LE VIEUX DIRECTEUR BIÉREY
mitivement ; on la remit donc au mois d’août de cette même année 1834. Un fait inoubliable vint heureusement remonter mon courage. Nous avions comme ami le vieux Biérey, un musicien d’expérience, en son temps compositeur à succès qui, à diriger durant de longues années le théâtre de Breslau, avait acquis un coup d’œil juste et pratique.
Ma mère et ma sœur lui remirent la partition de mon opéra en le priant de nous dire ce qu’il en pensait et s’il la croyait jouable. Quelle ne fut pas mon émotion lorsque le vieux musicien parut chez nous et nous affirma avec un véritable attendrissement qu’il ne pouvait comprendre qu’un homme aussi jeune que moi eût été capable d’écrire une œuvre pareille ! Il s’exprima avec une telle chaleur sur mon talent extraordinaire que j’en éprouvai une véritable surprise. Quand on lui demanda s’il croyait l’opéra représentable, il se contenta de répondre qu’il n’avait qu’un regret, c’était de ne plus être à la tête d’un théâtre, car il eût considéré comme un grand bonheur de s’attacher un compositeur tel que moi. Ses paroles comblèrent de joie toute ma famille. Nous connaissions assez le vieux Biérey pour savoir que ce praticien expérimenté et sec ne se laissait pas aller à de vaines flagorneries.
On accepta donc le retard de la représentation avec bonne humeur, et moi je pus m’abandonner pendant un certain temps aux espoirs de l’avenir.
J’avais renoué de bonnes relations avec Laube, et quoique je n’eusse pas composé son « Kocziusko », il était arrivé au zénith de la gloire. La première partie