THÉODORE APEL
résoudre aussi aisément que possible ; et, faisant preuve de témérité, foulant aux pieds tout préjugé, j’écrivis la critique dont je viens de parler et dans laquelle je me moquais carrément d 'Euryanthe.
Si dans ma période d’étudiant j’avais jeté ma gourme, au sens ordinaire du mot, j’entrai alors hardiment dans la période où je devais la jeter au point de vue moral et artistique.
C’était en mai, un beau soleil de printemps luisait. Un voyage d’agrément que j’entrepris avec un ami dans la terre bénie de ma jeunesse romantique, en Bohême, allait faire épanouir mes idées et mes goûts de « Jeune Europe ». Cet ami, Théodore Apel, je le connaissais depuis longtemps, et toujours je m’étais senti flatté d’avoir su gagner sa cordiale affection. C’était la première fois que j’éprouvais une prédilection marquée pour le descendant d’un homme célèbre. Il était le fils d’Auguste Apel, le savant métricien et imitateur des œuvres poétiques grecques, et l’amitié respectueuse que je lui portais était augmentée de ce fait. Riche et de bonne famille, Théodore Apel m’introduisit dans le milieu confortable de la haute bourgeoisie et m’offrit l’occasion d’apprendre à le connaître. Ma mère voyait d’un œil favorable nos relations, et moi-même j’étais très heureux de l’affabilité avec laquelle on me recevait chez ses parents. Apel souhaitait vivement devenir poète, et moi j’étais convaincu qu’il possédait toutes les qualités requises pour réussir; sa belle fortune en particulier lui assurait la liberté et l’affranchissait de la nécessité de gagner sa vie. Chose bizarre, sa mère se tourmentait fort à ce sujet.