. Tais-toi, ledis-jel

ANDRÉ. Je ne peux pas me taire., il faut que j(î vous dise. que vous Otc» trop timide !

Zl

ERNEST. Monsieur André!..

ANDRÉ. Oui, monsieur trop timide... et ça nous fait du lort.

ERNEST. Ah! ça vous fait du tort.

ANDRÉ. Certainement à nous autre Français... Ces lourdcaux d'Allemands nous regardent avec raison comme les hommes les plus aimables et les plus entreprenants de toute l'Europe.

ERNEST. Et monsieur André tâche de soutenir la réputation de ses compatriotes!

ANDRÉ. Mais je me suis déjà fait une renommée... on dit que dès qu'un Français se trouve au vis-à-vis d'une femme, il ne doit jamais passer sans lui faire une galanterie... alors moi, dès (juc j'aperçois une allemande jeune ou vieille, mariée , veuve fille, ça m'est égal, il faut que je l'embrasse.

ERNEST, riant. Quel Français!

ANDRÉ. C'est pas pour moi, c'est par esprit national... il y en a des fois de bien laides... il faut bien aimer son pays...

Air : des Scytbes.

Quaad je rencontre une femme jolie ,

Riche d'atours, de fraîcheur et d'.ittraits ,

Avec plaisir j'honore, ma patrie ;

El mon amour se montre avec excès !

Mais quand ilt'aut prouver que j'suis Français

Sur un' figur' tout* couvertes de rides,

Et pour laquell' j' n'ai pas le moiudre goût...-

Page 1