‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 106 sur 285 · EURYANTHE »» DE WEBER · texte numérisé non relu

EURYANTHE »» DE WEBER

fade. Pour le moment je ne me livrai pas à ces méditations. Je me laissai emporter par le flot de mes ardentes sensations juvéniles et je me détournai involontairement des graves subtilités qui, dans ma première jeunesse, m’avaient poussé vers un mysticisme pathétique. Les médiocres exécutions de Polenz avec sa neuvième symphonie, du Conservatoire de Vienne, de Denis Weber et d’autres m’avaient enlevé presque tout mon goût pour la musique classique. Le peu qui m’en restait disparut tout à fait sous l’empire inconcevable de la moins classique des musiques, de ce léger opéra italien par lequel Mme Schroder-Devrient venait de nous ravir et de nous enflammer. La puissante et incompréhensible influence qu’eurent de telles impressions sur mon jugement se manifesta dans la frivolité que je mis à écrire, pour le Journal du monde élégant , un bref compte rendu de la représentation de YEuryanthe de Weber. Cet opéra avait été donné à Leipzig peu de temps avant l’arrivée de Mme Schroder-Devrient. Mais la représentation en avait été au-dessous de la moyenne, les chanteurs froids et ternes, et j’ai conservé surtout un souvenir pénible d’Euryanthe s’exhibant dans le désert avec les manches à gigot alors à la mode. On avait joué péniblement et sans enthousiasme, assez bien pour satisfaire aux modestes exigences du genre classique, assez mal pour éteindre mes anciens sentiments d’idéale admiration pour Weber. Je ne sus que répondre à un partisan des idées de Laube, lorsqu’il mit en parallèle cette fâcheuse représentation et la soirée de Roméo. Je me trouvais devant un problème que je me décidai à

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