MINNA PLANER
dehors de ses autres avantages, cette maison possédait celui d'avoir comme locataire la plus aimable et la plus jolie fille qu’il y eût à Lauchstaedt en ce moment ; c’était la première amoureuse de la troupe, Mlle Minna Planer, dont j’avais certainement entendu parler déjà.
Le hasard voulut que nous rencontrâmes justement cette jeune personne sur le pas de la porte. Son air et sa tenue contrastaient d’une façon singulièrement agréable avec tout ce que j’avais vu au théâtre en cette fatale matinée. D’aspect gracieux, pleine de fraîcheur, la jeune actrice se faisait remarquer par une grande réserve dans ses manières et une assurance calme dans ses mouvements. Cela donnait à l’expression souriante de son visage une dignité aimable et attrayante. Sa mise soignée et décente complétait l’impression de surprise que m’avait causée sa rencontre.
Je lui fus présenté dans le vestibule comme nouveau chef d’orchestre. Elle me toisa avec étonnement en entendant ce titre conféré à un si jeune nouveau venu. Puis elle me recommanda gentiment à la propriétaire, et, d’un pas tranquille et fier, elle traversa la rue pour se rendre à la répétition.
Sur l’heure, je louai l’appartement, je promis de diriger Don Juan , et, regrettant de ne pas avoir emporté mes bagages de Leipzig, je me hâtai d’aller les chercher et de retourner à Lauchstaedt avec plus de hâte encore.
Le sort en était jeté. La vie sérieuse commençait pour moi avec ses lourdes expériences. A Leipzig, il me fallut dire à Laube un adieu qui n’était pas sans risques. Sur les réclamations de la Prusse, on l’avait expulsé de Saxe et