‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 108 sur 285 · NOUVEAU VOYAGE EN BOHÈME · texte numérisé non relu

NOUVEAU VOYAGE EN BOHÈME

Restée veuve du célèbre père de mon ami, elle s’était remariée à un juriste, et n’ayant aucune confiance dans les dons poétiques de son fils, elle désirait pour lui la solide carrière d’homme de loi. Cette dame m’attira avec d’autant plus d’amitié chez elle, qu’elle espérait me convertir à sa manière de voir; elle eût voulu que j’usasse de mon influence sur Théodore pour la préserver du malheur de voir un second poète dans sa famille. Je fus plus poussé par cette prétention de la mère à encourager mon ami dans sa vocation d’auteur que par l’opinion favorable que j’avais de ses talents poétiques. J’en vins à l’entretenir dans un continuel état de rébellion vis-à-vis de sa famille. Il se laissa faire. Comme il étudiait luimême la musique et qu’il composait très gentiment, je réussis bientôt à le mettre en parfaite communion d’idées avec moi. Le fait qu’il se trouvait à Heidelberg et non à Leipzig, l’année où je me livrai à toutes mes folies d’étudiant, lui évita d’être entraîné dans mes débauches.

Lorsque nous nous retrouvâmes à Leipzig, au printemps de 1834, l es préoccupations esthétiques m’avaient repris tout entier, et ce sont ces tendances que nous allions nous efforcer de cultiver ensemble en nous livrant à la joie de vivre. Nous nous serions lancés volontiers dans des aventures extraordinaires, si le monde bourgeois où nous vivions nous les eût rendues possibles. Toute l’exubérance de notre instinct vital n’aboutit qu’à élaborer un projet de voyage en Bohême. C’était toujours quelque chose. Surtout si nous le faisions, non pas en diligence, mais en voiture de maître. Nous éprouvâmes un plaisir toujours nouveau (comme à Teplitz, par

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