‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 105 sur 285 · LA JEUNE EUROPE · texte numérisé non relu

LA JEUNE EUROPE

de son roman epistolaire 1 Lu jeune KuYope } avait paru et avivait grandement tout ce que j'avais en moi d'espérance juvénile. Par la tendance de ce livre qui, à y regarder de près, n'était qu’une reproduction de l'Ardinghelio de Heinse, il avait su rendre les aspirations qui soulevaient alors la jeunesse allemande. Laube avait surtout en vue de démontrer par ses critiques esthétiques 1 impotence véritable ou prétendue des Epigones qui occupaient à cette époque les différents trônes de la littérature. Sans leur témoigner le moindre égard, il les traitait (Tieck entre autres) de « vieilles perruques » et les accusait d’empêcher l’éclosion d’une littérature nouvelle. Le revirement d’opinion que je constatai dans mes appréciations sur les compositeurs allemands que j’avais admirés et respectés jusqu'alors, est évidemment dû en partie à ces escarmouches satiriques, dont le ton hardi m’enchantait, mais il provenait aussi de l’impression que m’avait laissée une nouvelle représentation de Mme Schrôder-Devrient à Leipzig. Elle avait joué Roméo dans Roméo et Juliette de Bellini, et rien n’est comparable à ce que la grande artiste nous avait fait éprouver. Son jeu avait soulevé l’enthousiasme de tous les spectateurs, et cet éclatant succès donnait matière à réflexion lorsqu'on se demandait pourquoi la brave musique allemande, telle qu'on l’avait entendue jusqu’alors dans le genre dramatique, produisait si peu d’effet. Ces réflexions s’imposaient d'elles-mêmes quand on s’apercevait que l'impression émouvante, laissée par le personnage hardiment passionné du jeune héros de l’amour, était obtenue en dépit d’une musique vide et

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